
Le dollar canadien (CAD) s’est progressivement apprécié face au dollar américain (USD) et à l’euro ces dernières semaines. Sur la période récente examinée (du 19 au 23 octobre) et à partir des données de la Banque du Canada et de son outil de taux de change quotidiens, le dollar canadien s’est apprécié face aux deux devises (+0,74% face au dollar américain et + 0.91% face à l’euro). Le taux du dollar américain est passé de 1,4097 à 1,3993 CAD et celui de l’euro est passé de 1,5810 à 1,5667 CAD. Il faut donc moins de dollars canadiens pour acheter un billet vert et un euro. Sur une période d’un an (entre 23 septembre 2025 et 23 septembre 2026), le taux USD/CAD est passé de 1,4145 à 1,3993 et le taux EUR/CAD est passé de 1,6325 à 1,6059 CAD pour un euro. Cela représente une diminution d’environ 1,08 % du taux USD/CAD et 1,63 % du taux EUR/CAD. Le dollar canadien s’est donc légèrement apprécié face au dollar américain et à l’euro sur cette période d’un an. Comment expliquer cette appréciation du huard face au billet vert et à la monnaie européenne ?
Le huard en hausse : un rebond à relativiser
La progression récente du dollar canadien semble résulter d’une combinaison de plusieurs facteurs. En effet, la valeur du dollar canadien dépend surtout de la demande visant les biens et services canadiens. Plus les gens veulent acheter ces derniers, plus le huard prend de la valeur. Or, ce postulat fondamental en économie n’est valable que si les autres facteurs restent constants (ceteris paribus). Par ailleurs, d’autres facteurs peuvent faire évoluer le cours d’une monnaie à la hausse ou à la baisse (politiques monétaires des banques centrales, balance commerciale, taux d’inflation, situation géopolitique…).
Les tensions géopolitiques (conflits au Moyen-Orient, perturbations dans le détroit d’Hormuz et la mer Noire) ont entraîné une nette recrudescence des prix des matières premières en 2026. Étant un grand exportateur de matières premières, le Canada voit ses recettes d’exportation augmenter, ce qui favorise le dollar canadien. Les exportations canadiennes ont augmenté pour un troisième trimestre consécutif principalement en raison de la hausse des exportations de pétrole brut, permettant d’élargir l’excédent commercial à 4,2 milliards de dollars. En octobre, les prix de l’énergie figuraient parmi les facteurs de soutien au huard, selon les analyses de la plateforme de change de devises MTFX. Certes, la plupart des matières premières, en particulier le pétrole, sont libellées en dollars américains. Toutefois, l’effet vertueux sur le dollar canadien s’explique avant tout par le dynamisme du secteur des ressources naturelles, qui contribue fortement à la croissance de l’économie nationale.
La politique monétaire de la Banque du Canada constitue également un facteur susceptible d’influencer le huard. Une éventuelle hausse du taux directeur, notamment en raison de la persistance des pressions inflationnistes, pourrait soutenir le dollar canadien en rendant les placements libellés en dollars canadiens plus attrayants pour les investisseurs.
Cette dynamique haussière du dollar canadien est à nuancer. Sa progression récente demeure modeste et est engendrée par des tensions géopolitiques exceptionnelles qui peuvent s’estomper. D’ailleurs, Desjardins, dans son analyse des devises du 2 octobre 2026, n’estime pas que le dollar entre dans un nouveau marché haussier. Selon ses prévisions, certains des gains récents du dollar pourraient s’inverser si les marchés de l’énergie se stabilisent ou si la Réserve fédérale américaine maintient ses taux d’intérêt, deux scénarios envisagés par les économistes de Desjardins.
Sofiane Idir
