Hydrogène vert: quand le Maroc s’impose sur la carte de la géopolitique énergétiqueHydrogène vert: quand le Maroc s’impose sur la carte de la géopolitique énergétique

Technologie chinoise sous licence, intégration suédoise, pilotage marocain et débouchés européens : Metacon esquisse une nouvelle chaîne de valeur énergétique. À l’heure où la Banque européenne de l’hydrogène écarte les acteurs chinois, le Maroc exploite cette faille, s’appuyant sur son partenariat vert avec l’UE et un programme de 300 MMDH, transformant la contrainte réglementaire en avantage compétitif. Décryptage.

Un mégawatt peut-il peser dans la recomposition énergétique mondiale ? À première vue, la question prête à sourire dans un secteur où les annonces se chiffrent en gigawatts. Pourtant, au Maroc, c’est précisément sur cette échelle minimale que se joue une partie autrement plus structurante. Le contrat remporté par le groupe suédois Metacon pour la fourniture d’un électrolyseur alcalin pressurisé de 1 MW, destiné à produire de l’hydrogène à partir d’énergie éolienne, dépasse largement son poids industriel immédiat. Il incarne une méthode, presque une doctrine : avancer par incréments maîtrisés pour sécuriser une trajectoire industrielle. « Au Maroc, nous avons remporté un premier contrat portant sur la fourniture d’un électrolyseur d’une puissance de 1 MW destiné à la production d’hydrogène à partir de l’énergie éolienne», déclare son PDG PDG Christer Wikner

Ce choix n’est ni anodin ni opportuniste. Il intervient dans un contexte où l’Europe, pourtant pionnière dans la conceptualisation de l’économie hydrogène, se heurte à ce que les industriels qualifient désormais de « vallée du déploiement » : des projets annoncés mais peu financés, des modèles économiques encore fragiles et une concurrence internationale exacerbée, notamment chinoise. Dans cet entre-deux, «  le Maroc se positionne non pas comme un suiveur, mais comme un facilitateur. Il capte une fenêtre stratégique en articulant trois leviers : une base énergétique renouvelable déjà installée, un cadre politique lisible et une capacité à intégrer des technologies hybrides dans un environnement compatible avec les exigences européennes », nous confie une de nos sources.

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Le rapport annuel 2025 de Metacon, en apparence centré sur ses performances financières, livre en filigrane une lecture plus profonde. En mentionnant le Maroc comme « nouvelle zone de croissance », le groupe suédois ne se contente pas d’annoncer une expansion géographique. Il valide implicitement un modèle : celui d’un pays capable de transformer un projet pilote en point d’entrée vers une chaîne de valeur complète, allant de la production d’hydrogène à ses dérivés industriels comme l’ammoniac ou les carburants de synthèse. Derrière le mégawatt, c’est donc une stratégie d’ancrage qui se dessine. « L’Afrique du Nord est un marché que nous suivons de près et où nous sommes déjà présents. En 2025, Metacon a signé un accord pour une usine d’électrolyse alcaline de 1 MW avec une entreprise énergétique marocaine exploitant environ 2 000 MW de production d’électricité renouvelable.

Ce projet pilote devrait accroître les chances de participer à l’investissement prévu pour développer la production d’hydrogène industriel, d’e-carburants et d’ammoniac vert au Maroc. Grâce à ses importantes ressources solaires et éoliennes et à sa proximité avec les marchés européens, le Maroc est en passe de devenir le principal pôle d’hydrogène vert d’Afrique du Nord. Le pays a également conclu un partenariat vert avec l’UE. En mars 2025, le gouvernement marocain a présenté un programme d’investissement d’un peu plus de 300 milliards de dirhams marocains », lit-on dans le rapport.

Une triangulation stratégique

La première clé de lecture réside dans la nature même du projet. Un électrolyseur de 1 MW, dans un secteur obsédé par les économies d’échelle, pourrait apparaître marginal. Mais cette perception néglige une dimension essentielle : la fonction du pilote. Dans le cas marocain, il ne s’agit pas de produire massivement dès le départ, mais de valider une intégration technique dans des conditions réelles. L’électrolyse alcaline pressurisée, choisie ici, présente des caractéristiques adaptées à une alimentation intermittente comme l’éolien : robustesse, tolérance aux variations de charge, et possibilité de reconditionnement après plusieurs années d’exploitation. Autrement dit, une technologie fiable, maîtrisable et économiquement optimisable sur le cycle de vie.

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Ce choix technique s’inscrit dans une logique industrielle plus large. Le partenaire local, bien que non nommé, dispose déjà d’un portefeuille d’environ 2 000 MW d’énergie renouvelable en exploitation. Ce seul indicateur change radicalement la lecture du projet. Il ne s’agit pas d’un test isolé porté par une structure émergente, mais d’une extension expérimentale au sein d’un acteur déjà structuré. La disponibilité d’une électricité verte compétitive et abondante constitue ici un avantage déterminant. Elle réduit le coût marginal de production de l’hydrogène et renforce la crédibilité des phases d’extension.

À cela s’ajoute une dimension souvent sous-estimée : celle des services. Le rapport de Metacon met en avant la possibilité de reconditionner les électrolyseurs après une décennie d’utilisation, en remplaçant certains composants clés. Cette perspective ouvre un marché secondaire de maintenance et de rénovation, générateur de revenus récurrents. Le projet pilote marocain devient alors non seulement un démonstrateur technologique, mais aussi une porte d’entrée vers un écosystème de services industriels à long terme.

Mais c’est sans doute sur le terrain géopolitique que ce projet révèle toute sa portée. Le modèle de Metacon repose sur une triangulation singulière : une technologie d’origine chinoise (via un accord de licence avec PERIC), une intégration industrielle européenne (notamment en Grèce), et un déploiement au Maroc. Cette architecture permet de contourner certaines restrictions imposées par les mécanismes de financement européens, qui tendent à exclure les fournisseurs chinois directs. Le Maroc devient ainsi un espace d’articulation entre des logiques parfois contradictoires : compétitivité des coûts d’un côté, conformité réglementaire de l’autre.

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Ce positionnement est renforcé par le partenariat vert entre le Maroc et l’Union européenne. En se rapprochant des standards européens tout en conservant une flexibilité opérationnelle, le royaume crée un environnement propice à l’expérimentation industrielle. Il ne s’agit pas simplement d’exporter de l’énergie, mais de s’insérer dans une chaîne de valeur transméditerranéenne. La proximité géographique avec l’Europe, combinée à des ressources renouvelables abondantes, renforce cette vocation de hub.

Sur le plan économique, l’analyse du poids du contrat invite à une lecture nuancée. Avec une valeur d’environ 1,8 million d’euros, il reste modeste dans le carnet de commandes de Metacon. Mais son importance ne réside pas dans son montant. Elle tient à sa fonction de diversification géographique et de réduction du risque. Dans un contexte où les projets hydrogène peinent à atteindre la maturité financière, l’ouverture d’un nouveau marché, même embryonnaire, constitue un signal positif pour les investisseurs.

Elle élargit la base de croissance et réduit la dépendance à quelques projets majeurs.Enfin, ce projet s’inscrit dans une stratégie nationale plus vaste. Le programme marocain de développement de l’hydrogène, estimé à 300 milliards de dirhams, vise à structurer une demande locale autour de secteurs clés : engrais, sidérurgie, carburants de synthèse. Cette orientation est fondamentale. Elle permet de dépasser la logique purement exportatrice pour créer un marché domestique, condition indispensable à la viabilité à long terme de la filière. En d’autres termes, le Maroc ne cherche pas seulement à produire de l’hydrogène, mais à en consommer et à en transformer.

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C’est précisément cette articulation entre production, usage et montée en puissance progressive qui permet au royaume d’éviter, pour l’instant, le piège de la « vallée du déploiement ». Là où d’autres annoncent des capacités massives sans débouchés clairement définis, le Maroc privilégie une approche séquencée : démonstration, validation, extension. Une stratégie moins spectaculaire, mais potentiellement plus robuste.

Au final, le projet de 1 MW porté par Metacon agit comme un révélateur. Il montre que, dans l’économie de l’hydrogène, la taille initiale importe moins que la cohérence du chemin emprunté. En misant sur une progression incrémentale, adossée à des fondamentaux énergétiques solides et à un cadre politique stable, le Maroc construit patiemment sa place dans la nouvelle géographie industrielle. Une place qui, si elle se confirme, pourrait faire du royaume bien plus qu’un simple fournisseur : un véritable pivot entre l’Afrique et l’Europe dans l’ère post-carbone.

Un groupe résilient…

Les actions de Metacon sont cotées sur le Nasdaq First North Growth Market à Stockholm. Le cours de l’action a clôturé l’année 2025 à 0,40 SEK, ce qui représente une capitalisation boursière d’environ 545 millions de SEK (50 millions de dollars) sur la base de 1,36 milliard d’actions en circulation après les exercices de bons de souscription et les augmentations de capital réalisées au cours de l’année. Le ratio fonds propres/actifs s’établissait à 42,7 % en fin d’année, contre 63 % en 2024, reflétant l’importance du fonds de roulement liée à l’exécution des grands projets. La société a levé 11,7 millions de couronnes suédoises grâce à l’exercice de bons de souscription en 2025 et a eu recours à des financements de projet temporaires au besoin afin de gérer son flux de trésorerie.Notons d’ailleurs que  la croissance de 488 % de son chiffre d’affaires démontre l’existence d’une demande pour des fournisseurs crédibles capables de mener à bien des projets d’envergure industrielle.

Auteur: Ismail Saraoui
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