{"id":99387,"date":"2020-09-20T05:00:00","date_gmt":"2020-09-20T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-pourquoi-le-mot-manicheisme-a-t-il-une-connotation-pejorative\/"},"modified":"2020-09-20T05:00:00","modified_gmt":"2020-09-20T09:00:00","slug":"ammar-mahjoubi-pourquoi-le-mot-manicheisme-a-t-il-une-connotation-pejorative","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ammar-mahjoubi-pourquoi-le-mot-manicheisme-a-t-il-une-connotation-pejorative\/","title":{"rendered":"Ammar Mahjoubi: pourquoi le mot manich\u00e9isme a-t-il  une connotation p\u00e9jorative ?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ammar-Mahjoubi(14).jpg\" alt=\"\" width=\"25%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Ammar Mahjoubi &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>Dans le langage courant, le manich\u00e9isme est victime d\u2019une r\u00e9duction conceptuelle radicale. Traiter une personne de manich\u00e9enne, c\u2019est lui reprocher de consid\u00e9rer qu\u2019il y a le Bien et le Mal, tout comme existent le jour et la nuit, l\u2019eau et le feu : sans transition, sans m\u00e9lange ni amalgame. Le syst\u00e8me religieux, apparu au milieu du IIIe si\u00e8cle, ne manquait pourtant pas de profondeur intellectuelle, qui lui a permis de se r\u00e9pandre dans les milieux cultiv\u00e9s depuis l\u2019Orient hell\u00e9nophone, l\u2019Iran et l\u2019Inde, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Italie \u00e0 la Gaule, et au Maghreb latin. Augustin, \u00ab form\u00e9 au bien dire et coul\u00e9 dans le moule cic\u00e9ronien \u00bb, comme l\u2019\u00e9crit S. Lancel, s\u2019y laissa prendre, neuf ann\u00e9es durant, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019or\u00e9e de sa trenti\u00e8me ann\u00e9e. La force de s\u00e9duction du manich\u00e9isme et ses succ\u00e8s proc\u00e9daient, au reste, du perfectionnisme chr\u00e9tien, fond\u00e9 sur l\u2019exp\u00e9rience visionnaire, l\u2019abstinence sexuelle et, finalement, le martyre.<\/strong><\/p>\n<p>Mani, le proph\u00e8te du manich\u00e9isme, \u00e9tait un \u00ab ap\u00f4tre du Christ \u00bb. De parents iraniens et de langue syriaque, il naquit en avril\u00a0 216 pr\u00e8s de Ct\u00e9siphon, au c\u0153ur du royaume perse sassanide, qui s\u2019\u00e9tendait alors de Palmyre \u00e0 l\u2019Inde, et de la Caspienne \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Indien. Faisant jeu \u00e9gal avec Rome, le Shah d\u2019Iran, le roi des rois Shahpur Ier avait m\u00eame, en 260, fait prisonnier l\u2019empereur Val\u00e9rien. Aussi Mani avait-il proclam\u00e9 que son \u00e9glise \u00e9tait \u00ab aussi bien d\u2019Occident que d\u2019Orient \u00bb ; alors que d\u2019autres religions s\u2019\u00e9taient limit\u00e9es \u00e0 des perspectives locales. A l\u2019\u00e2ge de vingt-quatre ans, il avait multipli\u00e9 les voyages missionnaires, parcourant en tout en tout sens l\u2019empire perse, de sa M\u00e9sopotamie natale au Baloutchistan \u00e0 l\u2019est, et des fronti\u00e8res de l\u2019Arm\u00e9nie au nord \u00e0 l\u2019Egypte au sud. Nombreuses, \u00e0 la fin du IIIe si\u00e8cle, les conversions d\u2019Alexandrie gagn\u00e8rent probablement le Maghreb ; ce qui explique l\u2019\u00e9dit adress\u00e9 en 297 par l\u2019empereur Diocl\u00e9tien au Proconsul d\u2019Afrique, condamnant \u00e0 mort et \u00e0 la confiscation de leurs biens les chefs de cette secte venue de Perse, et r\u00e9prouvant son introduction dans l\u2019empire. A l\u2019exemple de leur proph\u00e8te qui, en deux ans, de 240 \u00e0 242 avait travers\u00e9 la majeure partie des provinces persanes, des pr\u00eacheurs, partout r\u00e9pandus en peu de temps, faisaient des adeptes dans les cit\u00e9s des provinces romaines, ce qui ne tarda pas \u00e0 inqui\u00e9ter les \u00e9glises chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>Au IVe si\u00e8cle, le manich\u00e9isme atteignit, en Occident, l\u2019apog\u00e9e de sa propagation. Mais la vigueur de la pers\u00e9cution exerc\u00e9e \u00e0 la fois par l\u2019Eglise et par l\u2019Etat romain entra\u00eena rapidement son d\u00e9clin. A la fin du Ve si\u00e8cle, il ne comptait plus que quelques groupes isol\u00e9s, en particulier dans l\u2019Afrique vandale, comme l\u2019indique un manuscrit latin de 13 feuillets, d\u00e9couvert au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier pr\u00e8s de T\u00e9bessa. En Orient par contre, malgr\u00e9 les attaques du clerg\u00e9 mazd\u00e9en et la mise \u00e0 mort de Mani en 277, sous le r\u00e8gne de Bahram Ier, sa disparition ne fit qu\u2019augmenter l\u2019audience de sa religion \u00ab mondiale \u00bb, et lui ajouter de l\u2019attrait d\u2019une th\u00e9ologie du martyre. A partir de la Palestine, o\u00f9 elles avaient \u00e9t\u00e9 introduites au IIIe si\u00e8cle, les sectes manich\u00e9ennes s\u2019\u00e9taient r\u00e9pandues en particulier dans la p\u00e9ninsule arabique, et avaient surv\u00e9cu, au Moyen-Orient, \u00e0 la conqu\u00eate arabe. En Extr\u00eame-Orient, des communaut\u00e9s manich\u00e9ennes surv\u00e9curent jusqu\u2019au XIIIe si\u00e8cle dans le Turkestan chinois. Cette\u00a0 dispersion g\u00e9ographique explique l\u2019abondance et la diversit\u00e9 linguistique des sources de la \u00ab R\u00e9v\u00e9lation \u00bb manich\u00e9enne : syriaque et iranien moyen (pahlevi), grec et latin, turc ancien et chinois, arabe et copte, autant de textes dans les langues propres aux r\u00e9gions o\u00f9 le manich\u00e9isme \u00e9tait pr\u00each\u00e9.<\/p>\n<p>Quantit\u00e9 de sources textuelles donc, et h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui rend difficile une description sommaire des traits principaux de la doctrine ; si bien que sa vision dualiste du monde a entra\u00een\u00e9 peut-\u00eatre la simplification conceptuelle r\u00e9ductrice de la \u00ab R\u00e9v\u00e9lation \u00bb manich\u00e9enne. Pourtant, Mani avait lui-m\u00eame \u00e9crit en syriaque, consign\u00e9 et canonis\u00e9 les ouvrages qui le d\u00e9finissaient ; \u00e0 la diff\u00e9rence de Zoroastre en Perse, Bouddha en Inde et J\u00e9sus en Palestine, dont Mani se disait le continuateur, mais qui avaient laiss\u00e9 \u00e0 leurs disciples le soin de d\u00e9velopper et de codifier leurs enseignements, expos\u00e9s donc \u00e0 autant d\u2019\u00e9carts et de variations. Les livres de Mani furent transcrits dans toutes les langues de l\u2019\u00e9poque, certains par des supports somptueux, des codices en v\u00e9lin, parfaitement reli\u00e9s et agr\u00e9ablement enlumin\u00e9s. Il n\u2019est rest\u00e9 malheureusement que des fragments de ces textes sacr\u00e9s : l\u2019Evangile vivant, le Tr\u00e9sor de vie, La Pragmateia (ou Trait\u00e9), le Livre des myst\u00e8res, le Livre des g\u00e9ants, qui constituaient les ouvrages principaux du proph\u00e8te, auxquels il faut ajouter le texte des \u00e9pigones, comme la Lettre du fondement (Epistulatfundamento) qu\u2019Augustin avait largement reproduite et r\u00e9fut\u00e9e et, surtout les Kephalaia (ou \u00abChapitres\u00bb) d\u00e9terr\u00e9s au Fayoum, ainsi que le Livre des pri\u00e8res et des psaumes et les documents exhum\u00e9s dans l\u2019oasis de Tourfan, en Asie centrale, et en Chine (le \u00abcompendium chinois \u00bb).<\/p>\n<p>A l\u2019instar de Paul, converti par la vision du Christ sur le chemin de Damas, Mani avait eu des visions. D\u00e8s l\u2019enfance, il eut une premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation de son \u00ab Double C\u00e9leste \u00bb, reprenant ainsi l\u2019id\u00e9e d\u2019un double qui, selon les h\u00e9r\u00e9sies chr\u00e9tiennes, surveille et prot\u00e8ge chaque \u00eatre humain. A vingt-quatre ans, le Seigneur lui envoya son Double qui, dans une deuxi\u00e8me apparition : \u00ab[m\u2019enseigna] qui je suis et ce qu\u2019est mon corps et comment je suis arriv\u00e9 au monde [\u2026] qui est mon p\u00e8re dans les cieux et quels ordres et mission il m\u2019a donn\u00e9s avant que j\u2019emprunte ma forme mat\u00e9rielle, perdu dans cette abominable chair \u2026 \u00bb. La profusion et la vari\u00e9t\u00e9 des sources rendent\u00a0 difficile de d\u00e9crire sommairement les principaux traits de son enseignement. Il s\u2019agit d\u2019une \u00ab gnose \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un savoir auquel on acc\u00e8de gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation fournie par un discours sacr\u00e9. Acquise progressivement par l\u2019initi\u00e9, cette connaissance lui apporte le salut en lui fournissant la conscience de son \u00eatre, de sa condition pr\u00e9sente dans le monde tel qu\u2019il est, tout en lui procurant les moyens de s\u2019en lib\u00e9rer. Tout ceci est pr\u00e9sent sous la forme d\u2019un mythe qui est cens\u00e9 remplacer les mythes religieux ant\u00e9rieurs, d\u2019une cosmogonie compliqu\u00e9e issue des visions et de la pens\u00e9e\u00a0 de Mani ; celle d\u2019un gnostique auquel a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable de la condition humaine, due \u00e0 un m\u00e9lange provisoire et anormal de substances antinomiques : l\u2019Esprit et la Mati\u00e8re, le Bien et le Mal, la Lumi\u00e8re et les T\u00e9n\u00e8bres. M\u00e9lange qui\u00a0 est n\u00e9 d\u2019une chute, apr\u00e8s un \u00e9tat primordial o\u00f9 les deux substances h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00e9taient s\u00e9par\u00e9es. Le salut r\u00e9sultera donc d\u2019un retour \u00e0 cet \u00e9tat de s\u00e9paration radicale. Le mythe se d\u00e9veloppait en trois phases; le moment pass\u00e9 : le moment pr\u00e9sent avec sa situation de m\u00e9lange ; le moment futur o\u00f9 la s\u00e9paration originelle sera r\u00e9tablie : ainsi \u00e9taient d\u00e9finis les fameux \u00abTrois Temps\u00bb (initium, medium, finis) que le ma\u00eetre, Mani, avait su distinguer.<\/p>\n<p>Etablie sur ces bases, la doctrine manich\u00e9enne avait d\u00e9velopp\u00e9 une m\u00e9canique cosmique compliqu\u00e9, aux nombreux rouages constitu\u00e9s par les forces de la nature, le feu, l\u2019air, l\u2019eau, la lumi\u00e8re, le vent \u2026doubl\u00e9e d\u2019une dynamique anthropologique coh\u00e9rente, servie essentiellement par un dualisme foncier dans sa cosmogonie comme dans son anthropologie. A l\u2019\u00e9tat primordial, dans le cosmos original, la lumi\u00e8re, le Bien \u00e9taient en haut, au Nord, tandis que les T\u00e9n\u00e8bres, le Mal r\u00e9sidaient dans la partie inf\u00e9rieure, au Sud. L\u2019homme, de m\u00eame, est un compos\u00e9 de Bien et de Mal, jusque dans sa g\u00e9ographie corporelle: le haut de son corps est le r\u00e9ceptacle du Bien, alors que le Mal est log\u00e9 dans sa partie inf\u00e9rieure. A l\u2019\u00e9tat m\u00e9dium, dans le Cosmos, la fr\u00e9n\u00e9sie du Prince des T\u00e9n\u00e8bres a \u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle a risqu\u00e9 de rompre toute s\u00e9paration du Bien et du Mal, de la Lumi\u00e8re et des T\u00e9n\u00e8bres ; de m\u00eame, la condition de l\u2019homme, dans le monde tel qu\u2019il est, est un m\u00e9lange de mati\u00e8re et d\u2019esprit, de Bien et de Mal. Et de m\u00eame que la dynamique, au niveau cosmique, tend \u00e0 une lib\u00e9ration enti\u00e8re de la lumi\u00e8re, de m\u00eame l\u2019effort tout entier de l\u2019homme consiste, pour son salut personnel, \u00e0 r\u00e9duire en lui la part mauvaise de l\u2019\u00eatre, \u00e0 force d\u2019abstinence et d\u2019asc\u00e8se, tout en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019accro\u00eetre sa part de lumi\u00e8re, tout en veillant constamment \u00e0 sauvegarder et \u00e0 amplifier cette lumi\u00e8re, ce Bien, pr\u00e9sents dans le monde et dans l\u2019homme, mais prisonniers de la mati\u00e8re, dispers\u00e9s et envelopp\u00e9s de t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Tout manich\u00e9en \u00e9tait donc tenu d\u2019observer des codes de vie, des r\u00e8gles pour les trois modes d\u2019action de l\u2019homme : celles de sa bouche, de sa main et de son \u00ab sein\u00bb. Le \u00absceau\u00bb (signacula) de la bouche interdisait toute parole nuisible, attentatoire \u00e0 la lumi\u00e8re divine ; il \u00e9tablissait aussi une s\u00e9rie de tabous alimentaires : prohibition de la viande et du vin et recommandation des figues, melons, concombres, olives et huiles, cens\u00e9es renfermer lueur et lumi\u00e8re. La main du fid\u00e8le, de son c\u00f4t\u00e9, ne devait pas cueillir ces \u00ab fruits de lumi\u00e8re\u00bb, ni les cultiver, ni pr\u00e9parer, cuisiner la nourriture, t\u00e2ches d\u00e9volues aux cat\u00e9chum\u00e8nes, les novices qui suivaient les enseignements des \u00ab Elus \u00bb. Ces derniers ne devaient pas exercer une activit\u00e9 professionnelle, ni b\u00e9n\u00e9ficier de quelque possession mat\u00e9rielle ; il leur \u00e9tait interdit \u00e9galement d\u2019aspirer \u00e0 toute fonction ou distinction sociale. Quant au \u00ab sceau \u00bb du sein, il concernait la sexualit\u00e9, car elle perp\u00e9tuait l\u2019emprisonnement des \u00e2mes lumineuses dans les t\u00e9n\u00e8bres du corps.<\/p>\n<p>L\u2019exigence rigide de ces codes ne pouvait que restreindre leur observance stricte \u00e0 une minorit\u00e9 et aboutir \u00e0 une hi\u00e9rarchisation de l\u2019Eglise manich\u00e9enne. A sa t\u00eate, un \u00ab chef \u00bb avait douze adjoints et tout un groupe d\u2019\u00e9v\u00eaques et d\u2019anciens: c\u2019\u00e9taient la minorit\u00e9 des \u00ab Elus \u00bb, appel\u00e9s aussi les\u00a0 \u00abParfaits\u00bb. Au-dessus d\u2019eux, des \u00abauditeurs\u00bb, cat\u00e9chum\u00e8nes qui accomplissaient les activit\u00e9s indispensables, interdites aux \u00ab Elus \u00bb. Ils devaient aussi observer les pr\u00e9ceptes communs \u00e0 toutes les morales, soci\u00e9tales \u00e9taient-elles ou religieuses : prohibition du mensonge, de l\u2019avarice, de la duplicit\u00e9, de la magie, de l\u2019idol\u00e2trie, de l\u2019adult\u00e8re, du meurtre. En outre, conduite pieuse et pi\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle pour renforcer l\u2019espoir d\u2019acc\u00e9der au rang des \u00abElus\u00bb. Licites par contre pour les auditeurs \u00e9taient toutes les activit\u00e9s et travaux, la possession des biens, la consommation de la viande et du vin, la fr\u00e9quentation d\u2019une concubine et la procr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pandre cette religion universelle, cette foi \u00ab pour toutes les langues \u00bb, les missionnaires utilisaient une panoplie de livres et d\u2019ic\u00f4nes, une diversit\u00e9 de chants, d\u2019hymnes et de psaumes. Par leur enseignement, leur force r\u00e9p\u00e9titive, ils pouvaient s\u00e9duire les plus simples comme les intellectuels. Vers l\u2019ann\u00e9e 300, Alexandre, philosophe platonicien de Haute Egypte, avait d\u00e9nonc\u00e9 l\u2019action de ces missionnaires \u00ab tr\u00e8s cultiv\u00e9s \u00bb et \u00ab connaisseurs des mythes et de la po\u00e9sie des Grecs \u00bb qui avaient converti plusieurs intellectuels et philosophes de sa connaissance, tout en veillant aussi les plus humbles, voyageurs, marchands et de petits artisans. Des enfants \u00e9taient parfois confi\u00e9s par leurs parents \u00e0 des \u00ab Elus \u00bb pour leur \u00e9ducation, \u00e0 l\u2019exemple de Mani ; auquel une famille noble avait confi\u00e9 sa fille qui, gr\u00e2ce \u00e0 lui, avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une gu\u00e9rison miraculeuse.<\/p>\n<p>Tout comme les chr\u00e9tiens de cette \u00e9poque, les manich\u00e9ens avaient ainsi converti des personnes de tout \u00e2ge, des deux sexes et de toute condition sociale. Ils apportaient une id\u00e9e du salut rajeunie, expliquaient l\u2019univers, la nature humaine, d\u00e9crivaient le cours entier de l\u2019histoire, rejetaient les \u00e9tranges pratiques des patriarches juifs et les \u00e9pisodes les plus sombres de l\u2019Ancien Testament, que les chr\u00e9tiens avaient transform\u00e9s en all\u00e9gories. \u00ab Alors que les \u00e9glises chr\u00e9tiennes (pactisaient avec le pouvoir) s\u2019adaptaient aux r\u00e9alit\u00e9s, la secte manich\u00e9enne, dot\u00e9e d\u2019une double \u00e9chelle de valeurs, exer\u00e7ait un attrait certain. Ceux qui voulaient participer \u00e0 la comp\u00e9tition pouvaient le faire. Quant aux autres, il leur devenait possible de comprendre comment et pourquoi ils ne pouvaient faire autrement que de p\u00eacher. \u00bb (Robin Lane Fox, Pa\u00efens et chr\u00e9tiens. La religion et la vie religieuse dans l\u2019Empire romain, de la mort de Commode au concile de Nice. Presses Universitaires du Mirail, p.592.)<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Ammar Mahjoubi<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal c4\"><strong><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Bondou(11).jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30607-ammar-mahjoubi-pourquoi-le-mot-manicheisme-a-t-il-une-connotation-pejorative\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ammar Mahjoubi &#8211; Dans le langage courant, le manich\u00e9isme est victime d\u2019une r\u00e9duction conceptuelle radicale. 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