Entre doutes et certitudes, la justice tranche : 20 ans de réclusion criminelleEntre doutes et certitudes, la justice tranche : 20 ans de réclusion criminelle

Zones d’ombre
Dans une salle d’audience lourde de silence et de regards suspendus, la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Tanger a mis un terme à une affaire aussi troublante que controversée.

Le verdict est tombé dans un silence presque irréel, comme si la salle d’audience elle-même retenait son souffle. À Tanger, la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel venait de clore une affaire qui, depuis des mois, nourrissait les doutes autant que les conversations. Vingt ans de réclusion criminelle. La sentence s’est abattue sur un homme jusque-là campé sur une ligne de défense immuable : il n’avait rien fait. A la barre, il n’a presque pas réagi. Depuis le début, il affichait cette même retenue, cette manière mesurée de répondre, comme s’il cherchait moins à convaincre qu’à ne pas se trahir. Face à lui, des regards lourds de sens : collègues, connaissances de la victime, tous venus assister à l’épilogue d’un drame qui les dépasse encore.
Tout avait commencé dans une banalité trompeuse. Deux jeunes hommes, collègues au port de Tanger, partageant le même quotidien, le même espace de travail, parfois même le même toit. Rien, en apparence, ne laissait imaginer l’irréparable. Leur relation, selon le mis en cause, était normale, sans heurts ni conflits. Une proximité presque ordinaire, renforcée par les circonstances. Car quelques jours avant la mort, le défunt avait été victime d’un incident étrange. Retrouvé blessé aux jambes dans l’enceinte portuaire, il portait déjà les stigmates d’un événement mal compris. Tentative d’intrusion dans une zone interdite? Agression passée sous silence ? Les versions divergeaient, sans qu’aucune ne s’impose véritablement. Lui-même n’avait jamais vraiment éclairci ce qui s’était produit. Dans cette période trouble, son collègue s’était rapproché de lui. Il l’avait aidé, soutenu et veillé sur lui. Un geste d’humanité, ou le prélude d’un drame ? La question restera suspendue. Puis la victime a disparu. Sans explication. L’inquiétude s’est installée, diffusée, jusqu’à ce que la découverte de son corps soit venue figer toutes les certitudes. Il a été retrouvé dans sa chambre, sans vie, une blessure profonde au cou. Une scène brutale, qui n’a laissé guère de place au doute quant à la nature violente de sa mort, mais qui a ouvert un champ infini d’interrogations sur ses circonstances. Très vite, l’étau s’est resserré autour de lui. Mais il a tout nié, avec constance. Il a parlé de rumeurs, de suppositions et d’un dossier construit sur du vide. Son avocat s’est emparé de ces failles, a évoqué les zones d’ombre, les pistes négligées et les menaces que la victime avait reçues sans que personne s’y attarde vraiment. Mais en face, le représentant du ministère public a relaté un autre récit. Celui d’un homme dont les déclarations vacillaient et contredisaient la réalité. Celui aussi d’un comportement troublant le jour du drame, marqué, selon certains témoignages, par une consommation excessive d’alcool. Des éléments, pris isolément fragiles, mais qui, mis bout à bout, dessinent une trame que le ministère public juge cohérente. Et entre ces deux vérités, la Cour a choisi. Elle a retenu les indices, les a assemblés et leur a donné le poids de la certitude judiciaire. Il a été jugé coupable en refermant l’affaire sans l’éclaircir totalement.

Auteur: Abderrafii ALOUMLIKI
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.