Dans un contexte marqué par les appels à une meilleure gestion des ressources hydriques, notamment après les dernières pluies ayant amélioré les apports dans les barrages tunisiens, l’expert en développement et en gestion des ressources, Houcine Rhili, a estimé que la rationalisation de l’eau ne doit pas être liée uniquement aux périodes de pénurie.
Dans une déclaration à Tunisie Numérique, il a affirmé que l’économie de l’eau relève avant tout d’une culture et d’une politique publique, rappelant que même des pays disposant d’importantes ressources hydriques, comme la Belgique, le Brésil ou le Canada, ont mis en place des stratégies importantes pour rationaliser l’usage de l’eau.
L’agriculture consomme 77% des ressources en eau
Houcine Rhili a indiqué que le secteur agricole reste le premier consommateur d’eau en Tunisie, avec environ 77% des ressources hydriques destinées à l’irrigation, contre seulement 13% pour l’eau potable.
Selon lui, une grande partie de l’eau est gaspillée en raison d’une carte agricole ancienne, qui ne correspond plus aux réalités climatiques actuelles ni à la rareté structurelle de l’eau en Tunisie.
Il a estimé que la réforme prioritaire doit concerner le secteur agricole, notamment les cultures fortement consommatrices d’eau et destinées à l’exportation.
Accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus adaptées
L’expert a appelé à accompagner les petits agriculteurs pendant plusieurs années, à travers le conseil, le suivi et l’appui technique, afin de les aider à réussir leur transition vers une agriculture plus adaptée aux changements climatiques.
Il a souligné que cette démarche permettrait de créer progressivement une nouvelle culture agricole, fondée sur la confiance, l’efficacité et une meilleure gestion des ressources.
Houcine Rhili a cité l’exemple de certaines cultures comme la pastèque, le melon et la fraise, estimant qu’il n’est pas logique de les développer dans des régions confrontées au stress hydrique. Il a notamment rappelé que 60% des champs de fraises se trouvent aujourd’hui au Cap Bon, une région déjà touchée par la rareté de l’eau.
Repenser les politiques publiques de l’eau
Houcine Rhili a appelé à revoir les politiques publiques liées à l’eau dans le secteur agricole, à travers des programmes de moyen et long terme capables de mettre en place une nouvelle politique agricole progressive et acceptable pour les agriculteurs.
Il a également estimé que le ministère de l’Agriculture devrait se retirer de la supervision directe du secteur de l’eau, afin de permettre une restructuration plus cohérente du secteur agricole et une meilleure planification des ressources hydriques.
Selon lui, la Tunisie doit dépasser les approches héritées des années 1960 et 1970 pour bâtir une nouvelle vision, fondée sur l’adaptation climatique, le respect des spécificités régionales et la réduction du gaspillage.
Une orange nécessite 8 litres d’eau, une datte 14 litres
Houcine Rhili a rappelé que la production d’une seule orange nécessite environ 8 litres d’eau, tandis qu’une datte de type Deglet Nour exige près de 14 litres.
Il a expliqué que les producteurs de dattes utilisent encore, dans plusieurs oasis, des méthodes d’irrigation traditionnelles par submersion, notamment pour limiter la salinité de l’eau. Selon lui, plus de 640 millions de mètres cubes d’eau sont consommés dans les oasis tunisiennes pour produire les dattes.
L’expert estime que ce dossier doit être examiné en profondeur afin de garantir la durabilité des oasis tunisiennes.
Revoir la logique de l’exportation agricole
Houcine Rhili a considéré que les oasis tunisiennes se sont progressivement transformées en plantations de palmiers, au détriment des petits agriculteurs.
Il a estimé que certaines transformations structurelles du secteur agricole, au cours des trente dernières années, ont fragilisé les petits producteurs au profit de grands investisseurs.
Selon lui, les recettes en devises générées par l’exportation des dattes ne couvrent pas réellement le coût de l’eau utilisée dans la production. Il a indiqué que les revenus des dattes atteignent environ 600 millions de dinars, tout en estimant qu’une grande partie de cette valeur ne compense pas le volume d’eau mobilisé.
Priorité à la souveraineté alimentaire
Houcine Rhili a précisé qu’il ne s’agit pas d’arrêter la production agricole, mais de la réorienter selon les besoins nationaux.
Il a proposé, par exemple, de limiter certaines productions destinées à l’exportation, comme les dattes, en passant de 400 mille tonnes à 200 mille tonnes, afin de réaffecter une partie de l’eau vers la production de céréales et de réduire la dépendance aux importations.
Il a conclu en appelant à une révision profonde de la carte agricole, sur la base d’une logique de souveraineté alimentaire appuyée par une gestion souveraine des ressources en eau. Selon lui, seul l’excédent hydrique devrait être orienté vers l’agriculture d’exportation, dans le cadre d’une stratégie nationale issue d’un dialogue sociétal sur les priorités.
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Auteur: Yassine Atoui
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