{"id":99506,"date":"2020-09-21T10:35:00","date_gmt":"2020-09-21T14:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deuxieme-vague-sars-cov-2-lhumanite-prise-en-otage\/"},"modified":"2020-09-21T10:35:00","modified_gmt":"2020-09-21T14:35:00","slug":"deuxieme-vague-sars-cov-2-lhumanite-prise-en-otage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deuxieme-vague-sars-cov-2-lhumanite-prise-en-otage\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me vague SARS-CoV-2, l\u2019Humanit\u00e9 prise en otage"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(2).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Monji Ben Raies &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> La pand\u00e9mie est \u00e0 un niveau alarmant, avec environ un million de cas suppl\u00e9mentaires d\u00e9tect\u00e9s tous les quatre jours depuis la mi-juillet dans le Monde. Plus de 30 millions de cas de Covid-19 ont \u00e9t\u00e9 officiellement recens\u00e9s, dont environ un million de d\u00e9c\u00e8s d\u00e9clar\u00e9s. A eux seuls, les chiffres de septembre devraient nous servir d\u2019alarme, le nombre de nouveaux cas \u00e9tant de loin sup\u00e9rieur \u00e0 ceux enregistr\u00e9s en mars et avril. A notre \u00e9chelle, La Tunisie est pass\u00e9e au stade 3 de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, signifiant que le virus est en forte circulation sur le sol tunisien. Dans 23 gouvernorats class\u00e9s zones rouges, le nombre de cas est au-dessus du seuil d\u2019alerte et le virus circule activement chez les jeunes adultes.<\/p>\n<p>C\u2019est dire que depuis plusieurs semaines, la Tunisie conna\u00eet, comme de nombreux autres pays, un rebond de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus, marqu\u00e9 par une hausse continue des contaminations, que le gouvernement et les autorit\u00e9s sanitaires \u00e9dulcorent, par lassitude autant que par n\u00e9gligence et\/ou ignorance. Pourtant, en parall\u00e8le, le nombre d&rsquo;hospitalisations \u00e9volue \u00e0 un rythme visiblement diff\u00e9rent. Comment expliquer ce constat ? En Tunisie, le nombre de contaminations au Covid-19 est en forte hausse, depuis la fin du confinement le 14 juin 2020. Le bilan des autorit\u00e9s fait \u00e9tat de dizaines de nouveaux cas quotidiens. Si les autorit\u00e9s observent une forte hausse du nombre de personnes qui ont contract\u00e9 la maladie, la croissance du nombre des hospitalisations est plus faible. En effet, ces deux indicateurs semblent \u00e9voluer \u00e0 deux rythmes diff\u00e9rents, asynchrones. Cette augmentation r\u00e9guli\u00e8re du nombre de contaminations qui s&rsquo;observe, dont le nombre est \u00e0 +30% par semaine, s&rsquo;ajoute \u00e0 une augmentation du nombre de personnes hospitalis\u00e9es plus faible, de l&rsquo;ordre de 15% par semaine. Pr\u00e8s de 8600 cas confirm\u00e9s, avec 133 d\u00e9c\u00e8s, ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s depuis la r\u00e9ouverture des fronti\u00e8res, le 27 juin 2020. Il est \u00e0 consid\u00e9rer une probable sous-estimation de l\u2019augmentation du nombre de cas confirm\u00e9s du fait de la saturation des capacit\u00e9s diagnostiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n<p>Ce diff\u00e9rentiel s&rsquo;explique notamment par une \u00e9volution du profil des nouvelles personnes infect\u00e9es. Ce que ces chiffres laissent entendre, c&rsquo;est que vraisemblablement les personnes qui peuvent \u00eatre infect\u00e9es aujourd&rsquo;hui sont plut\u00f4t des personnes jeunes. Or, on pensait que les complications ne survenaient que chez les personnes plus \u00e2g\u00e9es. En effet, entre les plus de 50 ans et les moins de 50 ans, il y a vraiment une diff\u00e9rence tr\u00e8s importante, dans le risque d&rsquo;\u00eatre hospitalis\u00e9 ou de subir des complications graves. Cet \u00e9cart en fonction de l&rsquo;\u00e2ge montre que les personnes plus \u00e2g\u00e9es et celles qui ont des comorbidit\u00e9s se prot\u00e8gent probablement assez bien. Mais m\u00eame si ces constats semblent rassurants, ce n\u2019est que l\u2019arbre qui cache la for\u00eat. Sans \u00eatre alarmiste, au rythme o\u00f9 les choses \u00e9voluent aujourd&rsquo;hui, nous risquons fort d\u2019avoir, \u00e0 un moment ou un autre, une augmentation massive des hospitalisations. A termes, les services qui r\u00e9alisent, d\u00e9pistages, tra\u00e7ages des cas contacts et isolements, n\u2019arriveront plus \u00e0 suivre, parce que l&rsquo;on verra trop d&rsquo;infections, tous les jours en Tunisie. Cette saturation des structures de sant\u00e9 conduira alors \u00e0 une hausse des hospitalisations.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me pourrait continuer de s&#8217;emballer et in\u00e9vitablement, on arriverait \u00e0 toucher des personnes qui sont plus \u00e0 risque de d\u00e9velopper des formes encore plus s\u00e9v\u00e8res. Le virus risque \u00e9galement d\u2019\u00e9voluer fortement \u00e0 l&rsquo;approche de l&rsquo;hiver et de muter encore une fois comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas durant l\u2019\u00e9t\u00e9. Il demeure que la p\u00e9riode estivale est en g\u00e9n\u00e9ral une bonne p\u00e9riode face \u00e0 la maladie, parce que les individus vivent dehors et effectivement, c&rsquo;est plut\u00f4t en milieu confin\u00e9 qu&rsquo;ont lieu les transmissions. Ainsi par exemple dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re sud (Madagascar, Afrique du Sud, Australie), o\u00f9 l&rsquo;hiver est toujours pr\u00e9coce, l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie a red\u00e9marr\u00e9 d\u00e8s que les temp\u00e9ratures sont descendues en dessous de 10 degr\u00e9s, r\u00e9v\u00e9lant une recrudescence saisonni\u00e8re de la virulence du virus. Face \u00e0 la multiplication exponentielle des nouveaux cas de contamination et l\u2019inqui\u00e9tante progression de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie en Tunisie, certains m\u00e9decins ont appel\u00e9 \u00e0 un nouveau confinement total du pays en vue de ma\u00eetriser la propagation de l\u2019infection. De la m\u00eame mani\u00e8re, la rentr\u00e9e scolaire a \u00e9t\u00e9 report\u00e9e dans certaines r\u00e9gions. Apprendre \u00e0 vivre avec le virus va immanquablement nous imposer de prendre en consid\u00e9ration ses variations saisonni\u00e8res comme nous avons appris \u00e0 le faire avec le virus de la grippe. Il est certain qu\u2019en d\u00e9pit de la multiplication du nombre de cas, les mesures adopt\u00e9es au mois de mars pour limiter la propagation de la pand\u00e9mie, comme le confinement g\u00e9n\u00e9ral, sont difficiles \u00e0 appliquer de nouveau, notre pays n\u2019ayant pas les moyens de cette politique.<\/p>\n<p>Au lieu de r\u00e9agir, les autorit\u00e9s sont dans l\u2019expectative et semblent bien ne pas vouloir prendre la propagation de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie du coronavirus \u00e0 bras le corps. Nous devons pointer du doigt la gestion de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie par le gouvernement qui confirme cette d\u00e9mission latente. Alors que le virus continue de circuler en Tunisie et que le Premier ministre a appel\u00e9 les Tunisiens \u00e0 la \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb face au coronavirus, sans annoncer de nouvelles mesures de restrictions drastiques, il est \u00e9vident que les autorit\u00e9s notamment sanitaires ne comprennent pas cette \u00e9pid\u00e9mie ; en ne prenant pas suffisamment en compte les porteurs asymptomatiques, ils font preuve de n\u00e9gligence irresponsable. La strat\u00e9gie des autorit\u00e9s ne consiste qu\u2019\u00e0 attendre que les gens aient des sympt\u00f4mes pour pouvoir les tester et tenter de retrouver leurs contacts. Ce syst\u00e8me ne permet de d\u00e9tecter qu\u2019une fraction minime des cas que l\u2019on pourrait conna\u00eetre. Une \u00e9norme partie de la circulation du virus est ignor\u00e9e. La situation va, sans doute, continuer de se d\u00e9grader, avec tout particuli\u00e8rement une hausse pr\u00e9occupante des admissions journali\u00e8res en r\u00e9animation. L\u2019analyse de la situation actuelle montre des chiffres multipli\u00e9s par trois et demi en quatre semaine \u2026<\/p>\n<p>Avec le rebond de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie en Tunisie, la question du d\u00e9pistage prend de plus en plus d&rsquo;importance dans l&rsquo;objectif d&rsquo;att\u00e9nuer cette deuxi\u00e8me vague meurtri\u00e8re par des mesures appropri\u00e9es. Dans cette optique, certains professionnels se focalisent sur les cas contacts, une notion centrale, mais parfois comprise de mani\u00e8re abusive. Un \u00ab\u00a0cas contact\u00a0\u00bb est un individu qui a fr\u00e9quent\u00e9 une personne contamin\u00e9e pendant au moins 15 minutes dans la m\u00eame pi\u00e8ce, en int\u00e9rieur ou \u00e0 moins d&rsquo;un m\u00e8tre en ext\u00e9rieur. Pour \u00e9viter cette situation, il faut \u00eatre particuli\u00e8rement vigilant et respecter la distanciation physique dans les cantines, les restaurants et aux terrasses des caf\u00e9s, dans les rassemblements familiaux ou \u00e9v\u00e8nementiels. Ensuite, dans cette situation de cas contact, il faut imm\u00e9diatement que l\u2019individu soit isol\u00e9 durant au moins quatorze jours et attendre sept jours apr\u00e8s le contact, avant de faire un test, sous peine qu\u2019il soit faussement n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Dans notre pays, toute l&rsquo;organisation sanitaires d\u00e9ploy\u00e9e est v\u00e9ritablement une catastrophe et est \u00e0 revoir, tant il est vrai que bien des choses ne vont pas. Avant tout il faudrait s\u00e9parer d\u00e9pistage et diagnostic, tant il est certain que l\u2019on ne d\u00e9tecte actuellement qu&rsquo;un cas sur cinq. Pour rem\u00e9dier \u00e0 cela, le d\u00e9pistage massif de la population semble \u00eatre la solution la plus ad\u00e9quate. Il faudrait tester de mani\u00e8re syst\u00e9matique l\u2019ensemble de la population, m\u00eame avec des tests r\u00e9put\u00e9s moins performants. Les tests antig\u00e9niques seraient parfaits pour cela, mais ils exigeraient en retour d\u2019aider les laboratoires en leur fournissant plus de personnels et de mat\u00e9riels. L\u2019id\u00e9al serait de disposer enfin des tests salivaires, qui sont disponibles dans d\u2019autres pays, ce qui permettrait de grouper les tests. Avoir par exemple les \u00e9chantillons de 20 personnes dans un seul tube. Enfin, quant aux gestes barri\u00e8res que le gouvernement mart\u00e8le aux Tunisiens de respecter au pied de la lettre, ce ne sont que des mesures palliatives, en attendant une meilleure strat\u00e9gie qui tarde \u00e0 arriver. Il est ind\u00e9niable que les pays qui ont pu contr\u00f4ler le virus sont ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 isoler les personnes qui en \u00e9taient porteuses. Pourquoi ne pas suivre leur exemple ? Au lieu de cela, les autorit\u00e9s sanitaires nous ressassent \u00e0 longueur de temps que c\u2019est de notre faute si le mal a pris de telles proportions, que les Tunisiens sont indisciplin\u00e9s et qu\u2019il faut mettre un masque pour y rem\u00e9dier. Il est s\u00fbr que ce n\u2019est pas comme cela que cela pourra marcher. Il est inutile de f\u00e9tichiser le masque qui n\u2019a, somme toute, qu\u2019une efficacit\u00e9 relative selon la mati\u00e8re dont il est constitu\u00e9 et qu\u2019il ne reste qu\u2019une mesure compl\u00e9mentaire \u00e0 d\u2019autres cumulatives, comme la distanciation physique et se laver les mains sans cesse. Garder ses distances reste le meilleur moyen de se prot\u00e9ger, (en milieu ouvert, la distance physique doit \u00eatre d\u2019au moins 1m50), dans les files d\u2019attente, pour se saluer ou se parler, sans se toucher.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus, le mat\u00e9riel m\u00e9dical manquait cruellement. Pas assez de masques, ni de combinaisons. Des mois plus tard, si la p\u00e9nurie de mat\u00e9riel m\u00e9dical semble \u00eatre derri\u00e8re nous, des inqui\u00e9tudes persistent sur plusieurs fournitures qui pr\u00e9occupent les professionnels de sant\u00e9, notamment les gants de protection, indispensables pour ceux qui r\u00e9alisent les tests RT-PCR (Reverse transcriptase PCR : transcription inverse de l&rsquo;ARN en ADN et l&rsquo;amplification de cibles d&rsquo;ADN sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;aide d\u2019une r\u00e9action de polym\u00e9risation en cha\u00eene). Notons qu\u2019il existe actuellement une p\u00e9nurie mondiale de ces protections du fait que tous les pays en commandent en m\u00eame temps et que la mati\u00e8re premi\u00e8re vient m\u00eame \u00e0 manquer pour leur production. Aussi, dans les laboratoires d\u2019analyses m\u00e9dicales, les stocks diminuent dangereusement. Plus d&rsquo;un mois apr\u00e8s le d\u00e9but d&rsquo;un d\u00e9confinement trop largement assoupli, nous avons rel\u00e2ch\u00e9 trop vite nos efforts, et presque jet\u00e9 aux oubliettes la distanciation sociale et les gestes barri\u00e8res, pensant que la pand\u00e9mie de coronavirus \u00e9tait pass\u00e9e.<\/p>\n<p>La rentr\u00e9e acad\u00e9mique, scolaire et universitaire, se pr\u00e9sente avec de nombreuses inconnues, le protocole sanitaire souffrant d\u2019un manque de moyens. Ainsi, la rentr\u00e9e universitaire se fait sous forte pression du fait que le pays est touch\u00e9 par le virus comme il ne l\u2019a encore jamais \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0, depuis l\u2019ouverture des fronti\u00e8res fin juin. L\u2019inqui\u00e9tude est r\u00e9ellement pr\u00e9sente dans les \u00e9tablissements d\u2019\u00e9ducation, compte tenu du fait que les b\u00e2timents sont anciens, d\u00e9labr\u00e9s et exigus. Aussi est-il tr\u00e8s compliqu\u00e9 de mettre en place les protocoles de la distanciation physique. Dans certains \u00e9tablissements l\u2019eau manque et les commodit\u00e9s sont peu fonctionnelles, pour se laver r\u00e9guli\u00e8rement les mains. Il n&rsquo;y a pas non plus assez de masques pour les \u00e9tudiants qui n\u2019ont pas les moyens de s\u2019en acheter. Enfin les foyers universitaires sont les lieux qui soul\u00e8vent le plus d\u2019inqui\u00e9tude car des milliers d\u2019\u00e9tudiants des r\u00e9gions int\u00e9rieures touch\u00e9es par le Covid-19 vont affluer vers les grandes villes, principalement Tunis qui compte pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du parc universitaire du pays. Le gouvernement fait preuve d\u2019une totale d\u00e9connexion de la r\u00e9alit\u00e9 et d\u2019inconscience, qui impose une rentr\u00e9e scolaire et universitaire bricol\u00e9e malgr\u00e9 la situation \u00e9pid\u00e9miologique actuelle. Le gouvernement met tout simplement en danger la vie de la population. Mais organiser rapidement des cours en ligne se heurte \u00e0 nouveau aux moyens \u00e0 disposition, comme l\u2019a montr\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ann\u00e9e acad\u00e9mique 2019-2020. De nombreux \u00e9tudiants ne disposant pas d\u2019ordinateur, se retrouvent en situation d\u2019in\u00e9galit\u00e9 des chances. Cette rentr\u00e9e universitaire co\u00efncidant avec la rentr\u00e9e des \u00e9coles primaires et secondaires, tout le monde reprend les cours au m\u00eame moment, ce qui accro\u00eet d\u2019autant les risques et accentue les difficult\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire. La Tunisie semble donc dans une situation de non choix.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont peu \u00e9volu\u00e9 depuis l\u2019\u00e9t\u00e9, concernant les enfants, du fait qu\u2019avec le confinement et la fermeture des \u00e9coles, nous n\u2019avons pas pu d\u00e9terminer pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quel point ils intervenaient dans la transmission du virus et dans sa circulation. Ce que l\u2019on sait par contre c\u2019est que les enfants, \u00e0 partir du coll\u00e8ge sont aussi susceptibles que les adultes d\u2019\u00eatre infect\u00e9s et d\u2019\u00eatre aussi contagieux qu\u2019eux. Ce qui est par contre moins clair chez les moins de 10 ans, c\u2019est le fait que l\u2019on avait tendance \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019ils \u00e9taient moins susceptibles de tomber malade et qu\u2019ils \u00e9taient moins contagieux. Mais aujourd\u2019hui nous devons revoir et relativiser ces consid\u00e9rations, m\u00eame s\u2019il est vrai qu\u2019ils ne d\u00e9clarent pas de sympt\u00f4mes. Par ailleurs ils sont des vecteurs efficaces dans la diffusion du virus et dans l\u2019expansion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Nous sommes tous conscients que les enfants doivent retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Toutefois, avec la rentr\u00e9e scolaire, il sera imp\u00e9ratif de s\u2019assurer qu\u2019elle se passe dans les meilleures conditions. Le port du masque pour les plus de 11 ans est une mesure logique de prudence, associ\u00e9 \u00e0 un lavage fr\u00e9quent des mains. Toutefois, pour pallier la d\u00e9faillance de l\u2019espacement physique, il faudrait garder les enfants group\u00e9s par classe, avec le moins de contact possible avec les autres classes, pour que si, \u00e0 un moment donn\u00e9, des cas apparaissaient, il soit possible de g\u00e9rer les \u00e9l\u00e8ves au niveau de leur classe, sans \u00eatre oblig\u00e9 de fermer toute une \u00e9cole. Ce sc\u00e9nario adviendra et nous y serons confront\u00e9s et forc\u00e9s de prendre des mesures drastiques. Il y aura forc\u00e9ment des clusters dans les \u00e9coles, c\u2019est in\u00e9vitable et les parents doivent en accepter l\u2019id\u00e9e m\u00eame. Pour les enfants, le risque de forme grave est tr\u00e8s faible, voire infime car ils sont pour la plupart asymptomatiques. Le risque est pour les enseignants et le personnel d\u2019encadrement et la diffusion du virus transmis par l\u2019interm\u00e9diaire des \u00e9l\u00e8ves dans leurs familles. Afin de garantir la sant\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves et des personnels, le respect des r\u00e8gles sanitaires essentielles doit \u00eatre assur\u00e9. La pr\u00e9sence de personnels de sant\u00e9 dans les \u00e9coles est imp\u00e9rative. L&rsquo;accent devra \u00eatre mis sur les gestes barri\u00e8res et l&rsquo;hygi\u00e8ne des mains, associ\u00e9s du port du masque obligatoire pour les adultes et les \u00e9l\u00e8ves \u00e2g\u00e9s de plus de 11 ans, sous leur contr\u00f4le. L&rsquo;\u00e9cole est avant tout physique, m\u00eame si la distanciation sociale doit \u00eatre de mise, il est important de garder la relation pr\u00e9sentielle enseignant-\u00e9l\u00e8ve, autant que faire se peut.<\/p>\n<p>Enfin, avec la deuxi\u00e8me vague de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, aucun plan de continuit\u00e9 p\u00e9dagogique n\u2019a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu. Par le biais de l&rsquo;enseignement \u00e0 distance ou des ressources num\u00e9riques, les \u00e9l\u00e8ves pourront-ils continuer \u00e0 apprendre ? Du point de vue de l&rsquo;apprentissage scolaire, cette rentr\u00e9e s&rsquo;annonce encore in\u00e9dite. Apr\u00e8s le confinement, le minist\u00e8re de l\u2019Education s&rsquo;attend \u00e0 une grande disparit\u00e9 de niveau entre les \u00e9l\u00e8ves avec certains d&rsquo;entre eux qui auront m\u00eame d\u00e9croch\u00e9. Tout l&rsquo;enjeu sera donc de r\u00e9sorber ces \u00e9carts, notamment gr\u00e2ce \u00e0 une prise en charge personnalis\u00e9e des \u00e9l\u00e8ves en fonction de leurs besoins sp\u00e9cifiques. Pour tenter d&rsquo;y parvenir, le minist\u00e8re devra mobiliser des millions d\u2019heures suppl\u00e9mentaires consacr\u00e9es \u00e0 cet objectif, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide aux devoirs.<\/p>\n<p>Cette rentr\u00e9e scolaire in\u00e9dite se d\u00e9roulera sur fond de circulation \u00e9pid\u00e9mique du Covid-19 dans l\u2019ensemble de la Tunisie, semble-t-il. Hormis le masque obligatoire \u00e0 plein temps, pour les coll\u00e9giens comme pour les enseignants et le personnel des \u00e9tablissements scolaires, la premi\u00e8re semaine sera, sans doute, v\u00e9cue comme plut\u00f4t \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb par les apprenants, contrairement aux enseignants. Tout le monde reste tout de m\u00eame inquiet pour la suite, car ce qui est difficile \u00e0 vivre, c&rsquo;est de faire une rentr\u00e9e normale alors que plane la menace de la maladie et des fermetures de classe \u00ab\u00a0Comme une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s au-dessus des t\u00eates\u00a0\u00bb. Evaluer les besoins des \u00e9l\u00e8ves, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d&rsquo;enseignement \u00e0 distance et de longues vacances, est n\u00e9cessaire, mais aussi rep\u00e9rer efficacement les \u00e9l\u00e8ves d\u00e9crocheurs et leur fournir un accompagnement adapt\u00e9. Ensuite pour les autres, les professeurs devront disposer d&rsquo;outils d&rsquo;\u00e9valuation renforc\u00e9s dans leur richesse, avec un peu plus de libert\u00e9 dans leur mani\u00e8re de les utiliser. Il est imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9laborer et mettre en place un plan volontariste contre le d\u00e9crochage scolaire, ph\u00e9nom\u00e8ne qui tend \u00e0 s\u2019imposer comme un \u00e9chec du syst\u00e8me \u00e9ducatif en place.<\/p>\n<p>L\u2019abandon scolaire volontaire concerne essentiellement 80% des \u00e9l\u00e8ves \u00e2g\u00e9s de 16 \u00e0 17 ans issus de familles d\u00e9favoris\u00e9es. L\u2019administration de l\u2019\u00e9tablissement scolaire s\u2019est souvent limit\u00e9e \u00e0 adresser des correspondances aux parents des \u00e9l\u00e8ves pour les informer de l\u2019absence de leurs enfants, sans assurer leur suivi. Il se d\u00e9gage une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019engager dans les plus brefs d\u00e9lais une r\u00e9forme globale du syst\u00e8me \u00e9ducatif qui tienne compte de l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement, la consolidation de l\u2019infrastructure, la formation des enseignants, la r\u00e9vision du syst\u00e8me d\u2019\u00e9valuation et du temps scolaire de fa\u00e7on \u00e0 ce que l\u2019\u00e9cole redevienne un milieu vivable et performant. Il n\u2019y a pas de mesures barri\u00e8res contre la situation de d\u00e9sespoir, de marginalisation, de penchants vers l\u2019extr\u00e9misme, de la jeunesse en Tunisie. Les autorit\u00e9s doivent mettre l\u2019accent sur le d\u00e9crochage scolaire de milliers \u00e9l\u00e8ves des diff\u00e9rents \u00e9tablissements scolaires, dont l\u2019une des principales pr\u00e9occupations est le manque de suivi et d\u2019accompagnement par les diff\u00e9rents services de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>L\u2019expansion de la pand\u00e9mie s\u2019acc\u00e9l\u00e9rant, sans que le pic ne soit atteint, nous promet une tr\u00e8s longue p\u00e9riode de flottement et d\u2019al\u00e9as. Le Covid-19, (SARS-CoV-2) a pris l\u2019Humanit\u00e9 en otage, rappelant la pand\u00e9mie de Grippe espagnole de 1918, avec son lot de millions de victimes dans le monde, soit 1% de l\u2019Humanit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Aucun Etat n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9, aucun n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;abri, et aucun individu, qu\u2019il soit Prince ou pauvre, n\u2019est immunis\u00e9 ; nous sommes tous \u00e9galement vuln\u00e9rables face au virus, malheureusement. Les mesures dites barri\u00e8res peuvent ralentir la propagation du Covid-19, mais pas la stopper. En Tunisie, s\u2019il n\u2019y a plus personne pour respecter et\/ou faire respecter ces mesures sanitaires, nous sommes perdus.<\/p>\n<p>D\u2019abord la distanciation sociale, ou distanciation physique, qui impose de garder un espace s\u00fbr de 1m50 environ, entre soi-m\u00eame et d&rsquo;autres personnes \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la cellule familiale, le COVID-19 se propageant principalement parmi les personnes qui sont en contact \u00e9troit pendant une p\u00e9riode prolong\u00e9e. La Tunisie a d\u00e9pass\u00e9 la phase de la contamination au Coronavirus par foyer, pour entrer dans une phase de transmission communautaire, \u00e0 plus large \u00e9chelle et plus difficile \u00e0 cerner et \u00e0 d\u00e9limiter par les services sanitaires, notamment compte tenu du manque de moyens. Depuis plusieurs jours, plusieurs malades n\u2019ont pu trouver de place en r\u00e9animation, alors qu\u2019ils souffraient de formes compliqu\u00e9es ; certains seraient m\u00eame d\u00e9c\u00e9d\u00e9s avant de trouver un lit en r\u00e9animation. Il semblerait que plusieurs malades atteints de Covid-19 n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 se faire hospitaliser dans l\u2019un des lits inoccup\u00e9s. Les autorit\u00e9s sanitaires font de plus en plus preuve de n\u00e9gligence ou de laxisme, d\u00e9j\u00e0 aux fronti\u00e8res, avec chaque jour de nouveaux contingents venus de l\u2019\u00e9tranger avec leurs virus import\u00e9s, ou que ce soit dans les r\u00e9gions, ainsi que dans la gestion logistique. Aucune mesure de pr\u00e9vention sanitaire n\u2019a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e surtout dans les r\u00e9gions o\u00f9 une forte propagation du virus a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e, contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9. Ainsi, la localit\u00e9 de Menzel Nour, du gouvernorat de Monastir, n\u2019a pas cess\u00e9, d\u2019enregistrer des cas positifs, de plus en plus nombreux ; la rentr\u00e9e scolaire m\u00eame a \u00e9t\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e pour cause des trop nombreuses contaminations, parmi les enseignants et les \u00e9l\u00e8ves. Aussi, malgr\u00e9 la situation critique, cette localit\u00e9 et ses habitants semblent laiss\u00e9s pour compte par les autorit\u00e9s, aussi bien sanitaires que r\u00e9gionales. Menzel Nour compte 60 \u00e0 70% des personnes test\u00e9es positives. Dans ce cas, les contaminations sont horizontales et difficiles \u00e0 ma\u00eetriser du fait que les habitants de la localit\u00e9 se connaissant, se rendent visite sans pr\u00e9caution et ne se conforment pas aux mesures d\u2019auto-confinement. Compte tenu du fait que 80% des positifs sont des porteurs sains, le nombre des personnes atteintes \u00e0 Menzel Nour doit s\u2019\u00e9lever \u00e0 1000 cas, soit pratiquement l\u2019ensemble de la population locale, si l\u2019on consid\u00e8re le nombre des personnes positives qui refusent de se d\u00e9clarer de peur de se faire renvoyer de leurs emplois ou d\u2019\u00eatre contraintes au confinement obligatoire. Que dire si ce sch\u00e9ma est \u00e9tendu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale?<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c3\"><em>Juriste<br \/>Enseignant et chercheur en Droit public et sciences politiques<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis<br \/><\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/30610-deuxieme-vague-sars-cov-2-l-humanite-prise-en-otage\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji Ben Raies &#8211; La pand\u00e9mie est \u00e0 un niveau alarmant, avec environ un million de cas suppl\u00e9mentaires d\u00e9tect\u00e9s tous les quatre jours depuis la mi-juillet dans le Monde. Plus de 30 millions de cas de Covid-19 ont \u00e9t\u00e9 officiellement recens\u00e9s, dont environ un million de d\u00e9c\u00e8s d\u00e9clar\u00e9s. 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