Au cours des années que j’ai passées au ministère des Affaires étrangères– entre 1994 et 2007– j’ai eu l’honneur et le privilège de travailler avec le fleuron de notre diplomatie. Des hommes et des femmes compétents, patriotes totalement dévoués à leur mission de consolidation et de promotion de l’image d’une Tunisie moderne, respectée et surtout présente et proactive sur toutes les questions internationales et régionales. Parmi les personnalités les plus marquantes figure Afif Hendaoui.
Je l’ai connu d’abord en tant que collègue au cours de nos rencontres aux différentes conférences annuelles des ambassadeurs, lui à Stockholm et moi à Dakar, et une vraie amitié s’est liée entre nous probablement au départ parce qu’on venait tous les deux de l’université et pas de la carrière diplomatique. Mais, en fait, la cause était plus profonde que cela, Afif Hendaoui était un homme de principes et, à ce titre, il ne pouvait que mériter le respect de tous. Ses prises de parole au cours de ces rencontres alliaient pragmatisme et rationalité. Il donnait à la dimension économique de la diplomatie une place toute particulière qui, à mon sens, était déterminante par la suite aux orientations de notre diplomatie.
Lorsqu’il fut désigné ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Berne en Suisse, j’étais secrétaire d’État aux Affaires étrangères et je mesurai toute la pertinence de cette nomination à un moment où les relations diplomatiques entre la Tunisie et la Suisse passaient par une phase assez délicate qui va culminer avec l’organisation en Tunisie, pour la première fois de notre histoire, d’un sommet de l’ONU : le Sommet mondial de la société de l’information. Le discours critiquant la situation des droits de l’Homme en Tunisie du Président helvète Samuel Schmid n’a pas eu d’impact négatif sur les relations bilatérales de nos deux pays grâce au travail de fond effectué par l’ambassadeur Hendaoui qui jouissait d’un réel respect des autorités suisses, et la Suisse, aussi bien que la Tunisie, ont continué à entretenir les rapports les plus sereins et bénéfiques pour les deux pays.
Après 2011, nos rencontres étaient très fréquentes et j’appréciais particulièrement ses analyses à propos de la situation désastreuse dans laquelle se débattait la Tunisie à cause d’une nouvelle classe politique incompétente, cupide et avide de pouvoir. Rarement je n’ai vu quelqu’un souffrir de cet état de fait comme Afif Hendaoui qui, en grand commis de l’État, avait consacré sa vie à contribuer à forger une nation tunisienne unie, solidaire et battante.
L’élection de Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République lui redonna beaucoup d’espoir et comme à l’accoutumée, il s’engagea corps et âme pour la Tunisie, ne perdant jamais ses principes et ses sentiments de devoir servir sa patrie quelles que soient les circonstances.
Nous avons tous, aujourd’hui, cet amer sentiment que notre peuple est rarement reconnaissant envers ses fils dévoués, mais j’ose espérer, et j’en suis profondément convaincu, qu’Afif Hendaoui figurera, un jour prochain, en bonne place au panthéon des grands hommes de la Tunisie.
Hatem Ben Salem
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