Fnideq : Y a-t-il quelqu’un pour leur dire… Y a-t-il quelqu’un pour nous dire ?Fnideq : Y a-t-il quelqu’un pour leur dire… Y a-t-il quelqu’un pour nous dire ?

Drame humain
Ce qui fragilise une partie de la jeunesse, c’est avant tout l’absence de perspectives (ou le sentiment d’absence de perspectives) à laquelle s’ajoute l’influence des réseaux sociaux qui transmettent une vision idéalisée d’une autre réalité.

Avant toute chose il faut savoir que nous parlons d’un drame humain et qu’il est impératif de ne pas tomber ni dans le complotisme, ni dans le dénigrement, ni dans les déclarations péremptoires. Faisons preuve de discernement, de sincérité et de responsabilité.
Tout d’abord il est impossible si l’on s’intéresse réellement à la jeunesse, et que l’on est sincère, de ne pas se pencher avec toute la dignité et le respect possible sur ce qui se passe à Fnideq, il est impossible de détourner le regard, de se taire… ce que visiblement nos élus et nos partis ne comprennent pas…
Avant toute chose il faut se poser certaines questions :
– la date choisie – celle de notre Fête du Trône- pour déclencher cette tentative de migration massive d’une partie de notre jeunesse. Nous n’avons pas que des amis bien intentionnés : Finale de la CAN, Fête du Trône : deux moments phares de notre pays. Plus que des coïncidences.
– la Coupe du monde qui se profile est susceptible de susciter tous les coups bas.
– le rôle monstrueux joué par les réseaux sociaux et leurs algorithmes, qui incitent à longueur de posts nos jeunes à ce funeste projet.
– la raison qui a poussé l’Espagne -notamment par la décision de l’un de ses juges de faire croire que «cela était possible»
– qui manipule qui ? Cette spontanéité est-elle le fruit du hasard ?
– à qui profite ce «crime» ?
Il est légitime de se poser et de poser toutes ces questions, pourtant cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur nous-mêmes : certes, parmi ces jeunes beaucoup sont sans doute mus par des envies d’émigrer autres que la mal-vie, mais il n’empêche que nombreux sont ceux qui cherchent à partir par manque de perspectives, par sentiment d’un avenir bouché, par les (fausses) lumières européennes, c’est à ceux-là que nous devons impérativement nous intéresser, leur donner du concret et non du bla-bla hors sol, c’est à eux que nous devons offrir une vie décente dans leur propre pays.
Pas un discours de Sa Majesté où Il n’incite nos politiques, nos décideurs, nos élus, nos chefs d’entreprises… à faire de la jeunesse leur priorité, or qu’en est-il sur le terrain ?
Là où la population -et notamment la jeunesse- est en bute aux rebuffades, aux humiliations, à l’avenir bloqué, au chômage et au désœuvrement. Un exemple tout simple sans même me lancer dans la question de la formation et de l’emploi : l’accès au sport, à la culture, dont on sait qu’ils sont indispensables à l’épanouissement de tout jeune : et bien figurez-vous que les terrains de sport de proximité voulus par SM Mohammed VI sont devenus l’objet d’un marché pour ne pas dire d’un racket, où chaque joueur doit payer un «droit d’accès» !!!!!
Ajoutons à cela notre incapacité à communiquer, avec notre jeunesse et avec l’extérieur : nous ne savons absolument pas le faire -en aucune façon- le silence des autorités, des politiques face à cette crise est assourdissant.
Le monde entier parle du Maroc sauf… le Maroc.
Alors que ce drame humain nous touche de plein fouet j’ai tenu bien évidemment à en parler avec de très nombreux jeunes, je voudrais remercier Fady, Zirar, Ismail, Houriya, Hamid, Mehdi, Saaid, Tarik, Manal, Younes… et bien d’autres pour leur franchise, leur vision éclairée et leur désir d’agir…
Les propositions existent, les idées aussi, mais qui les entend, qui les écoute ?
– Y a-t-il quelqu’un pour LEUR dire à ces jeunes, ce qui les attend de l’autre côté : «Ces nuits à geler sur les trottoirs, la violence, la faim, la délinquance pour survivre…».
– Y a-t-il quelqu’un pour LEUR dire que nous sommes nombreux à croire en eux, à agir pour, par et avec eux, qu’ils ne sont pas seuls.
– Y a-t-il quelqu’un pour LEUR dire que des filières font d’eux des proies.
– Y a-t-il quelqu’un pour LEUR dire qu’il nous reste bien des défis à relever, bien des lacunes à combler, mais que notre pays avance et que nous devons unir nos efforts pour prouver concrètement à nos jeunes que leur avenir est dans leur propre pays.
Bien évidemment tout cela ne sera pas facile à leur dire et à leur faire comprendre mais je sais que si nous savons gagner leur confiance, alors ils seront prêts à nous écouter…
– Y a-t-il quelqu’un pour NOUS dire que parler de nos faiblesses n’est pas une traîtrise…
– Y a-t-il quelqu’un pour NOUS dire qu’il est plus qu’urgent de prendre en charge nos jeunes collectivement et d’avancer vers des réponses concrètes : les pouvoirs publics pour renforcer l’emploi, la formation et les opportunités dans les territoires. Ce qui fragilise une partie de la jeunesse, c’est avant tout l’absence de perspectives (ou le sentiment d’absence de perspectives) à laquelle s’ajoute l’influence des réseaux sociaux qui transmettent une vision idéalisée d’une autre réalité.
– La jeunesse, l’éducation, le travail et le logement doivent devenir notre préoccupation première.
– Les entreprises marocaines doivent investir davantage dans l’insertion, la formation et l’accompagnement des jeunes
– Y a-t-il quelqu’un pour NOUS dire qu’il nous faut être lucides sur nos manques : soyons particulièrement proches de nos jeunes, de nos ados, de nos enfants afin qu’ils ne soient aveuglés ni par les lumières des réseaux sociaux ni par celles de l’Europe, MAIS SURTOUT lançons un PLAN JEUNESSE concret, efficace et à véritable impact: notre jeunesse est le sang qui irrigue les veines de notre Nation.
– Y a-t-il quelqu’un pour NOUS dire qu’il faut cesser de s’entourer de cercles cooptés lorsque l’on accède au pouvoir et qu’il est primordial d’ouvrir portes et fenêtres à la société civile, notamment celle qui est sur le terrain. Une association, une structure culturelle, sportive, n’est pas celle d’un coup d’éclat une fois par an, elle est celle qui agit au quotidien, bien souvent sans moyens…
Alors donnons à notre jeunesse qui «s’en est sortie» qui a de l’ambition, des rêves, et des objectifs qu’elle a réussi à atteindre, qui a l’amour du pays chevillé au corps et qui ne demande qu’à contribuer au bien-être de toute la jeunesse, la possibilité d’accéder aux responsabilités.
Ces jeunes sont en quelque sorte le fer de lance des nouvelles générations : c’est leur tour ! Aux responsabilités ils sauront comprendre et se faire comprendre de la tranche la plus démunie, la plus désespérée de notre jeunesse, celle qui est passée à travers les mailles de tous les filets qui doit mobiliser toutes nos énergies.
Qu’ils soient du Royaume ou de la diaspora, ces jeunes qui ont réussi à la force de leur poignet, munis de leurs compétences, arrivent à point nommé.
Stop à la cooptation, place à la génération de ceux qui ont pour ambition et pour capacité de contribuer à bâtir une société POUR TOUS et non pas à la subir.

Auteur: Ahmed GHAYET
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