{"id":98371,"date":"2020-09-09T06:26:00","date_gmt":"2020-09-09T10:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moktar-lamari-degraisser-letat-oxygener-les-finances-publiques\/"},"modified":"2020-09-09T06:26:00","modified_gmt":"2020-09-09T10:26:00","slug":"moktar-lamari-degraisser-letat-oxygener-les-finances-publiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moktar-lamari-degraisser-letat-oxygener-les-finances-publiques\/","title":{"rendered":"Moktar Lamari: D\u00e9graisser l\u2019\u00c9tat, Oxyg\u00e9ner les finances publiques!"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Mokhtar-Lamri(4).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Par Moktar Lamari &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Tel qu\u2019annonc\u00e9, les 28 ministres et secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat du gouvernement Mechichi, 10\u00e8me depuis 2011 et 3eme depuis 7 mois, sont investis de leur pouvoir pour arr\u00eater l\u2019h\u00e9morragie des finances publiques. Un slogan miroit\u00e9 en seul programme politique. La premi\u00e8re h\u00e9morragie est celle des finances publiques. Il n&rsquo;a pas le choix, ce gouvernement se doit de d\u00e9graisser l\u2019\u00c9tat pour se trouver des marges de man\u0153uvre budg\u00e9taire, et apporter un peu d\u2019oxyg\u00e8ne \u00e0 des finances publiques exsangues et incapables de soutenir l\u2019investissement et les imp\u00e9ratifs de la relance \u00e9conomique. Explication, cartes sur table!<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>Le co\u00fbt de l\u2019\u00c9tat est \u00e9touffant<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat tunisien co\u00fbte de plus en plus cher \u00e0 ses contribuables. Pour chaque dinar (DT) puis\u00e9 dans la poche du contribuable, sous forme de taxes et imp\u00f4ts, quasiment les 2\/3 (0,6 DT) sont engloutis par les salaires et indemnit\u00e9s octroy\u00e9s aux 860 000 fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat (administrations publiques et soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00c9tat). Cela ne peut pas s\u2019\u00e9terniser, les contribuables n\u2019en peuvent plus! Explications et enjeux!<\/p>\n<p>Le tiers restant est tr\u00e8s loin de pouvoir satisfaire toutes les ambitions et aspirations des initiateurs de la \u00abR\u00e9volution du Jasmin\u00bb. Trop peu pour payer les services de la dette et pour relancer une \u00e9conomie en panne d\u2019investissements.<\/p>\n<p>L\u2019amateurisme des politiciens du post-2011 \u00e0 fait saigner le budget de l\u2019\u00c9tat. Depuis, la Tunisie se classe en peloton de t\u00eate des pays qui d\u00e9pensent le plus de taxes pour payer les salaires de leurs fonctionnaires. La Tunisie est quasiment un champion au regard de l\u2019indicateur rapportant les co\u00fbts salariaux de l\u2019\u00c9tat au PIB : 16%. La Tunisie compte autant de fonctionnaires que le Maroc qui compte trois fois plus d&rsquo;habitants et le tiers des effectifs de fonctionnaires en France alors que ce pays compte 7 fois plus de population.<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><span class=\"c2\"><strong>L\u2019explosion des effectifs de fonctionnaires<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Au d\u00e9but des 1960, la Tunisie ne comptait pas plus de 36 000 fonctionnaires, pour une population totale de 3,3 millions d\u2019habitants. Aujourd\u2019hui, en 2020, les effectifs de fonctionnaires sont quasiment 24 fois plus \u00e9lev\u00e9s, alors que la population totale n\u2019a que tripl\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019explosion des effectifs des fonctionnaires a eu lieu entre 2012 et 2014. Presque 250 000 fonctionnaires, ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s par des d\u00e9cideurs n\u00e9ophytes qui pensaient bien faire, en \u00abcr\u00e9ant de l\u2019emploi\u00bb dans la fonction publique, par tous les moyens : r\u00e9gularisations, changement de statuts, recrutement des bless\u00e9s de la r\u00e9volution, des ex-prisonniers politiques, des militants de tous genres.<\/p>\n<p>\u00c0 la veille de la r\u00e9volution de 2011, le secteur public (administration et soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00c9tat) ne comptait pas plus de 480 000 fonctionnaires.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, tous les pr\u00eateurs \u00e0 la Tunisie et les experts en management public s\u2019accordent \u00e0 dire que le secteur public peut fonctionner correctement avec moins de 500 000 fonctionnaires bien form\u00e9s et bien motiv\u00e9s. Plus de 250 000 fonctionnaires sont de trop. Ils n\u2019ont pas r\u00e9ellement une valeur ajout\u00e9e r\u00e9elle au service public. Et tout compte fait, ils sont pay\u00e9s par les taxes des contribuables pour ne rien faire ou presque.<\/p>\n<p>C\u2019est une situation complexe, qui p\u00e8se lourd sur la fiscalit\u00e9, puisque les \u00e9quilibres budg\u00e9taires de l\u2019\u00c9tat requi\u00e8rent de plus en plus de taxes et imp\u00f4ts pour payer ces fonctionnaires oisifs. Et ici aussi, l\u2019\u00c9tat ne peut pas faire plus ; la pression fiscale en Tunisie est l\u2019une des plus \u00e9lev\u00e9es au monde, \u00e9tant presque 24% du PIB.<\/p>\n<p>Les causes profondes d\u2019une telle situation sont \u00e0 rechercher dans la mal-gouvernance politique et cumul des dysfonctionnements impos\u00e9s aux divers secteurs et services publics, par les partis politiques au pouvoir depuis 2011.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi aujourd\u2019hui, le gouvernement Mechichi veut caut\u00e9riser le saignement cr\u00e9\u00e9 par le somptueux train de vie de l\u2019\u00c9tat, principalement au niveau des trois pr\u00e9sidences, de la r\u00e9publique, du parlement et du gouvernement : des limousines dernier cri, pay\u00e9es en devises fortes, les gardes du corps en surnombre, des cabinets minist\u00e9riels pl\u00e9thoriques, sans compter les \u00abjardiniers, les femmes de m\u00e9nages, et les \u00abcourtiers\u00bb \u00e0 tout faire.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c4\"><strong>L\u2019\u00c9tat bashing<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Une transition d\u00e9mocratique r\u00e9ussie ne peut se faire sans des administrations publiques performantes et productives. Une r\u00e9mun\u00e9ration selon les comp\u00e9tences et un recrutement au m\u00e9rite constituent des piliers vitaux \u00e0 la performance de l\u2019\u00c9tat. Or, et contre toute attente l\u2019administration tunisienne vit une crise opposant r\u00e9mun\u00e9ration, sureffectif et productivit\u00e9. Cette crise de plus en plus politis\u00e9e par les \u00e9lites politiques (partis et groupes de pression).<\/p>\n<p>Une crise valoris\u00e9e de mani\u00e8re perverse et populiste, faisant du fonctionnaire bashing, incriminant sans d\u00e9tour les employ\u00e9s de l\u2019\u00c9tat, toutes cat\u00e9gories confondues. Pour ces \u00e9lites et m\u00e9dias affili\u00e9s, les fonctionnaires co\u00fbtent cher pour ce qu\u2019ils font r\u00e9ellement. On en fait le bouc \u00e9missaire des probl\u00e8mes \u00e9conomiques que vit la Tunisie post-2011: inflation, endettement, d\u00e9ficit public, corruption, etc. Un discours pervers, biais\u00e9 et ultimement dangereux pour les missions de l\u2019\u00c9tat dans une \u00e9conomie \u00e0 genoux et une d\u00e9mocratie en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Sans \u00eatre totalement fausse, la rh\u00e9torique anti-fonctionnaire contient aussi plusieurs contre-v\u00e9rit\u00e9s, occultant les r\u00e9elles causalit\u00e9s et vrais d\u00e9terminants. Contrairement aux id\u00e9es v\u00e9hicul\u00e9es par les \u00e9lites politiques et groupes de pression, ce n\u2019est pas le niveau de salaire moyen des fonctionnaires qui fait flamber la facture de l\u2019\u00c9tat. Les hauts cadres de l\u2019\u00c9tat re\u00e7oivent un salaire de mis\u00e8re (1800 \u00e0 2500 DT en salaire brut par mois), c\u2019est \u00e0 peine le tiers du salaire minimum (SMIG) en France ou en Allemagne (1450 \u20ac par mois).<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c4\"><strong>Des absent\u00e9istes et des \u00abbranleurs\u00bb<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Depuis 2011, la valeur du salaire r\u00e9el du fonctionnaire a d\u00e9gringol\u00e9 de mani\u00e8re dramatique, alors que le co\u00fbt de fonctionnement r\u00e9el de l\u2019\u00c9tat a connu une hausse vertigineuse. Une situation paradoxale \u00e9voluant en ciseau dans le temps. Un vrai paradoxe que les \u00e9lites politiques veulent \u00e0 tout prix occulter et cacher aux payeurs de taxes et \u00e0 l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p>Ce paradoxe est pourtant visible \u00e0 l\u2019\u0153il nu. L\u2019\u00c9tat tunisien co\u00fbte de plus en plus cher, parce que ses fonctionnaires sont de plus en plus nombreux, de moins en moins bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, de moins en moins motiv\u00e9s(int\u00e8gres) et de moins en moins productifs.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, la fonction publique perd chaque jour un peu plus de son aura, n\u2019arrivant plus \u00e0 attirer et \u00e0 retenir les comp\u00e9tences motiv\u00e9es et acquises pour le service public. La d\u00e9saffection du secteur public est grandissante : annuellement, plus de 5000 fonctionnaires hautement qualifi\u00e9s (m\u00e9decins, professeurs universitaires, ing\u00e9nieurs, techniciens, etc.) claquent la porte de la fonction publique.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine, les donn\u00e9es statistiques montrent le recul continu de la productivit\u00e9 des fonctionnaires. Ceux-ci r\u00e9agissent ainsi, et de mani\u00e8re passive \u00e0 la perte continue de leur pouvoir d\u2019achat, sous l\u2019effet conjugu\u00e9 de l\u2019inflation, de la fonte continue du dinar et d\u2019un syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration surann\u00e9. Un syst\u00e8me qui reconnait \u00e0 peine la comp\u00e9tence et fait totalement fi de la performance. Comble du malheur, ce syst\u00e8me est depuis peu travers\u00e9 par les diverses all\u00e9geances id\u00e9ologiques des partis au pouvoir.<\/p>\n<p>Pour signifier leurs insatisfactions, une frange de fonctionnaires adopte implicitement la gr\u00e8ve de z\u00e8le illimit\u00e9e. Ces fonctionnaires deviennent des partisans du moindre effort : \u00abmolo molo le matin, pas trop vite l\u2019apr\u00e8s-midi!\u00bb. L\u2019absent\u00e9isme constitue un autre corr\u00e9lat de telle insatisfaction salariale.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><span class=\"c4\"><strong>Une administration victime d\u2019un populisme primaire<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les partis politiques au pouvoir depuis le changement de 2011, ont, \u00e0 des degr\u00e9s divers, fait de l\u2019administration publique tunisienne leur vache \u00e0 lait. Ils utilisent l\u2019emploi dans le secteur public comme une solution facile pour acheter la paix face \u00e0 des tensions en r\u00e9gions. Certains chefs de gouvernement ayant g\u00e9r\u00e9 le pays entre 2011 et 2014 ont pens\u00e9 pouvoir baisser le taux de ch\u00f4mage, en menant des recrutements massifs dans les administrations, comme si l\u2019argent public tombait du ciel de mani\u00e8re providentielle. Le bourrage des effectifs a plomb\u00e9 la progression de la valeur ajout\u00e9e de l\u2019administration dans le PIB (produit int\u00e9rieur brut). Cette valeur ajout\u00e9e a piqu\u00e9 du nez de fa\u00e7on dramatique depuis 2011, comme le confirment les donn\u00e9es de l\u2019Institut de la Statistique de Tunisie.<\/p>\n<p class=\"c6\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans-titre-7(2).jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Ce sureffectif au niveau de l\u2019administration publique a renforc\u00e9 les dysfonctionnements et exacerb\u00e9 les tensions s\u00e9vissant dans les administrations. Le tout pour encore moins de productivit\u00e9 et d\u2019engagement pour le service public et le bien-\u00eatre du citoyen. Le FMI estime que depuis la r\u00e9volution du jasmin, la productivit\u00e9 des fonctionnaires a baiss\u00e9 de plus de 10%-13%.<\/p>\n<p>Allant plus \u00e0 l\u2019amont du processus de mal-gouvernance de la fonction publique, on ne peut occulter les hiatus politiques cultiv\u00e9s par la nouvelle Constitution tunisienne post-2011. Dans son article 40, la nouvelle Constitution d\u00e9cr\u00e8te que : <em>\u00abLe travail est un droit pour chaque citoyen et citoyenne. L\u2019\u00c9tat prend les mesures n\u00e9cessaires \u00e0 sa garantie sur la base de la comp\u00e9tence et l\u2019\u00e9quit\u00e9. Tout citoyen et toute citoyenne ont le droit au travail dans des conditions d\u00e9centes et \u00e0 salaire \u00e9quitable.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019article 40 parle uniquement de droit, et point de devoir ou de productivit\u00e9. Il conf\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00c9tat la responsabilit\u00e9 de procurer du travail \u00e0 tous et \u00e0 toutes, alors que, dans les d\u00e9mocraties modernes, l\u2019\u00c9tat doit limiter son r\u00f4le \u00e0 la pr\u00e9paration d\u2019un contexte \u00e9conomique favorisant le plein emploi, la productivit\u00e9 et l\u2019incitation des travailleurs comme les investisseurs dans le processus de la cr\u00e9ation de la richesse par l\u2019emploi productif.<\/p>\n<p>Ce faisant, tout indique que la nouvelle Constitution a \u00abd\u00e9responsabilis\u00e9\u00bb les citoyens dans leur qu\u00eate d\u2019emploi et de cr\u00e9ation de la richesse, en cultivant l\u2019esprit d\u2019assist\u00e9 chez les ch\u00f4meurs et en sommant la fonction publique \u00e0 recruter toujours plus de d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s et d\u2019incomp\u00e9tents. Un v\u00e9ritable non-sens et une r\u00e9elle incompr\u00e9hension des missions de l\u2019\u00c9tat et du r\u00f4le que celui-ci doit assumer pour encourager le secteur priv\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er de l\u2019emploi durable.<\/p>\n<p>En l\u2019\u00e9tat, l\u2019administration publique a perdu beaucoup de ses valeurs \u00e9thiques et incitations de la productivit\u00e9. La valeur ajout\u00e9e de cette administration n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi faible que depuis 2011. Le PIB tunisien est plomb\u00e9, et de plus en plus par ce d\u00e9crochage de productivit\u00e9 dans les services publics, et ce comme le confirme les donn\u00e9es de l\u2019INS rapport\u00e9es dans le graphique suivant.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><span class=\"c5\"><strong>\u00abD\u00e9graisser le mammouth\u00bb!<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les r\u00e9formes \u00e0 mener sont multidimensionnelles. Dans ce cadre, on ira plus loin que le diagnostic et on pr\u00e9sente sept r\u00e9formes \u00e0 initier dans le court et moyen terme pour moderniser l\u2019administration publique et la sauver de ses d\u00e9mons.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>1- Attrition.<\/strong><\/span> La r\u00e9duction des effectifs de fonctionnaires est un mal n\u00e9cessaire. Cependant, une telle attrition des effectifs doit se faire dans le cadre de r\u00e8gles objectives respectant les valeurs \u00e9thiques, les crit\u00e8res du m\u00e9rit\u00e9 et les impacts associ\u00e9s dans le contexte de la Tunisie. Les effectifs pl\u00e9thoriques de chaouchs, de chauffeurs, de secr\u00e9taires, de commis, petits chefs, de suppl\u00e9ants, etc., doivent \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s progressivement et avec mesures d\u2019accompagnement, au besoin! Un minimum de 150000 fonctionnaires est lib\u00e9rable sans cons\u00e9quence sur la productivit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 du Service public, et dans les plus brefs d\u00e9lais.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>2. S\u00e9paration entre le politique et l\u2019administratif.<\/strong><\/span> Dans l\u2019administration publique tunisienne, le temps est venu pour cr\u00e9er une zone tampon (dans les structures et organigrammes minist\u00e9riels) entre les ministres \u00e9lus\/cabinets des ministres (acteurs partisans) et les activit\u00e9s des fonctionnaires\/commis de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Une telle approche est en vigueur dans les administrations anglo-saxonnes, et o\u00f9 le ministre est talonn\u00e9 par un Sous-ministre apolitique et expert (non \u00e9lu), charg\u00e9 de la gestion des dossiers administratifs en prenant la distance requise avec le monde politique. Une telle r\u00e9forme prot\u00e9gera les fonctionnaires des pressions politiques et dictats des lobbyistes et groupes d\u2019int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>3. Formation.<\/strong><\/span> En plus de l\u2019attrition, l\u2019administration publique tunisienne a besoin d\u2019une vraie \u00e9cole sup\u00e9rieure d\u2019administration et de gouvernance. La formation continue constitue la clef de vo\u00fbte. Aujourd\u2019hui, l\u2019ENA de Tunis est devenue une relique pr\u00e9historique, un vestige de par ses formations, son texte de cr\u00e9ation (d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par la France coloniale), avec les manques de moyens observ\u00e9s et l\u2019incapacit\u00e9 patente de mener la r\u00e9novation de la fonction publique.<\/p>\n<p>Des vrais programmes de formation et de sensibilisation doivent \u00eatre initi\u00e9s par des universitaires, et pas par de vieux fonctionnaires \u00e0 la retraite qui reproduisent, les yeux ferm\u00e9s, les sch\u00e8mes d\u2019administration \u00e0 la fran\u00e7aise (reproduits sur des notes jaunies par le temps, datant des ann\u00e9es 1970) et d\u00e9pass\u00e9s par l\u2019histoire.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>4- Innovation.<\/strong><\/span> L\u2019administration a besoin aussi de l\u2019innovation, d\u2019une rel\u00e8ve brillante, ouverte \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 en continu et dans la transparence. Par exemple, des mesures et des proc\u00e9dures peuvent \u00eatre prises pour encadrer les activit\u00e9s des lobbyistes qui font affaire avec les fonctionnaires, et opter pour un syst\u00e8me qui reconnait ces influences impossibles \u00e0 contrer de fa\u00e7on passive. Les groupes d\u2019influence ne peuvent \u00eatre abolis par d\u00e9cret ou par des discours \u00e9lectoralistes.<\/p>\n<p>Dans de nombreux pays anglo-saxons et germaniques, un registre de lobbyistes est instaur\u00e9, et chaque fois qu\u2019un ministre ou fonctionnaire rencontrent un \u00ablobbyiste\u00bb se rencontrent, ceci doit \u00eatre su, document\u00e9 et diffus\u00e9 au grand public. La non-conformit\u00e9 \u00e0 ces r\u00e8gles constitue une raison de limogeage du ministre.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>5. \u00c9valuation.<\/strong><\/span> Instaurer une r\u00e8gle d\u2019\u00e9valuation de performance des Ministres et Secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat; une telle r\u00e8gle commence par une d\u00e9finition de leur mandat et priorit\u00e9s d\u2019actions (pr\u00e9cis\u00e9ment), avec des objectifs quantitatifs et qualitatifs dans le court et le moyen terme. Et communiquer ces mandats au grand public. Les programmes doivent aussi se pr\u00eater \u00e0 une \u00e9valuation syst\u00e9matique, rigoureuse et transparente. L\u2019administration publique a besoin d\u2019\u00e9valuateurs rompus \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques, avec des approches diff\u00e9rentes de celles de la v\u00e9rification ou de l\u2019audit (fonction r\u00e9serv\u00e9e aux auditeurs et juges de la Cour des Comptes).<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>6. Planification strat\u00e9gique.<\/strong><\/span> Dans la m\u00eame veine, instaurer une planification strat\u00e9gique trisannuelle pour chacune des 3000 entit\u00e9s de l\u2019administration publique, et ce pour d\u00e9finir les orientations, les objectifs, les moyens et les r\u00e9sultats \u00e0 atteindre de fa\u00e7on mesurable (indicateurs et donn\u00e9es mesurables) et se pr\u00eatant \u00e0 la v\u00e9rification dans le cadre de rapport annuel accessible au public.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>7. Fiscalit\u00e9.<\/strong><\/span> Le Minist\u00e8re de Finances doit produire une m\u00e9thodologie et un m\u00e9canisme fiable permettant de voir qui sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires des cr\u00e9dits d\u2019imp\u00f4t, des exon\u00e9rations de TVA, autres cadeaux fiscaux procur\u00e9s \u00e0 m\u00eame les taxes pay\u00e9es par les citoyens. Un tel rapport d\u00e9crit aussi toutes les d\u00e9penses fiscales et leurs principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires. Aujourd\u2019hui, les recherches montrent que les pays n\u2019ayant pas une fiscalit\u00e9 transparente sont ceux o\u00f9 l\u2019\u00e9vasion fiscale est la plus fr\u00e9quente.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>8. Modernisation.<\/strong><\/span> Une nouvelle Loi r\u00e9gissant la modernisation de l\u2019Administration publique doit \u00eatre vot\u00e9e rapidement, pour r\u00e9glementer les intrusions politiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, syst\u00e9matiser les formations \u00e0 l\u2019\u00e9thique, l\u00e9gif\u00e9rer sur les recrutements et promotions au m\u00e9rite (par concours, crit\u00e8res et pas de fa\u00e7on discr\u00e9tionnaire), r\u00e9habiliter l\u2019image du fonctionnaire, imposer les \u00e9quipements requis (bureau, fourniture, bureautique, chauffage, salubrit\u00e9, etc.), g\u00e9rer les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats et redonner confiance aux citoyens dans le service et le bien public.<\/p>\n<p>La principale h\u00e9morragie en Tunisie est cr\u00e9\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, son train de vie et sa pl\u00e9thore de fonctionnaires. Hichem Mechichi doit relever le d\u00e9fi.<\/p>\n<p class=\"c8\"><strong>Moktar Lamari<\/strong><br \/><span class=\"c7\"><em>Universitaire au Canada<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30546-moktar-lamari-degraisser-l-etat-oxygener-les-finances-publiques\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Moktar Lamari &#8211; Tel qu\u2019annonc\u00e9, les 28 ministres et secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat du gouvernement Mechichi, 10\u00e8me depuis 2011 et 3eme depuis 7 mois, sont investis de leur pouvoir pour arr\u00eater l\u2019h\u00e9morragie des finances publiques. Un slogan miroit\u00e9 en seul programme politique. La premi\u00e8re h\u00e9morragie est celle des finances publiques. 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