Extrêmes
2027 ne saurait être qu’une grande confrontation entre Marine Le Pen au nom de la droite extrême et Jean-Luc Mélenchon au nom de la gauche radicale.
Les canicules inédites et les incendies monstres que connaît actuellement la France n’ont pas réussi à faire oublier la grande épreuve qui attend les Français lors des présidentielles de 2027. À seulement quelques mois de ce grand scrutin considéré comme la matrice de toutes les élections, impossible de prévoir autre chose qu’une finale entre deux forces radicales, celle de l’extrême droite et celle de l’extrême gauche.
Les multiples sondages qui fleurissent ici et là confirment ce scénario et entretiennent ce suspense. 2027 ne saurait être qu’une grande confrontation entre Marine Le Pen au nom de la droite extrême et Jean-Luc Mélenchon au nom de la gauche radicale. Les deux, avec leurs arguments qui scient toutes les branches de la politique traditionnelle, vont croiser le fer devant les Français qui n’auront à choisir qu’entre le pire et le plus grave.
Il est vrai que les sondages qui annoncent ce duel peuvent se tromper dans leurs prévisions. Mais pour cela il faut que l’alternative à ce tête-à-tête puisse émerger. Or la grande majorité des inquiétudes de tous ceux qui refusent cette fatalité réside dans le fait que ni à gauche ni à droite il est possible de distinguer une personnalité qui émerge et qui est capable de faire mentir ces prévisions. La droite d’abord dont Bruno Retailleau, Édouard Phillipe et même Gabriel Attal sont les leaders et apparents, voire iconiques, sont dans une incapacité chronique de se mettre d’accord. Bien au contraire, la présence de l’un paraît avoir comme seul objectif de paralyser l’émergence de l’autre. Ces multiples candidats aux programmes presque similaires sont dans une situation où leurs oppositions internes paraissentt plus dynamiques que leurs opposants aux extrêmes.
La gauche ensuite. Écrasée, voire cannibalisée par la figure tutélaire de Jean-Luc Mélenchon, ses dirigeants semblent eux aussi embrigadés dans le seul combat qui vaut la peine d’être mené aujourd’hui à leurs yeux, celui d’empêcher Jean-Luc Mélenchon de monopoliser le discours de la gauche. Eux aussi vivent une guerre des ego qui n’est pas moins paralysante que celle que vit la droite. Des noms comme Bernard Cazeneuve, Francois Hollande, Olivier Faure, Raphaël Glucksman émergent de temps en temps pour être au cœur du néon mais sans susciter encore cet indispensable élan susceptible d’incarner une alternative au duo Le Pen/ Mélenchon.
Pour que la victoire dans cette présidentielle demeure dans le giron des partis dits de gouvernement et échappe ainsi aux extrêmes, il est indispensable qu’une personnalité de gauche ou de droite puisse émerger et attacher l’adhésion de tous ceux qui refusent la fatalité des extrêmes.
Dans la galaxie des analystes actuels de la politique française existent deux catégories d’approche. La première, fataliste, estime que les dès sont jetés et que les Français ont une profonde soif de changement même si cela devait passer par confier leur destin à l’inconnu et à la mésaventure des extrêmes. Ceux là préparent les esprits à ces deux possibilités où Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon pourraient s’imposer comme les finalistes de cette bataille présidentielle.
L’autre école, qui se veut plus réaliste, tempère cette excitation collective autour du Rassemblement National et de la France insoumise. Les tenants de cette école ont pour arguments qu’il est très tôt pour figer l’état de l’opinion et que lorsque la véritable campagne présidentielle va commencer, non seulement les failles et les handicaps des uns et des autres vont apparaître mais aussi que à l’approche de la possibilité vertigineuse que la France puisse être dirigée par les extrêmes, un réveil, un sursaut citoyen puisse avoir lieu pour empêcher que ce scénario puisse se réaliser.
Pour beaucoup de Francais, Marine Le Pen ou Jordan Bardella sont une chute libre vers le vide sidéral. Ils perçoivent aussi le choix de Jean-Luc Mélenchon comme un saut vers l’inconnu. Les mois qui les séparent de ce grand rendez-vous électoral vont être mis à profit pour affiner les choix et dire réellement s’ils sont prêts à confier leur destin aux porteurs d’une radicalité politique inédite dans l’histoire de la cinquième République ou s’ils disposent de suffisamment de ressorts pour empêcher que la plus haute des fonctions ne tombe dans l’escarcelle des extrêmes.
Auteur: Mustapha Tossa
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