{"id":98907,"date":"2020-09-15T06:00:00","date_gmt":"2020-09-15T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/amar-ezzahi-et-les-chantres-du-melhoun-algero-marocain\/"},"modified":"2020-09-15T06:00:00","modified_gmt":"2020-09-15T10:00:00","slug":"amar-ezzahi-et-les-chantres-du-melhoun-algero-marocain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/amar-ezzahi-et-les-chantres-du-melhoun-algero-marocain\/","title":{"rendered":"Amar Ezzahi et les chantres du melhoun alg\u00e9ro-marocain"},"content":{"rendered":"<p>Faire revivre Amar Ezzahi, c&rsquo;est in\u00e9vitablement parler du melhoun. Une sublime po\u00e9sie populaire en arabe maghr\u00e9bin, b\u00e9douine ou citadine, qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sous une forme litt\u00e9raire peu conforme \u00e0 la structure de la po\u00e9sie classique. Ibn Khaldoun mentionnait lui-m\u00eame des cr\u00e9ations maghr\u00e9bines ou andalouses du zadjal, forme po\u00e9tique similaire au muwashah arabe classique. \u00c0 l&rsquo;honneur chez les soufis, elle utilise exclusivement l&rsquo;arabe dialectal et s&rsquo;adapte fort bien \u00e0 la musique pour mieux chanter la nature, le vin et l&rsquo;amour. Le zadjal fut donc le pr\u00e9curseur du melhoun. Mais c&rsquo;est incontestablement le po\u00e8te Sidi Lakhdar Benkhlouf, saint de la r\u00e9gion de Mostaganem, qui a mis en place les jalons essentiels du melhoun en Alg\u00e9rie. L&rsquo;on peut dire, donc, que le melhoun est alg\u00e9ro-marocain. Le c\u00e9l\u00e9brer et raviver la m\u00e9moire de ses grands chantres, c&rsquo;est aussi exalter l&rsquo;amiti\u00e9 entre les peuples alg\u00e9rien et marocain, \u00e0 travers une m\u00e9moire culturelle commune.<br \/>Amar Ezzahi, qui aura chant\u00e9 le r\u00e9pertoire partag\u00e9 du melhoun, fut ainsi une synth\u00e8se artistique de ce registre po\u00e9tique, au plus grand bonheur des m\u00e9lomanes des deux pays. Le cheikh a donc chant\u00e9 indistinctement les bardes alg\u00e9riens et les chantres marocains du genre. \u00c0 commencer par le \u00abg\u00e9ant\u00bb marocain Abdelaziz El Maghraoui, cadi \u00e0 F\u00e8s, n\u00e9 en 1533, 73 ans apr\u00e8s l\u2019Alg\u00e9rien Sidi Lakhdar Benkhlouf. Et comment alors ne pas s&rsquo;\u00e9mouvoir perp\u00e9tuellement en \u00e9coutant Amar Ezzahi chanter, entre autres, avec sa voix chaude du miel de la tendresse, Maychali, Ana A\u00e2chqi Adraoui, Sellem Ya Men Lem Fel H&rsquo;wa ou encore Ya Bdour Ezine El Meknoune ? Amar Ezzahi aura \u00e9galement fait nombre de bouquets dans les roseraies po\u00e9tiques marocaines de Kaddour El Alami (1742-1850), l&rsquo;un des plus grands noms du melhoun. Ah ce magnifique trouv\u00e8re \u00e0 la fois romantique, moraliste et mystique !<br \/>Comme tant d&rsquo;autres grandes voix du cha\u00e2bi, Amar Ezzahi a pr\u00eat\u00e9 la sienne \u00e0 ce scoliaste de Mekn\u00e8s pour magnifier notamment El Meknassiya, Ya Krim El Kourama, dite aussi El Farradjiya et Ettaouessoul. Sans omettre la grisante Essaqui, La\u00e2b Men Doun Chtara et la spirituelle et contemplative Ya Lotf Allah El Khafi. Le diwan de l&rsquo;immense Ben Ali Ch\u00e9rif Oueld Erzin de F\u00e8s, un des plus grands ma\u00eetres du melhoun marocain (1742-1822), fut par ailleurs un champ philarmonique pour le cheikh de la rampe Valley qui v\u00e9cut \u00e0 l&rsquo;ombre protectrice de Sidi Abderrahmane. Et quel bonheur kh\u00e9loui que celui de le r\u00e9\u00e9couter interpr\u00e9ter Zenouba, Salaf Mekmoult El B&rsquo;ha, Dami H&rsquo;ouit Loughzala et, bien s\u00fbr, Mir El Ghiouane. Ou bien et tout aussi bien, A\u00e2lache Ya L&rsquo;djafi et Toue\u00ea Ya El Ghafel werdja\u00e2e Lel Ghani.<br \/>Dans l&rsquo;oc\u00e9an du melhoun, le g\u00e9nial et prolifique a\u00e8de Mohamed Benslimane fut lui aussi pour Amar Ezzahi une fontaine fra\u00eeche d&rsquo;inspiration musicale. Il y puisa tout particuli\u00e8rement Goumriate Lebroudj, a Saqi Baqi Nor Echem\u00e2ana et Ya El Ghorri f\u00e9 D\u00e9nnya Ma Tkoun Maghrour. Mais aussi Ya TeH&rsquo;lil Essoltane, Ya H&rsquo;le ezzine El Fassi, Mersoul Fatma et Ya sah Zarni Mahboubi. Et c&rsquo;est avec la m\u00eame app\u00e9tence qu&rsquo;il s&rsquo;est nourri de la po\u00e9sie innovante de Mohamed El Masmoudi, auteur de mots de fine dentelle et de d\u00e9licates guipures. En premier lieu, le rubis po\u00e9tique Mir El Ghram, sublim\u00e9 en Alg\u00e9rie sous le titre de Goulou l&rsquo;Yamna. Dans sa qu\u00eate du nirvana, cette \u00e9mulsion de sons bouleversants et de mots envo\u00fbtants que les Alg\u00e9rois appellent le kh\u00e9loui, Amar Ezzahi trouva d&rsquo;autre part en Touhami Ben Ahmed El Medaghri une veine inesp\u00e9r\u00e9e. Avec une pr\u00e9dilection pour El Batoul et Mel Men Qassem Qelbi Men Syouf Lechfar. Avec le m\u00eame bonheur artistique, il fut longtemps inspir\u00e9 par Cheikh Mthired El Djilali qui lui offrit comme il le fit pour tant d&rsquo;autres grands noms du cha\u00e2bi, l&rsquo;\u00e9meraude de puret\u00e9 absolue qu&rsquo;est Ya Dhif Allah.<br \/>Aborder le lien d&rsquo;Amar Ezzahi avec le melhoun marocain ne peut se faire certainement sans \u00e9galement l&rsquo;\u00e9vocation de Cheikh Embarek Essoussi, le p\u00e8re de l\u2019onirique et sensuelle Youm El Djem\u00e2\u00e2 Kharjou Erryam. Une h\u00e9matite noire parmi d&rsquo;autres diamants po\u00e9tiques tels que Char\u00e2a Allah M\u00e2ak Ya H&rsquo;lal Ezzine, Tal Tihanek Ya Mahboubi, Sa\u00e2dat El Qelb El H&rsquo;ani ou encore Lech Tebki Ya Men Djerhouk Lermeq. Ah ! Il y a aussi Cheikh Mohamed Ennadjar, le g\u00e9nial g\u00e9niteur de El A\u00e2rfaouiya, Sir Anakar Lehsane et Ghedar Kassek Ya Ndim, parmi d&rsquo;innombrables illuminations po\u00e9tiques. Il y a donc les rhapsodes marocains dont la liste ne peut \u00eatre contenue dans une modeste chronique de journaliste. Et il y a aussi, noblesse po\u00e9tique oblige, les amants des muses alg\u00e9riens, dont le plus grand de tous, Sidi Lakhdar Benkhelouf Lakhal, merveilleux pan\u00e9gyriste du Proph\u00e8te auquel il voua tout son art. Amar Ezzahi et bien d&rsquo;autres chouyoukh du cha\u00e2bi lui doivent singuli\u00e8rement El Khazna El Kbira et El Khazna Essghira. Dans sa suite glorieuse, il y a d&rsquo;abord Sa\u00efd El Mendassi, le po\u00e8te tlemcenien du XVIIe si\u00e8cle exil\u00e9 au Maroc. Dans son \u0153uvre, brille de mille feux El A\u00e2&rsquo;qiqya, une longue qcida pour les Lieux Saints. Cet incomparable m\u00e9nestrel fut le ma\u00eetre d&rsquo;autres troubadours alg\u00e9riens comme Ahmed Bentriki et Mohamed Bna Msayeb. On doit notamment au premier Abouya hnini tab qelbi men qoulette lala.<br \/>Dans cette lign\u00e9e prestigieuse, figure \u00e9galement Cheikh Bettobdji Abdelkader de Mostaganem, auteur de Lellah ya h&rsquo;li a-\u00e2adhrouni et le splendide beyt we syah Ah ya ouelfi. Et comment ne pas citer l&rsquo;Alg\u00e9rois, dont la po\u00e9sie est d&rsquo;or pur cousue, Cheikh Mohamed Ben Isma\u00efl, cr\u00e9ateur de la mythique Ya ilahi weltof ya del krim bia, mais pas seulement ? Mention sp\u00e9ciale d&rsquo;autre part \u00e0 Cheikh Ben Omar, surnomm\u00e9 El Hadbi (le bossu), producteur de la tr\u00e8s suggestive Tlata zahwa wemraha men h&rsquo;wa h&rsquo;oum mani sahi. Et, bien s\u00fbr, dans le registre de l&rsquo;excellence po\u00e9tique, Mohamed Ben&rsquo;Msayeb, le Tlemcenien aux racines andalouses, qui aurait compos\u00e9 quelque 3 000 po\u00e8mes, dont le providentiel Ya ahl Allah ghithou el melhouf. Et, parmi tant d&rsquo;autres compositions, le divin Ya l\u2019Wahdani. Lui reviennent aussi, de plein droit artistique, Ya a\u00e2chaq ezzine, Men sab m\u00e2a elmlih fardja, Men ne&rsquo;houa rouhi ourahti, Fadh elwahch a\u00e2liy, Kif a\u00e2mali ouhilti, El horm ya Rassoul Allah, Anaya barrani ghrib, Nari w&rsquo;qourhti we sbeb el qelb el hzine, ou bien Zora ya a\u00e2chqine zora.<br \/>Dans le sillage de Ben&rsquo;Msayeb, Boum\u00e9diene Ben Mohamed Bensahla, lui aussi de Tlemcen. Tel le grand po\u00e8te arabe Omar Ibnou Rabi\u00e2a, Bensahla fut un homme \u00e0 femmes dont il loua l&rsquo;amour de toutes ces divines cr\u00e9atures ! Et c&rsquo;est \u00e0 toutes ces belles Tlemceniennes qu&rsquo;il d\u00e9dia sa fameuse qcida Nabouni roudou el djwab. Parmi ces sir\u00e8nes de beaut\u00e9, il y eut en particulier Fatma \u00e0 laquelle il composa Youm el kh\u00e9mis wach eddani, Oueld ettir, M&rsquo;dhebel l\u00e2ayan et Sidi men yssel aala kahl el \u00e2ayn. Il fut tout aussi bien inspir\u00e9 en tissant les trames de Baghi n&rsquo;djaour El Mustapha, Wahd el gh&rsquo;zal rit el youm, Char\u00e2a Allah ya lahbab et Ya dhaou \u00e2ayani. Et dire qu\u2019Amar Ezzahi transcrivait phon\u00e9tiquement ces po\u00e8mes complexes en lettres latines pour mieux les d\u00e9clamer en arabe maghr\u00e9bin, avec une clart\u00e9 et une pr\u00e9cision \u00e9poustouflantes ! Le g\u00e9nie, c\u2019est aussi \u00e7a !<br \/>N. K.<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/point-virgule\/amar-ezzahi-et-les-chantres-du-melhoun-algero-marocain-48168\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faire revivre Amar Ezzahi, c&rsquo;est in\u00e9vitablement parler du melhoun. Une sublime po\u00e9sie populaire en arabe maghr\u00e9bin, b\u00e9douine ou citadine, qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sous une forme litt\u00e9raire peu conforme \u00e0 la structure de la po\u00e9sie classique. 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