Daam Sakane : un premier bilan encourageant, mais des défis structurels demeurentDaam Sakane : un premier bilan encourageant, mais des défis structurels demeurent

À peine deux ans après son lancement, le programme Daam Sakane affiche déjà des résultats significatifs avec plus de 111 000 ménages bénéficiaires. Si ce dispositif contribue à relancer la demande et à soutenir une partie de la filière immobilière, son véritable impact économique ne pourra être évalué qu’à moyen terme. Pour Anouar El Basrhiri, Directeur Général de TMS Consulting, le principal défi du marché immobilier marocain ne réside plus uniquement dans la production de logements, mais dans leur accessibilité financière. Décryptage. 

Avec plus de 111 000 ménages bénéficiaires depuis son lancement en 2024, le programme Daam Sakane constitue déjà un signal positif pour le secteur immobilier marocain. Pour Anouar El Basrhiri, Directeur Général de TMS Consulting, les premiers résultats témoignent d’une dynamique encourageante, tant sur le plan social qu’économique. «Le programme Daam Sakane montre déjà des résultats encourageants. Le fait que plus de 111 000 ménages aient pu bénéficier de cette aide en relativement peu de temps est un signal positif, aussi bien sur le plan social que sur le plan économique », souligne-t-il.

Selon lui, cette aide publique a permis à de nombreuses familles de concrétiser un projet immobilier qui aurait été difficilement réalisable sans ce soutien financier. Pour autant, l’expert invite à la prudence avant de conclure à un succès durable. «Il est encore un peu tôt pour mesurer son impact global sur le marché immobilier. Les effets d’un tel programme se constatent généralement sur plusieurs années», précise-t-il.

À ses yeux, la véritable évaluation passera par la capacité du programme à soutenir durablement l’activité de construction, à maintenir la dynamique de la demande et à contribuer à un meilleur équilibre entre l’offre et la demande sur l’ensemble du territoire.

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Les petits et moyens promoteurs retrouvent des perspectives

L’un des enseignements majeurs du dispositif réside dans le fait que 80 % des logements acquis ont été réalisés par des petits et moyens promoteurs. Une donnée qui traduit, selon Anouar El Basrhiri, une diffusion relativement équilibrée des effets du programme.

«Le fait que les petits et moyens promoteurs représentent une grande partie des logements vendus est une bonne nouvelle. Cela montre que le programme ne profite pas uniquement aux grands groupes immobiliers, mais qu’il permet également à des entreprises de taille moyenne de retrouver une activité et de lancer de nouveaux projets.» Cette dynamique constitue un facteur de relance pour une partie importante de l’écosystème immobilier. Néanmoins, elle ne doit pas masquer les difficultés persistantes auxquelles restent confrontés de nombreux opérateurs. « Cela ne signifie pas que toutes les difficultés ont disparu.

Plusieurs promoteurs continuent de faire face à la hausse du coût du foncier, des matériaux de construction et du financement. Dans certaines villes, le marché reste encore plus lent et tous les acteurs ne bénéficient pas de la même dynamique. » Autrement dit, si Daam Sakane soutient la demande, il ne résout pas à lui seul les contraintes structurelles qui pèsent sur les professionnels.

Le véritable enjeu : rendre le logement accessible

Pour le Directeur Général de TMS Consulting, le marché immobilier marocain a profondément évolué. Après plusieurs décennies marquées par la réduction progressive du déficit en logements, la problématique centrale est désormais celle du pouvoir d’achat immobilier. «Aujourd’hui, le défi n’est plus uniquement de construire plus de logements. Le véritable enjeu est surtout de permettre aux ménages d’acheter un logement qui correspond à leurs revenus.»

Malgré une offre parfois disponible dans plusieurs villes, une partie importante des ménages reste confrontée à des difficultés de financement. « L’accessibilité financière devient donc un élément central. Cela passe par des aides comme Daam Sakane, mais aussi par des solutions de financement plus adaptées, une meilleure maîtrise des prix et une offre immobilière répondant davantage aux besoins réels des différentes catégories de ménages. »

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Cette analyse rejoint une tendance observée sur plusieurs marchés, où la solvabilisation de la demande devient un levier plus déterminant que la seule augmentation de l’offre. Au-delà des ventes de logements, Anouar El Basrhiri estime que Daam Sakane produit déjà des effets d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’immobilier. « Lorsqu’un logement est vendu, c’est toute une chaîne économique qui se met en mouvement. »

« Le programme a contribué à redynamiser plusieurs secteurs comme le BTP, les fabricants de matériaux de construction, les entreprises de second œuvre, les banques qui accordent des crédits immobiliers ainsi que de nombreux prestataires intervenant dans les projets immobiliers », précise l’expert.

Cette dynamique se traduit également par des effets positifs sur l’emploi et l’investissement. « Cette dynamique favorise également la création ou le maintien d’emplois et encourage certains investisseurs à lancer de nouveaux projets. Même s’il est encore difficile de mesurer précisément toutes les retombées économiques, il est clair que les effets du programme dépassent largement le seul secteur de l’immobilier. »

Le dispositif apparaît ainsi comme un levier de soutien à une filière dont les retombées irriguent une large partie de l’économie nationale.

Vers une deuxième phase du programme ?

Si le bilan apparaît globalement positif, Anouar El Basrhiri estime que plusieurs ajustements permettraient d’amplifier les effets du programme au cours des prochaines années. « Le programme fonctionne bien, mais il peut encore être amélioré. »

Parmi les priorités figurent le renforcement de l’offre dans les zones les plus tendues, l’accélération des procédures administratives et un meilleur accompagnement des acquéreurs dans leurs démarches de financement. « Il serait utile de renforcer l’offre de logements dans les zones où la demande est la plus forte, de réduire certains délais administratifs et d’accompagner davantage les ménages dans leurs démarches de financement afin de faciliter leur accès à la propriété. »

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L’expert plaide également pour une montée en gamme qualitative de la production immobilière. « Il serait également intéressant d’encourager davantage les projets qui offrent une meilleure qualité de construction et des équipements de proximité. »

Au-delà de son objectif social, Daam Sakane semble ainsi poser les bases d’une nouvelle approche du logement, davantage centrée sur la solvabilité des ménages, la qualité des projets et les retombées économiques de long terme. Pour Anouar El Basrhiri, le véritable succès du programme se mesurera désormais à sa capacité à transformer durablement l’écosystème immobilier marocain, tout en conciliant accessibilité, investissement et développement territorial équilibré.

3 questions à Anouar El Basrhiri,Directeur Général de TMS Consulting

Challenge : Depuis son lancement en 2024, Daam Sakane a bénéficié à plus de 111 000 ménages. Au regard de ces résultats, peut-on déjà parler d’un succès économique, en plus de son objectif social, ou est-il encore trop tôt pour mesurer son véritable impact sur le marché immobilier ?  
Anouar El Basrhiri : Le programme Daam Sakane montre déjà des résultats encourageants. Le fait que plus de 111 000 ménages aient pu bénéficier de cette aide en relativement peu de temps est un signal positif, aussi bien sur le plan social que sur le plan économique. Cela signifie que de nombreuses familles ont pu concrétiser un projet d’achat qui aurait probablement été plus difficile sans ce soutien.
En revanche, il est encore un peu tôt pour mesurer son impact global sur le marché immobilier. Les effets d’un tel programme se constatent généralement sur plusieurs années. Il faudra observer si cette dynamique se maintient, si elle stimule durablement la construction et si elle contribue réellement à équilibrer l’offre et la demande dans les différentes régions du Maroc.

Challenge : Le déficit en logements est passé de près de 1,2 million d’unités au début des années 2000 à moins de 300 000 en 2025. Le principal défi du marché est-il désormais de construire davantage de logements ou plutôt de rendre l’accession à la propriété plus accessible aux ménages ?
Aujourd’hui, le défi n’est plus uniquement de construire plus de logements. Le véritable enjeu est surtout de permettre aux ménages d’acheter un logement qui correspond à leurs revenus. Dans plusieurs villes, l’offre existe, mais une partie des familles rencontre encore des difficultés pour financer son acquisition.
L’accessibilité financière devient donc un élément central. Cela passe par des aides comme Daam Sakane, mais aussi par des solutions de financement plus adaptées, une meilleure maîtrise des prix et une offre immobilière répondant davantage aux besoins réels des différentes catégories de ménages.

Challenge : À la lumière des premiers résultats du programme, quels ajustements vous paraissent nécessaires pour renforcer son efficacité et en faire un véritable levier de développement durable du secteur immobilier au cours des prochaines années ?
Le programme fonctionne bien, mais il peut encore être amélioré. Il serait utile de renforcer l’offre de logements dans les zones où la demande est la plus forte, de réduire certains délais administratifs et d’accompagner davantage les ménages dans leurs démarches de financement afin de faciliter leur accès à la propriété. Il serait également intéressant d’encourager davantage les projets qui offrent une meilleure qualité de construction et des équipements de proximité.

Auteur: Wafaa Mellouk
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