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Décryptage — Entreprises & Investisseurs
L’Algérie est le grand marché voisin de la Tunisie. Pourtant, la proximité géographique, linguistique et culturelle ne s’est jamais traduite par une présence commerciale tunisienne à la hauteur de ce que laisseraient attendre ces avantages.
Une note de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ), publiée en juin 2025 sous le titre Le marché algérien : quel potentiel à l’export pour la Tunisie ?, permet de mesurer cet écart.
En reprenant les calculs du Centre du commerce international (CCI), l’étude estime à 327 millions de dollars le potentiel d’exportation tunisien vers l’Algérie, dont 201 millions de dollars encore inexploités. Le taux de réalisation n’est que de 38,5 %.
Mais ce chiffre spectaculaire ne signifie pas que 201 millions de dollars de commandes attendent les entreprises tunisiennes de l’autre côté de la frontière.
Les données commerciales récentes en apportent une première démonstration. Après une progression de 7,5 % en 2025, les exportations tunisiennes vers l’Algérie ont nettement reculé en 2026 : −22,2 % au premier trimestre, −20,3 % à quatre mois, −26 % à cinq mois, puis −18,7 % sur l’ensemble du premier semestre.
Dans le même temps, les exportations tunisiennes totales progressaient de 9 % au premier semestre.
Le potentiel existe donc. Mais potentiel théorique, marché accessible et chiffre d’affaires réalisable sont trois notions différentes.
C’est cette distinction qui doit guider une entreprise avant de considérer l’Algérie comme son prochain relais de croissance.
Une étude de 2025 qui regarde largement le marché de 2021
La première précaution concerne l’âge des données.
La note de l’ITCEQ date de juin 2025, mais une grande partie de son diagnostic concurrentiel — rangs des fournisseurs, parts de marché, avantages comparatifs et dynamique de la demande — repose sur la période 2011-2021.
En 2021, par exemple, la Tunisie ne représentait que 0,69 % du marché algérien des importations de biens et occupait le 25e rang des fournisseurs, alors qu’elle avait atteint la 16e position en 2016 avec 1,4 % de part de marché.
Ces données permettent d’identifier des forces et des faiblesses structurelles. Elles ne constituent pas une photographie du marché algérien en 2026.
Il faut donc utiliser la note comme une carte des opportunités possibles, puis tester cette carte avec les données et les règles actuelles.
Deux chiffres de « potentiel » qu’il ne faut pas mélanger
La note mobilise également deux méthodes différentes.
Une précédente étude de l’ITCEQ fondée sur un modèle de gravité évaluait à environ 442 millions de dollars le potentiel global tunisien sur le marché algérien, avec un taux de réalisation de 67 %.
Le Centre du commerce international aboutit, avec une autre méthode permettant une analyse beaucoup plus détaillée par produit, à 327 millions de dollars de potentiel, dont 201 millions inexploités et un taux de réalisation de 38,5 %.
Ces deux estimations ne doivent ni être additionnées ni comparées comme si elles mesuraient exactement le même objet.
Pour la suite de ce dossier, TN retient la cartographie du CCI à 327 millions de dollars, parce qu’elle permet surtout de répondre à la question qui intéresse l’entreprise : dans quels produits se trouve le potentiel ?
Cinq filières concentrent près des trois quarts du potentiel inexploité
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Auteur: balkis T
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