{"id":99318,"date":"2020-09-19T05:00:00","date_gmt":"2020-09-19T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/patrimoine-culturel-preserver-mettre-en-valeur-integrer-a-la-vie-une-priorite-nationale\/"},"modified":"2020-09-19T05:00:00","modified_gmt":"2020-09-19T09:00:00","slug":"patrimoine-culturel-preserver-mettre-en-valeur-integrer-a-la-vie-une-priorite-nationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/patrimoine-culturel-preserver-mettre-en-valeur-integrer-a-la-vie-une-priorite-nationale\/","title":{"rendered":"Patrimoine culturel &#8211; Pr\u00e9server, mettre en valeur, int\u00e9grer \u00e0 la vie : une priorit\u00e9 nationale"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(20).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>Le patrimoine culturel est mondialement reconnu, aujourd\u2019hui, comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la vie des soci\u00e9t\u00e9s et des Etats. Ses deux composantes, d\u00e9finies par les conventions de l\u2019Unesco de 1972 et de 2003, sont le patrimoine mat\u00e9riel (arch\u00e9ologique, monumental, architectural, urbanistique ou encore artisanal et \u00e9crit, objets d\u2019art et\u00a0 mobilier, patrimoine agricole ou industriel) et le patrimoine immat\u00e9riel ou vivant (savoir-faire, connaissances, us et coutumes, chants, danses, dialectes et parlers, ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associ\u00e9s, transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration que les communaut\u00e9s, groupes, voire des individus, consid\u00e8rent comme faisant partie de leur h\u00e9ritage culturel). C\u2019est, il faut le dire, un vaste domaine, souvent menac\u00e9\u00a0 de d\u00e9gradation, de destruction, de modifications corruptrices, d\u2019extinction d\u2019un savoir-faire, d\u2019un parler, d\u2019un usage, sans compter les fouilles clandestines, les vols et les trafics illicites.<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019occasion d\u2019une rencontre de haut niveau autour du th\u00e8me \u00abPatrimoine culturel et d\u00e9veloppement durable\u00bb organis\u00e9 dans la citadelle qui abrite le superbe mus\u00e9e de Sousse par le Forum de l\u2019Acad\u00e9mie politique, en collaboration avec la Fondation Konrad-Adenauer et l\u2019Institut national du patrimoine le 4 juillet dernier, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 faire part de mes r\u00e9flexions n\u00e9es d\u2019 une exp\u00e9rience acquise comme ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, puis comme directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Organisation de la Ligue des Etats arabes pour l\u2019\u00e9ducation, la culture et la science, mais aussi de l\u2019exp\u00e9rience acquise durant presque quarante ans en qualit\u00e9 de directeur de recherches, de responsable de collections et de conservateur de monuments et de sites \u00e0 l\u2019Institut national du patrimoine. La pr\u00e9sente contribution reprend et d\u00e9veloppe les id\u00e9es \u00e9mises \u00e0 cette occasion.<\/p>\n<p>Si pendant longtemps, le patrimoine culturel a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u prioritairement comme un facteur d\u2019\u00e9panouissement intellectuel, une ouverture sur l\u2019universel et un conservatoire de l\u2019identit\u00e9, il demeurait cependant sans lien r\u00e9el avec l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, voire sans lien avec la vie. Les choses, y compris dans notre pays, ont \u00e9volu\u00e9. S\u2019il n\u2019y a pas encore suffisamment de programmes concrets en la mati\u00e8re, il y a en tout cas une conscience de la n\u00e9cessaire int\u00e9gration du patrimoine culturel au d\u00e9veloppement. Ce que nous souhaitons, c\u2019est que l\u2019Etat r\u00e9ussisse \u00e0 donner \u00e0 la politique de pr\u00e9servation, de mise en valeur et d\u2019int\u00e9gration du patrimoine culturel tunisien l\u2019ampleur d\u2019une priorit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Voici comment l\u2019on pourrait s\u2019y prendre.\u00a0 La condition sine qua non d\u2019une int\u00e9gration r\u00e9ussie du patrimoine \u00e0 la vie nationale culturelle, sociale et \u00e9conomique est la coordination et la coop\u00e9ration entre plusieurs minist\u00e8res. On sait que la protection du patrimoine passe imp\u00e9rativement par sa conservation et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de sa restauration. En l\u2019occurrence, le personnel scientifique (chercheurs et conservateurs historiens et arch\u00e9ologues, architectes-urbanistes) ne pose pas de probl\u00e8me. Mais le personnel technique et ouvrier qualifi\u00e9? Il faut donc engager de suite un programme de formation professionnelle de jeunes gens et de jeunes filles qui deviendraient capables de mettre en pratique des techniques traditionnelles ou anciennement en vigueur et, ce faisant, sauver ou ressusciter un savoir-faire. Il faut aussi s\u2019atteler au travail d\u2019inventaire des techniques et des usages et des proc\u00e9d\u00e9s authentiques. Il faut publier et diffuser des nomenclatures, des manuels, des r\u00e9pertoires en mati\u00e8re de styles architecturaux et d\u00e9coratifs \u00e0 l\u2019usage du personnel technique et ouvrier. Ce n\u2019est pas impossible. Beaucoup d\u2019excellentes \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es depuis le XIXe si\u00e8cle par des ethnologues et des chercheurs sp\u00e9cialistes de ce que l\u2019on appelait nagu\u00e8re les Arts et Traditions populaires portant sur les techniques, les recettes, les outils, le d\u00e9cor, le traitement des mat\u00e9riaux, la ma\u00eetrise du bois, de la ferronnerie, de la peinture, du pl\u00e2tre sculpt\u00e9, de l\u2019emploi des enduits et des pigments ad\u00e9quats. Ces \u00e9tudes figurent dans des revues sp\u00e9cialis\u00e9es ou sous forme de monographies qui existent dans nos biblioth\u00e8ques. Il y a aussi dans les cartons de l\u2019INP et du minist\u00e8re de la Culture ou dans ceux de l\u2019Association de sauvegarde de la M\u00e9dina de Tunis et d\u2019autres municipalit\u00e9s des enqu\u00eates men\u00e9es dans les souks aupr\u00e8s des artisans. Aussi est-il indispensable que les minist\u00e8res de la Culture et de la Formation professionnelle et de l\u2019Emploi (ce dernier d\u00e9partement dispose d\u2019excellents centres d\u2019ing\u00e9nierie de formation\u00a0 et de formation continue tels que le\u00a0 Cenafif et le Cnfcpp) ainsi que le minist\u00e8re en charge de l\u2019artisanat travaillent ensemble. La coop\u00e9ration internationale sera en la mati\u00e8re particuli\u00e8rement utile. Des centres sp\u00e9cialis\u00e9s dans la formation des m\u00e9tiers du patrimoine comme ceux de Venise et de F\u00e8s seraient dispos\u00e9s, je le sais, \u00e0 mettre leur exp\u00e9rience au service des programmes tunisiens de formation d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. Comme corollaire \u00e0 cette mobilisation impliquant plusieurs d\u00e9partements, il conviendrait de mettre en place une politique d\u2019encouragement et de r\u00e9compense telle que le Prix du meilleur ouvrier, meilleur restaurateur, meilleur ferronnier, meilleur stucateur, meilleur artisan- formateur, ou encore dans le domaine du livre, par exemple, du meilleur artisan relieur-formateur. La contribution de certaines organisations intergouvernementales est tout \u00e0 fait envisageable (\u00e0 preuve, le Prix de l\u2019Alecso pour le patrimoine, dot\u00e9 de 50 000 dollars, que nous avons cr\u00e9\u00e9 en 2011). Un autre aspect fondamental de la coop\u00e9ration entre les minist\u00e8res de la Culture et du Tourisme et de l\u2019Artisanat est la r\u00e9habilitation de l\u2019artisanat, la protection des m\u00e9tiers traditionnels et la lutte contre les contrefa\u00e7ons.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Patrimoine-moy.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Notre patrimoine archivistique, manuscrit, imprim\u00e9 et photographique, fort riche, gagnerait \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une coop\u00e9ration \u00e9troite entre le minist\u00e8re de la Culture, dont d\u00e9pend la Biblioth\u00e8que nationale, et la Pr\u00e9sidence du gouvernement, autorit\u00e9 de tutelle des Archives nationales, pour la conservation du patrimoine archivistique, manuscrit et imprim\u00e9 et illustr\u00e9. Les efforts conjoints permettraient en particulier la mise en \u0153uvre d\u2019un programme d\u2019inventaire, de classement et de pr\u00e9servation des collections publiques et priv\u00e9es sur toute l\u2019\u00e9tendue du territoire.<\/p>\n<p>Par-dessus tout, la prise de conscience effective de l\u2019importance du patrimoine culturel et\u00a0 de sa place dans la vie nationale est tributaire d\u2019une action d\u2019envergure qui est l\u2019\u00e9ducation de la soci\u00e9t\u00e9 en la mati\u00e8re. Cette \u0153uvre \u2013 ambitieuse mais n\u00e9anmoins incontournable &#8211; passe par des programmes scolaires d\u2019initiation aux caract\u00e8res originaux de l\u2019h\u00e9ritage patrimonial ainsi qu\u2019\u00e0 une initiation \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art et des crit\u00e8res esth\u00e9tiques du patrimoine architectural et d\u00e9coratif. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019acquisition de connaissances correctes de l\u2019h\u00e9ritage patrimonial et du r\u00f4le des \u00e9changes interculturels dans l\u2019histoire, l\u2019\u00e9ducation au patrimoine serait aussi une \u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9. Une citoyennet\u00e9 attach\u00e9e \u00e0 son identit\u00e9 et \u00e0 la patrie et ouverte avec sympathie sur les cultures du monde. L\u2019innovation et la cr\u00e9ativit\u00e9 elles-m\u00eames, toujours souhaitables dans toute soci\u00e9t\u00e9 en phase avec son \u00e9poque, ne peuvent s\u2019\u00e9panouir sans une connaissance pr\u00e9alable du r\u00e9pertoire architectural et d\u00e9coratif historique. Il y a donc urgence \u00e0 mettre en place une r\u00e9flexion approfondie sur la question entre les minist\u00e8res de la Culture, de l\u2019Education, de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur (dont d\u00e9pendent d\u2019ailleurs l\u2019Institut sup\u00e9rieur des arts et m\u00e9tiers et l\u2019Institut sup\u00e9rieur des m\u00e9tiers du patrimoine). La t\u00e2che est ardue (notamment en ce qui concerne la formation d\u2019enseignants, la conception des programmes et l\u2019am\u00e9nagement des horaires) mais il n\u2019y a pas de progr\u00e8s sans ambition et il n\u2019y apas d\u2019ambition sans sacrifices et sans effort. Au demeurant, l\u2019\u00e9ducation au patrimoine peut se faire sans grands bouleversements par le recours \u00e0 la pluridisciplinarit\u00e9 et l\u2019am\u00e9nagement des programmes d\u2019histoire, de g\u00e9ographie, d\u2019arts plastiques et de philosophie de sorte que les enseignants puissent int\u00e9grer \u00e0 leurs cours une initiation \u00e0 l\u2019histoire des civilisations. Une autre expression de cette coop\u00e9ration entre les minist\u00e8res de la Culture et de l\u2019Education devra r\u00e9ussir \u00e0 faire des maisons de la culture des maisons du patrimoine, organisant des programmes scolaires de causeries, d\u2019expositions l\u00e9g\u00e8res, de projections vid\u00e9o des visites virtuelles de sites arch\u00e9ologiques et historiques nationaux ou \u00e9trangers. Cette coop\u00e9ration ne manquera pas de faire appel aux bonnes volont\u00e9s de plus en plus nombreuses dans la soci\u00e9t\u00e9 civile (associations culturelles souvent r\u00e9gionales et qui ont, par cons\u00e9quent, une bonne connaissance de certaines sp\u00e9cificit\u00e9s du patrimoine et ses liens avec l\u2019environnement naturel).<\/p>\n<p>Si la coordination des efforts est une condition indispensable pour la pr\u00e9servation et la mise en valeur du patrimoine, celui-ci peut jouer, pour sa part, un r\u00f4le de grande importance dans le d\u00e9veloppement et notamment dans les efforts visant \u00e0 revigorer l\u2019\u00e9conomie touristique. Dans la premi\u00e8re d\u00e9cennie du si\u00e8cle, le Gouvernement avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en faire une priorit\u00e9 et en avait confi\u00e9 la r\u00e9flexion et la mise en \u0153uvre au minist\u00e8re de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine en coordination avec le minist\u00e8re du Tourisme. Un\u00a0 ambitieux projet fut alors engag\u00e9 avec le soutien de la Banque mondiale (qui pour la premi\u00e8re fois, et c\u2019est un honneur pour la Tunisie, s\u2019engageait dans un programme concernant le secteur culturel). Nous proc\u00e9d\u00e2mes alors \u00e0 la mise en valeur de Dougga, la r\u00e9habilitation de la m\u00e9dina de Kairouan, la reconstruction du mus\u00e9e de Sousse\u00a0 et la mise en valeur de la citadelle, le r\u00e9am\u00e9nagement, l\u2019extension et la mise \u00e0 niveau du mus\u00e9e du\u00a0 Bardo, la cr\u00e9ation du mus\u00e9e des arts et traditions de Houmt Souk,\u00a0 la signalisation promotionnelle des sites, m\u00e9dinas et monuments sur les axes autoroutiers et routiers. Parall\u00e8lement, le minist\u00e8re, appuy\u00e9 sur l\u2019INP, avait engag\u00e9 un ensemble d\u2019op\u00e9rations financ\u00e9es sur le budget de l\u2019Etat, telles que la r\u00e9habilitation du village de\u00a0 Ch\u00e9nini \u00e0 Tataouine, des gsour (greniers \u00e0 grains) de M\u00e9denine, du village de Kesra ainsi que du superbe site arch\u00e9ologique d\u2019Oudhna (l\u2019antique Uthina), dont la richesse et la proximit\u00e9 de Tunis constituaient \u00e0 nos yeux un excellent contrepoids \u00e0 la visite toujours d\u00e9cevante, arch\u00e9ologiquement parlant, de Carthage.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Patrimoine-moy-1.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>On voudra bien nous permettre de faire quelques propositions comme contribution \u00e0 la r\u00e9flexion sur le tourisme culturel. Il faudrait \u00e9viter un changement de cap brusque et, par cons\u00e9quent, continuer d\u2019am\u00e9liorer les options traditionnelles (tourisme baln\u00e9aire, de sant\u00e9 et de loisirs) tout en s\u2019engageant progressivement sur la voie du tourisme culturel. Il est d\u2019autant plus ais\u00e9 de concilier l\u2019un et l\u2019autre choix que le territoire national est peu \u00e9tendu et qu\u2019il poss\u00e8de 1 300 km de c\u00f4tes. La mer n\u2019est jamais tr\u00e8s loin du patrimoine culturel et le patrimoine, jamais tr\u00e8s loin de la mer. Citons p\u00eale-m\u00eale Dougga, Bulla Regia, Thuburbo Majus, Ch\u00e9nini de Tataouine, sans parler de Sidi Bou Sa\u00efd, d\u2019Oudhna ou encore des m\u00e9dinas. Cette politique \u00e9quilibr\u00e9e laisserait au tourisme culturel le temps de se d\u00e9velopper et de s\u2019adapter aux standards internationaux.<\/p>\n<p>Une politique touristique privil\u00e9giant le patrimoine assurerait non seulement un caract\u00e8re dynamique \u00e0 sa protection et sa mise en valeur, mais elle jouerait aussi un r\u00f4le important dans le r\u00e9\u00e9quilibrage r\u00e9gional entre le littoral, mieux \u00e9quip\u00e9, plus prosp\u00e8re, et l\u2019int\u00e9rieur qui p\u00e2tit de divers handicaps. Un argument de poids plaide en faveur du tourisme culturel : de nombreux sites arch\u00e9ologiques et historiques se trouvent pr\u00e9cis\u00e9ment dans les r\u00e9gions de l\u2019int\u00e9rieur. Ici aussi, une coordination r\u00e9elle entre diff\u00e9rents d\u00e9partements minist\u00e9riels &#8211; et surtout un attelage op\u00e9rationnel constitu\u00e9 du minist\u00e8re de la Culture et de celui du Tourisme &#8211; s\u2019impose. Indispensable, la mise en place d\u2019une politique de coop\u00e9ration \u00e9troite entre diff\u00e9rents minist\u00e8res pour le d\u00e9veloppement du patrimoine culturel est une entreprise complexe qui se complique davantage aujourd\u2019hui par l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des collectivit\u00e9s r\u00e9gionales et locales. La d\u00e9centralisation \u00e9rig\u00e9e \u2013 de mani\u00e8re exp\u00e9ditive, il faut le dire &#8211;\u00a0 en dogme par la Tunisie actuelle, commande aux responsables du patrimoine de r\u00e9fl\u00e9chir d\u00e8s maintenant \u00e0 la meilleure mani\u00e8re de g\u00e9rer les rapports qui ne seront pas de tout repos entre le minist\u00e8re de la Culture et ses partenaires gouvernementaux, d\u2019une part, et les r\u00e9gions et communes, d\u2019autre part. En outre, le caract\u00e8re de masse et la formule du all inclusive de notre tourisme constitue encore un handicap pour l\u2019essor du tourisme culturel. A cela, il faut ajouter qu\u2019avant 2011, l\u2019ensemble du territoire \u2013 y compris les confins sahariens\u2013 \u00e9tait accessible, alors qu\u2019aujourd\u2019hui, la menace terroriste est un obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement du tourisme culturel et \u00e9cologique, notamment dans l\u2019extr\u00eame Sud.<\/p>\n<p>Pour terminer, nous souhaiterions dire un mot sur le r\u00f4le du secteur priv\u00e9 et la n\u00e9cessaire r\u00e9conciliation de l\u2019Etat avec les amateurs du patrimoine.\u00a0 Ici et ailleurs dans le monde, les collectionneurs priv\u00e9s ont toujours jou\u00e9 un r\u00f4le dans la conservation des objets. L\u2019Etat y gagnait de sorte que souvent, \u00e0 l\u2019INP, nous enrichissions les collections nationales par des acquisitions effectu\u00e9es aupr\u00e8s de nos compatriotes et des antiquaires. Beaucoup ont sacrifi\u00e9 bien des choses dans leur vie par amour des livres, des bibelots, de la numismatique, certains \u00e9taient et sont encore d\u2019excellents connaisseurs (Tunisiens et \u00e9trangers se souviendront toujours de l\u2019immense \u00e9rudition du grand collectionneur que fut Si Ahmed Djellouli qui nous quitta en 2011). Aujourd\u2019hui, il serait bon que l\u2019Autorit\u00e9 publique encourage le m\u00e9tier de commissaire-priseur agr\u00e9\u00e9 et les ventes aux ench\u00e8res r\u00e9glement\u00e9es. Ainsi se cr\u00e9erait un circuit dynamique utile aux particuliers, aux marchands d\u2019art et \u00e0 l\u2019Etat qui pourrait, comme c\u2019est le cas en France, exercer son droit de pr\u00e9emption. Il n\u2019y a pas de mal \u00e0 ce qu\u2019une personne investisse dans le domaine mus\u00e9ographique. Mais, nous l\u2019avons vu il y a quelques ann\u00e9es dans deux projets d\u2019envergure dans le Sud, il y a un risque d\u2019erreurs grossi\u00e8res (comme par exemple de mettre \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du \u00abmus\u00e9e\u00bb les armoiries royales \u00e9gyptiennes au lieu des armes tunisiennes beylicales\u2026). En outre, le c\u00f4t\u00e9 spectaculaire peut donner une vision caricaturale du pass\u00e9.\u00a0 Il faut donc que l\u2019Institut national du patrimoine garde la haute main sur des entreprises de cette nature et qu\u2019il impose notamment le recours \u00e0 un sp\u00e9cialiste confirm\u00e9 des mus\u00e9es et de la conservation.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Patrimoine-moy-3.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>\u00abPr\u00e9server le patrimoine culturel, le mettre en valeur, l\u2019int\u00e9grer \u00e0 la vie, une priorit\u00e9 nationale\u00bb, avons-nous choisi comme titre pour cet article. Mais peut-on r\u00e9ellement garder la forme affirmative ? Fixer un tel objectif, en effet, ne va pas sans susciter en chaque responsable du patrimoine l\u2019angoisse de l\u2019athl\u00e8te devant une barre plac\u00e9e trop haut. L\u2019Etat est confront\u00e9 depuis presque dix ans \u00e0 des difficult\u00e9s budg\u00e9taires gigantesques et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de consacrer une part sans cesse croissante de son budget \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9fense nationale, \u00e9tant donn\u00e9 le risque terroriste. Face \u00e0 de telles contraintes, que faire sinon trancher dans le vif et privil\u00e9gier, au sein du minist\u00e8re, sa vocation de responsable du patrimoine, de sa sauvegarde et de sa mise en valeur.\u00a0 Si j\u2019avais \u00e0 d\u00e9cider, je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 d\u00e9sengager l\u2019Etat de l\u2019activit\u00e9 festivali\u00e8re (en faisant un appel conditionnel aux priv\u00e9s) budg\u00e9tivore au b\u00e9n\u00e9fice massif des sites arch\u00e9ologiques, des villes et monuments historiques, du patrimoine \u00e9crit et de l\u2019h\u00e9ritage immat\u00e9riel l\u00e0 o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment\u2013 \u00e0 l\u2019heure actuelle &#8211; l\u2019Etat, gr\u00e2ce \u00e0 ses personnels scientifique et technique et ses administrateurs, demeure le seul organe comp\u00e9tent.\u00a0 \u00a0<br \/>Enfin, il faut rompre avec la vision fig\u00e9e de la sauvegarde. Le pire exemple est celui de Carthage. Pendant vingt ans (1973-1993), une campagne internationale de fouilles y a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Unesco. Entretemps (1974), le site (en r\u00e9alit\u00e9, une ville moderne dans laquelle sont dispers\u00e9s des sites et vestiges antiques) a \u00e9t\u00e9 inscrit sur la Liste du patrimoine de l\u2019Humanit\u00e9. L\u2019Etat a alors\u00a0 class\u00e9 comme non-constructibles plus de 400 ha publics et priv\u00e9s qu\u2019on a donc gel\u00e9s sans rien faire, sinon interdire\u00a0 dans ce qu\u2019on a qualifi\u00e9 de \u00ab parc arch\u00e9ologique \u00bb (d\u00e9finition doublement contestable : d\u2019abord parce que la notion de parc suppose une mise en valeur et une animation \u00e0 but \u00e9ducatif et de loisirs, ensuite parce que Carthage, \u00e0 la diff\u00e9rence de Dougga, Oudhna, Bulla Reggia ou encore, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, Leptis Magna (Libye) ou Jarrach (Jordanie), est une commune dans laquelle se trouvent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des vestiges. Il faut rompre avec l\u2019immobilisme. Depuis plus de quarante ans, on parle de parc arch\u00e9ologique (mais pas l\u2019Unesco. Un parc, elle veut bien, mais \u00e0 condition de le mettre en valeur et de l\u2019animer) mais rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait (voir l\u2019excellent article du Pr Houcine Ja\u00efdi sur Leaders.com du 17.IV. 2014). La faute n\u2019en revient pas uniquement aux responsables du patrimoine mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019Autorit\u00e9 supr\u00eame qui n\u2019a jamais voulu \u00e9tablir juridiquement la d\u00e9limitation du site ni approuv\u00e9 ou corrig\u00e9 le \u00abPlan de protection et de mise en valeur\u00bb. Le Pr Sana Ben Achour, \u00e9minente sp\u00e9cialiste du droit du patrimoine,\u00a0 dit clairement qu\u2019en agissant de la sorte, \u00abl\u2019Etat ne se reconna\u00eet aucune obligation positive ou de faire. Il agit simplement par d\u00e9faut et attentisme.\u00bb D\u2019ailleurs, concernant Carthage, l\u2019Unesco ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il faut r\u00e9gulariser les cas litigieux, d\u00e9limiter les secteurs et mettre en valeur les espaces class\u00e9s non constructibles.<\/p>\n<p>Autre urgence, \u00e0 caract\u00e8re l\u00e9gislatif celle-l\u00e0: pour lib\u00e9rer le patrimoine culturel des entraves \u00e0 son \u00e9panouissement constructif au sein de la nation, il faudrait revoir les textes juridiques, en particulier le Code du patrimoine arch\u00e9ologique, historique et des arts traditionnels de f\u00e9vrier 1994 et le d\u00e9cret-loi d\u2019avril 2011. Ils ne sont gu\u00e8re incitatifs et exag\u00e9r\u00e9ment r\u00e9pressifs. Or, si on terrorise les particuliers, c\u2019est perdu, et \u00e0 plus d\u2019un titre :\u00a0 parce que l\u2019Etat n\u2019a pas les moyens de tout garder et de tout pr\u00e9senter et parce que le commerce l\u00e9gal et r\u00e9glement\u00e9 (inventaire, magasins agr\u00e9\u00e9s\u2026) peut contribuer \u00e0 faire vivre le patrimoine historique et ceux qui exercent ce m\u00e9tier avec comp\u00e9tence, dans la transparence et le respect des lois.<\/p>\n<p>Les temps sont difficiles, mais il n\u2019est pas interdit de garder l\u2019espoir que le minist\u00e8re des Affaires culturelles (et son bras arm\u00e9, l\u2019Institut national du patrimoine ainsi que l\u2019Agence nationale de mise en valeur du Patrimoine) jouera, malgr\u00e9 tous les obstacles qui se dressent sur sa route, un r\u00f4le capital comme garant de la sauvegarde du patrimoine mais aussi comme pivot d\u2019un indispensable programme national de coordination et de coop\u00e9ration entre les d\u00e9partements minist\u00e9riels qui devraient \u00eatre impliqu\u00e9s dans la mise en valeur du patrimoine culturel et sa contribution \u00e0 la relance du pays et \u00e0 son d\u00e9veloppement<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30603-patrimoine-culturel-preserver-mettre-en-valeur-integrer-a-la-vie-une-priorite-nationale\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211; Le patrimoine culturel est mondialement reconnu, aujourd\u2019hui, comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la vie des soci\u00e9t\u00e9s et des Etats. Ses deux composantes, d\u00e9finies par les conventions de l\u2019Unesco de 1972 et de 2003, sont le patrimoine mat\u00e9riel (arch\u00e9ologique, monumental, architectural, urbanistique ou encore artisanal et \u00e9crit, objets d\u2019art et\u00a0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":99319,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-99318","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=99318"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99318\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=99318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=99318"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=99318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}