Farid Mezouar: «Il est temps de moderniser la gestion du patrimoine»Farid Mezouar: «Il est temps de moderniser la gestion du patrimoine»

Face à une inflation persistante, à l’évolution de la fiscalité et à la diversification des produits financiers, les habitudes d’épargne des Marocains sont appelées à évoluer. Pour Farid Mezouar, Directeur Exécutif et cofondateur de FL Markets, continuer à privilégier exclusivement le compte sur carnet ou l’immobilier n’est plus suffisant. Dans cet entretien, il revient sur les nouveaux équilibres patrimoniaux, la perception du risque, les erreurs des investisseurs débutants et les leviers indispensables pour développer une véritable culture de l’investissement au Maroc.

Challenge : Les Marocains continuent de privilégier le compte sur carnet et l’immobilier. Ces réflexes sont-ils encore adaptés au contexte économique actuel ou est-il temps de changer de culture patrimoniale ?

Farid Mezouar : LEffectivement, avant les années 90, cette stratégie de placement archi-prudente était justifiée. Toutefois, avec l’essor de la Bourse et de l’industrie des OPCVM, il est temps de moderniser la gestion du patrimoine, même si l’omniprésence des banques et de leur réseau d’agences constitue un frein logique. En effet, l’acheminement de l’épargne vers les banques est stratégique, car plus de 70 % des dépôts bancaires sont sans rémunération, alors que les dépôts des ménages représentent plus de 72 % du total du système bancaire. En outre, pour certains décideurs, l’intermédiation bancaire convient davantage à l’économie marocaine.

Challenge : Entre les OPCVM, la Bourse, l’immobilier, les dépôts à terme ou encore l’or, comment un épargnant peut-il construire un portefeuille réellement équilibré en fonction de son âge, de ses revenus et de ses objectifs de vie ?

F.M. : Effectivement, le profiling de l’investisseur est important, notamment pour déterminer son niveau d’aversion au risque. Pour simplifier cette notion de risque, nous pouvons la résumer à la tolérance à la perte de capital, avec un démarrage à 0 % et un niveau élevé à -10 %. Aussi, l’âge est important, car l’épargne s’inscrit dans un cycle de vie. Surtout, au niveau théorique, durant la vie active, le revenu ne cesse de croître, puis décroît très fortement au moment de la retraite. En outre, personnellement, je ne conseille l’endettement que pour l’investissement immobilier dans une résidence principale. Il est toujours sain, pour un particulier, de n’investir que son épargne structurelle.

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Challenge : La fiscalité évolue progressivement en faveur de certains placements, notamment les produits financiers et le Plan d’Épargne en Actions (PEA). Dans quelle mesure ces changements peuvent-ils modifier les choix des investisseurs en 2026 ?

F.M. : Absolument, le volet de la fiscalité est important dans le choix des investissements. Toutefois, la communication destinée au grand public sur certains avantages fiscaux est assez discrète. Aussi, au Maroc, en dehors de l’épargne institutionnelle forcée des salariés, la fiscalité ne joue pas encore un rôle décisif dans le choix des investissements. De plus, sur le plan comportemental, plusieurs épargnants se focalisent uniquement sur le rendement brut.

Challenge : Beaucoup de particuliers hésitent à investir en Bourse par peur de perdre leur capital. Comment distinguer le risque réel du risque perçu et quelles sont les erreurs que commettent le plus souvent les investisseurs débutants ?

F.M. : Le risque est l’élément existentiel des marchés des capitaux. Selon une majorité d’investisseurs, le marché aime le risque, mais déteste l’incertitude. En effet, nous ne pouvons appréhender le rendement sans son couple avec le risque. D’où la nécessité d’un accompagnement des investisseurs non professionnels par des conseillers expérimentés et aguerris. Ensuite, le risque peut être dompté par la diversification entre les classes d’actifs et à l’intérieur des actions.

Sur un autre registre, il ne faut pas suivre uniquement ceux qui ont réalisé un joli coup boursier, mais il ne faut pas ignorer ceux qui y ont laissé des plumes. En effet, le rendement annuel moyen historique en Bourse avoisine les 10 %, avec des années mauvaises à digérer et d’excellentes années à savourer, à condition d’adopter une cadence appropriée des investissements.

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Challenge : Votre métier consiste à accompagner les épargnants dans leurs décisions patrimoniales. Quels sont aujourd’hui les trois conseils essentiels que vous donneriez à une personne qui souhaite commencer à investir avec un capital limité ?

F.M. : Effectivement, nous proposons des conseils généraux et des principes structurels à personnaliser par chaque client avec son banquier privé, son CIF ou son gestionnaire de patrimoine.

Dans l’absolu, à titre personnel, je crois à la règle des trois tiers, avec une répartition des actifs entre l’épargne de sécurité (placements monétaires liquides), les placements de rendement (immobilier locatif) et les placements offensifs (actions). En outre, la patience est requise, car on ne liquide un placement que si l’on s’est trompé, et non uniquement parce que son prix baisse.

Challenge : Au-delà du choix des placements, le dossier souligne le manque d’éducation financière au Maroc. Pensez-vous que le conseil en gestion de patrimoine est appelé à devenir un service incontournable pour la classe moyenne marocaine dans les années à venir ? Pourquoi ?

F.M. : Je parlerais plutôt d’une forte aversion au risque et d’une peur de la patrouille pour ceux qui prospèrent dans l’informel. En effet, comme indiqué dans une autre réponse, seules les banques inspirent confiance au plus grand nombre. Aussi, pour le moment, les banques d’affaires indépendantes sont peu présentes physiquement dans les grandes villes en dehors de l’axe Casablanca-Rabat. In fine, probablement que, pour une éducation financière de masse, il faudra intégrer ce module dans les lycées, même à des doses homéopathiques.

Ces six questions permettent d’aborder successivement les nouveaux comportements d’épargne, la stratégie de diversification, les opportunités fiscales, la gestion du risque, les bonnes pratiques d’investissement et, enfin, les enjeux de l’éducation financière, offrant ainsi une interview riche.

Auteur: Adama Sylla
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