C’est une tribune au ton offensif que vient de publier Tiriane Noah, la présidente du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), qui contient le ressentiment du parti à l’égard des manœuvres du pouvoir.

Intitulée « Quand l’État se fait juge et partie dans la vie des partis politiques », la tribune de Tiriane Balbine Noah, présidente du MRC, revient sur ce que le parti qualifie de harcèlement administratif systématique depuis sa création en 2012. Et et justifie la démission surprise de Maurice Kamto et Mamadou Mota le 8 septembre dernier.

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Pour Tiriane Noah, le retrait de Kamto et Mota n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une « démarche stratégique » pour, selon ses mots, « s’extirper du piège tendu par l’administration territoriale à travers la contestation administrative et judiciaire ». Elle rappelle que l’enjeu n’est pas qui dirige le MRC, mais pourquoi diriger le MRC implique depuis 14 ans « de subir une pression administrative permanente ».

Le MRC annonce que le processus devant aboutir à la désignation de son nouveau présidium se tiendra le 17 octobre prochain, et demande qu’il se déroule « sans immixtion ».

Le récit d’un harcèlement documenté

La tribune dresse une chronologie : entre 2013 et 2017, plusieurs dizaines de manifestations déclarées ont été interdites. En 2018, année électorale, Maurice Kamto et près de 300 militants ont été emprisonnés 9 mois après la présidentielle. En 2020, autre année électorale, des militants ont été arrêtés pour avoir distribué des masques et du gel pendant le Covid-19. Entre 2023 et 2026, un meeting a été interdit à Ebolowa, la cérémonie de nouveaux militants interrompue à Bafoussam, l’assemblée régionale dispersée dans un domicile privé à Bertoua en août 2026 pour « réunion publique non déclarée ».

Outre ces interdictions et détentions, le parti dénonce une justice à deux vitesses. A titre illustratif, une plainte du MRC en 2023 contre deux communicants du RDPC ayant évoqué un coup d’État en cas de victoire du MRC est restée sans suite. Alors qu’une plainte contre Maurice Kamto en juin 2025 pour des propos à Paris a saisi un tribunal militaire « en quelques jours ».

Le cœur du contentieux : la lettre du ministre Paul Atanga Nji

Le point le plus récent concerne la convention nationale du MRC. Interdite en novembre 2025, elle s’est tenue en visioconférence le 21 décembre 2025 et a acté le retour de Maurice Kamto à la tête du parti. Contre toute attente, le 19 août 2026, soit 8 mois plus tard, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji a adressé une correspondance refusant de prendre acte des résolutions, en s’appuyant sur l’article 3 alinéa 2 de la loi 90/055 de 1990.

Pour le MRC, cette lettre souffre d’un « vice de forclusion ». L’article 5 de la même loi prévoit 3 mois pour faire des observations. Le délai serait donc largement dépassé, rendant la correspondance « sans portée en droit ».

Le parti lie cette lettre à l’action de Joseph Thierry Okala Ebode, ancien cadre exclu le 7 novembre 2025 par le Comité de médiation et d’arbitrage après une plainte du Pr Alain Fogue, qui conteste désormais les résolutions.

MANIDEM, CPP, UPC : « une méthode »

Tiriane Noah élargit le propos au-delà du MRC, parlant d’une « pratique institutionnelle » visant à fragiliser les partis politiques. Le CPP de Kah Walla aurait vu en 2020 le MINAT tenter de désavouer sa présidente au profit d’un dissident, tentative déjouée par la justice. L’UPC aurait connu une désignation d’un « seul leader » par décision ministérielle en juillet 2018, suspendue 2 ans plus tard par le tribunal administratif pour « immixtion illégale ».

Le cas le plus cité : le MANIDEM. Dans la nuit du 21 au 22 juillet 2025, le nom d’Anicet Ekane, président légitime, aurait disparu du site du MINAT au profit de Dieudonné Yebga. Quelques jours plus tard, Yebga dépose une candidature MANIDEM à la présidentielle, créant une « pluralité d’investiture » qui servira à ELECAM le 26 juillet et au Conseil constitutionnel le 5 août à écarter la candidature de Maurice Kamto investie par le MANIDEM. La tribune évoque un enregistrement audio imputant à Yebga avoir agi « avec l’aval du ministre ».

Enfin, la tribune dénonce le calendrier électoral : législatives et municipales prévues en février 2025, reportées une première fois en juillet 2024. Puis à nouveau prorogées jusqu’au 20 décembre 2026, avec suppression de la limite de 18 mois pour les municipaux. « Trois reports en deux ans ! Un régime sûr de sa victoire ne fait pas ça », écrit-elle.

Un enjeu d’image

Au-delà du MRC, Tiriane Noah estime que c’est « la civilisation des mœurs politiques » et « l’image du Cameroun » qui est en jeu, à quelques semaines de l’Examen périodique universel des droits de l’homme en octobre, et alors que le budget 2027 affiche déjà 200 milliards de recettes en moins.

« Un pays qui a besoin de rassurer ses créanciers ne peut pas se permettre de faire douter de l’État de droit. Un parti solide n’est pas un risque, c’est un signal de maturité envoyé aux investisseurs », plaide-t-elle.

La tribune conclut : « Nous n’attendons pas de faveur. Nous demandons l’application stricte des textes. Un pouvoir qui laisse son peuple choisir ses dirigeants n’écrit dans l’histoire que la preuve de sa force. » La présidente semble maintenir dans cette tribune la ligne de combat de Maurice Kamto et de Mamadou Mota.

Auteur: Arnaud Nicolas MAWEL
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