Au début de ce 21ème siècle, le Maroc a fait un premier pas décisif en entamant le développement des énergies renouvelables/alternatives, en particulier le solaire qui représente aujourd’hui presque 5% du total de la production électrique. C’est un début prometteur, mais qui rencontre aujourd’hui des difficultés. La récente crise au Moyen Orient où le Détroit d’Ormuz a connu une fermeture, a confirmé le caractère stratégique de ce choix d’avenir. Néanmoins, le Royaume, économie en émergence, doit aussi faire face actuellement à des besoins énergétiques urgents.
Au niveau international, le Maroc entretient des relations historiques profondes avec les principaux pays producteurs de pétrole au Moyen Orient, dont l’Arabie Saoudite. C’est aussi le cas avec certains pays en Afrique tels que le Nigéria et le Gabon, ou en Amérique Latine, tels que la Colombie, sans oublier les Etats Unis d’Amérique (EUA) et la Russie qui sont aussi de grands producteurs de gaz et de pétrole. Néanmoins, les achats de produits pétroliers raffinés sont effectués surtout en Europe, dont l’Espagne, pays voisin du Royaume, qui occupe une place importante en tant que fournisseur de diesel et essence (21% de la part de marché). Les EUA sont le premier fournisseur de gaz butane.
Avec la multiplication des conflits géopolitiques, la diversification des sources d’approvisionnement s’impose de toute évidence. Le Maroc dépend à hauteur de presque 100% des importations en hydrocarbures (produits pétroliers raffinés et gaz), avec une facture qui varie (en temps normal) de 10 à 13 milliards de dollars par an.
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La récente fermeture du Détroit d’Ormuz, en fait blocus imposé par les EUA pour asphyxier l’économie iranienne, a eu un impact direct sur les cours des prix du pétrole et du gaz au niveau international. Le passage maritime d’Ormuz ne représente pas moins de 20% de la production pétrolière mondiale. Immédiatement après le bombardement israélo-étatsunien contre l’Iran, les prix du baril de pétrole ont dépassé le seuil de 100 dollars.
Au Maroc, en trois mois, le gasoil est passé de 9,91 DH à 14,54 DH, l’essence de 11,84 DH à 15,56 DH. Le choc international a été immédiatement transmis au niveau national, presque sans transition, révélant en fait surtout l’absence de mécanismes de résilience. En effet, les principaux distributeurs que sont Afriquia, Petrom, Petromin, Shell, Total et Winxo, ont répercuté immédiatement la hausse des prix observée au niveau international. Or, les déclarations officielles en matière d’obligation de stockage et de «réserves stratégiques» se sont révélées incohérentes et peu crédibles.
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D’après la ministre de la transition énergétique, Leïla Benali, les stocks étaient de 47 jours pour le gasoil et de 49 jours pour l’essence. La flambée des prix a commencé le 15 mars, soit à peine deux semaines après le déclenchement du conflit armé au Moyen Orient. La non transparence est demeurée la règle. En effet, dès le 15 mars, la hausse des prix s’accélère pour atteindre presque 5 DH de plus pour le gasoil et 3,70 DH de plus pour l’essence. L’une des deux : ou bien les principaux distributeurs cités ne respectent pas leurs obligations en matière de stockage minimum, et sont donc en infraction, ou bien les stocks antérieurs à l’éclatement du conflit existaient et ont été écoulés à des prix surévalués.
Compte tenu de la pratique de prédation prévalant dans notre économie dite nationale, c’est le deuxième scénario qui semble plausible. Le choc a été direct et indirect sur le pouvoir d’achat de la grande majorité des citoyens. De manière directe, un plein de 50 litres de gasoil est passé de 500 DH à 730 DH, début avril, soit une hausse de 230 DH, c’est-à-dire + 43%. Pour l’essence, la facture du plein grimpe de presque 600 DH à 780 DH, soit une hausse d’environ + 30%. Ainsi, pour une grande partie de la «classe moyenne», les récentes augmentations salariales dans les secteurs publics et privés se sont rapidement évaporées pour céder la place à une baisse relative de la valeur réelle des salaires.
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Néanmoins, ces hausses ne concernent pas seulement les automobilistes. Elles sont diffusées à l’ensemble de l’économie, affectant les coûts de transport et les prix de presque tous les produits, en particulier les produits alimentaires de base. Au mois de janvier, le gasoil affichait un prix de 9,90 DH contre 11,80 DH pour l’essence. La variation brutale des prix en quelques jours reflète surtout l’absence de mécanismes d’amortissement.
Dans ce contexte, la question de la résilience énergétique qui est au cœur de la souveraineté économique nationale, doit être considérée comme un énième signal d’alerte quant à la nécessité urgente de repenser les mécanismes d’approvisionnement, de stockage et de régulation. Au-delà des prix, c’est en fait la logique de la rente qui ressurgit à nouveau au grand jour, en tant que principal obstacle structurel à la réforme du secteur énergétique, voire de l’ensemble du modèle de développement.

Recettes fiscales sur les produits pétroliers : un miroir déformé
Compte tenu de la faible disponibilité d’informations fiables/crédibles sur la variation réelle des stocks des hydrocarbures au niveau national, un croisement entre les différentes informations officielles est nécessaire. La hausse des prix des produits pétroliers sur le marché international a été quasi-immédiatement répercutée par les grands distributeurs sur les prix au niveau national. Si ces grands distributeurs ont effectivement acheté et importé des produits pétroliers aux nouveaux prix (plus de 100 dollars le baril), cela devrait se traduire automatiquement par une hausse des recettes TVA sur les produits énergétiques. Le fait générateur de la TVA étant l’importation/dédouanement, dans le cas d’espèce. Or, cela n’est pas le cas. Les recettes TVA spécifiques aux produits pétroliers n’ont pas connu une hausse significative. La ministre de la Transition énergétique a déclaré l’existence de stocks de 47 jours pour le gasoil et de 49 jours pour l’essence. Cela veut dire que les hausses de prix ont été appliquées avant épuisement des stocks. Par ailleurs, les chiffres relatifs aux recettes fiscales spécifiques aux produits pétroliers confirment cette contradiction et cette incohérence/non transparence. Ainsi, au mois d’avril 2026, la TVA à l’import a atteint un montant global de 20,65 MMDH, contre 19,18 MMDH, au mois d’avril 2025, soit une hausse de 7,7%. Le bulletin des finances publiques de la TGR précise que la TVA spécifique aux produits énergétiques n’a enregistré qu’une hausse de 6,1% (+ 189 MDH). Au mois suivant de mai 2026, la TVA sur les produits énergétiques a même connu une hausse inférieure par rapport à celle d’avril 2026, soit + 5,9% (baisse nette de 0,2%). Or, la TVA, au taux de 10%, est appliquée ad valorem (sur la valeur), à la différence de la Taxe intérieure à la consommation (TIC) qui est calculée sur le volume ou quantité. Si les grands distributeurs au Maroc ont importé les produits pétroliers à des prix correspondant au marché international, soit une hausse de plus de 30%, cette hausse doit mécaniquement se traduire par une augmentation brutale des recettes TVA sur les produits énergétiques. La TIC, calculée sur le volume des produits pétroliers importés a connu une hausse de +17,4%, au mois d’avril 2026, par rapport au mois d’avril 2025, et de +13,2%, au mois de mai 2026, par rapport au mois de mai 2025. Ce qui signifie que la quantité de produits pétroliers importés, surtout le gasoil, est supérieure. Et de ce fait, la variation positive des recettes TVA/produits pétroliers découle de la variation positive des quantités importées et non pas de la variation des prix des produits pétroliers sur le marché international. C’est en tout cas là, une énigme qui mérite la constitution d’une commission d’enquête. Or, la majorité gouvernementale s’est opposée à la proposition faite dans ce sens par l’opposition. Ce n’est guère une surprise, «quand on a de la pâte dans le ventre….».
Produits pétroliers : l’incontournabilité des réserves stratégiques
L’affaire de la SAMIR est et restera une «tâche noire» dans l’histoire économique et politique du Maroc. Avant la «faillite» et la mise en liquidation de cette entreprise, créée au lendemain de l’indépendance, à une époque où tous les espoirs étaient encore permis, plusieurs audits avaient été réalisés. Tous ces audits se sont révélés par la suite de complaisance. Ce qui est révélateur de l’amplitude d’un mode de gouvernance profondément rongé par la corruption systémique. A la veille de la dite faillite, des investissements importants avaient été réalisés. L’arrêt pendant plusieurs années du fonctionnement des nouvelles installations et des équipements mis en place, dans le cadre de ces investissements, ne peut pas empêcher la comptabilisation des amortissements en tant que charges fixes, pour s’ajouter aux pertes générées par plusieurs années de gabegie. Il aurait pourtant été possible à l’Etat de prendre souverainement une décision de «re-nationalisation temporaire» de cette entreprise, compte tenu de ses rôles et poids stratégiques dans l’économie nationale, sans pour autant bloquer la procédure judiciaire entamée. L’article 35 de la Constitution le permet : «Le droit de propriété est garanti. La loi peut en limiter l’étendue et l’exercice si les exigences du développement économique et social de la Nation le nécessitent (…)». Aujourd’hui, et après plusieurs crises géopolitiques impactant les chaines/circuits d’approvisionnement, l’importance stratégique des infrastructures de stockage est plus qu’une évidence. Cette importance crève les yeux, à moins que ces yeux soient fermés par la cupidité et les «cécités volontaires». Les infrastructures peuvent être réalisées par les grands distributeurs actuels et amorties en tant que charges. Ces derniers peuvent bénéficier d’aides publiques directes (subventions) par le biais de la nouvelle charte des investissements. Elles peuvent aussi être réalisées par l’Etat et mises à la disposition des grands distributeurs en contrepartie d’une redevance (loyer) intégrant l’amortissement, l’entretien, la maintenance (…) et en devenir propriétaires sur la base de contrats ou cahiers de charges. En fait, plusieurs formules sont possibles. Mais la décision de se doter de ces infrastructures est de nature politique et stratégique. Au niveau international, au cours du conflit armé au Moyen Orient, appelé certainement à perdurer compte tenu de l’instabilité trumpienne, les Etats qui se sont dotés des infrastructures de stockage et qui ont pu constituer des réserves stratégiques importantes (c’est notamment le cas des EUA depuis longtemps et de la Chine plus récemment) ont pu surmonter les effets immédiats de la crise et démontrer leurs capacités de résilience.
Auteur: Mohamed Amine
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