La guerre en Iran a provoqué ce que les spécialistes craignaient, à savoir le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux. L’onde de choc de ces tensions géopolitiques n’a pas tardé à secouer les marchés. Les prix du pétrole brut ont connu de fortes fluctuations. Le prix du baril de Brent, la référence internationale, a d’abord grimpé à 119,50 $ US, avant de chuter brusquement pour atteindre 83,66 US au cours de la même journée. Cette volatilité journalière exceptionnelle s’explique par l’incertitude qui entoure la durée potentielle du conflit au Moyen-Orient, une région dont dépend une grande partie l’approvisionnement mondial en pétrole. Au moment de mettre sous presse, les prix du pétrole ont de nouveau flambé, malgré le déblocage des réserves par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), et ce, en raison du maintien de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et des inquiétudes liées à un possible enlisement du conflit au Moyen-Orient. Le baril de Brent frôle les 100 $ US et risque d’augmenter davantage. Dans un contexte de hautes tensions géopolitiques, les perturbations de l’approvisionnement en pétrole, qualifiées par l’AIE de plus importante de l’histoire du marché pétrolier, ont un impact sur l’ensemble de l’économie mondiale. Mais qu’en est-il de l’économie canadienne ?

L’impact du conflit au Moyen-Orient sur l’économie canadienne

Les répercussions de ce conflit sur l’économie du pays se manifestent à travers un ensemble d’effets directs et collatéraux (coût de l’énergie, perturbation des chaines d’approvisionnement, chute boursière, incertitude, perte de confiance…).

Le premier effet de ce conflit, vous l’avez déjà ressenti lors de vos passages aux stations de services, l’essence coûte plus cher. Le prix moyen national a franchi la barre des 1,52 $/L, tandis qu’au Québec, les prix ont grimpé de 10 à 20 cents par litre, atteignant des niveaux records, notamment. D’après les experts, le coût du litre peut grimper rapidement à 1,90 $ au Québec si le conflit persiste. La hausse du coût de l’énergie se répercute sur le prix de nombreux produits de consommation (transport, agroalimentaire, industrie manufacturière, commerce de détail…), ce qui exacerbe les pressions inflationnistes et incite la Banque du Canada à maintenir ou relever son taux directeur (2,25%) pour contenir l’inflation, au risque de freiner l’investissement et la consommation. Par ailleurs, la volatilité des prix du baril et ses répercussions sur de nombreux secteurs augmentent l’incertitude pour les investisseurs canadiens qui doivent ajuster leurs coûts d’énergie, ce qui peut dissuader la réalisation de certains projets.

À l’échelle macroéconomique, la hausse du prix du baril devrait accroître la valeur des exportations canadiennes de pétrole et de gaz, ainsi que les revenus des provinces productrices, notamment l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador. Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Tim Hodgson, affirme qu’un nombre croissant de pays manifeste un intérêt pour les ressources pétrolières et gazières du Canada. Une telle situation pourrait améliorer la rentabilité des entreprises du secteur énergétique, attirer davantage d’investissements et soutenir l’économie canadienne, tout en contribuant à l’appréciation du dollar canadien.

Pour les économistes, l’ampleur de ces effets dépendra surtout de la durée du conflit au Moyen-Orient. Si les tensions persistent et que les prix du pétrole demeurent élevés, l’impact sur l’économie canadienne pourrait devenir plus marqué, tant pour les consommateurs que pour les entreprises. 

Sofiane Idir