Proxénétisme
Ce qui n’était au départ qu’une plainte de voisinage pour tapage suspect s’est transformé en démantèlement d’un véritable réseau structuré de la prostitution numérique.
Tout a commencé par un simple soupçon, glissé dans une plainte de voisinage. Dans le quartier Al Baraka, préfecture d’arrondissements Moulay Rachid, des riverains ont observé depuis quelque temps un ballet insolite : des visiteurs inconnus, hommes et femmes, qui entraient et sortaient d’un appartement à toute heure du jour et de la nuit. Excédés, ils ont fini par alerter les autorités. Le chef du district de sûreté de Moulay Rachid a pris l’affaire au sérieux et a chargé sans délai les éléments de police de l’arrondissement de la zone industrielle de tirer cette affaire au clair. Un travail de filature discret a alors commencé. Les limiers de la police ont placé le logement sous surveillance, ont observé le va-et-vient et ont noté les habitudes. Très vite, leurs soupçons se sont confirmés : l’appartement n’était pas un lieu de résidence ordinaire, mais une plaque tournante d’un commerce bien plus trouble.
Samedi 27 juin, l’étau s’est resserré. En coordination avec le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca, les enquêteurs ont décidé de passer à l’action et ont investi les lieux. La scène qui les attendait derrière la porte n’a laissé aucune place au doute. Treize personnes, hommes et femmes mêlés, ont été surpris en pleine intimité, en flagrant délit de rapports sexuels tarifés. Parmi elles, la maîtresse des lieux, une femme qui, très vite, allait se révéler bien plus qu’une simple propriétaire, mais également proxénète.
Sept jeunes femmes dont la proxénète et six jeunes hommes, dont certains mariés, ont été interpellés sur-le-champ. Pour plusieurs d’entre eux, la nuit a viré au cauchemar : leurs épouses ont été informées de leur arrestation. Tous ont été placés en garde à vue.
Au fil des interrogatoires, l’organisation de ce petit commerce clandestin s’est peu à peu dessinée. Depuis longtemps déjà, l’entremetteuse a loué les chambres de son appartement à des prostituées, leur offrant en échange un argument de vente redoutable : la promesse d’une protection contre toute descente policière. Un boniment qui, cette nuit-là, a fini par se retourner contre elle.
Restait à comprendre comment ces rencontres tarifées s’organisaient. La réponse s’est trouvée dans quelques applications de messagerie privée, consultées sur les téléphones saisis. C’est là, à l’abri des regards, que tout s’est négocié : la durée du rendez-vous, le prix, et bien sûr le lieu, invariablement le même appartement.
Mais l’enquête a réservé encore une surprise aux policiers. En fouillant les lieux, ils sont tombés sur un étrange arsenal : des plaquettes de pilules contraceptives, divers comprimés à visée sexuelle, ainsi que des boîtes de préservatifs. Un commerce annexe, discret et bien rodé, que la propriétaire a proposé à sa clientèle, femmes comme hommes, moyennant paiement. Repas et boissons alcoolisées ont complété l’offre, sur simple demande.
Lundi 29 juin, la proxénète, les six filles de joie et leurs six clients ont été traduits, en état d’arrestation, devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance.
Auteur: Abderrafii ALOUMLIKI
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