La Kaaba revêt sa nouvelle kiswa : les secrets d’une tradition renouvelée au 1er MouharramLa Kaaba revêt sa nouvelle kiswa : les secrets d’une tradition renouvelée au 1er Mouharram
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À l’occasion du Nouvel An de l’Hégire, la Kaaba s’est parée d’une nouvelle kiswa, l’étoffe de soie noire aux broderies dorées et argentées qui en recouvre les quatre façades.

Derrière cette image familière à des millions de fidèles se cache un travail de plusieurs mois, associant artisanat, calligraphie et techniques modernes de production. Depuis 2022, son remplacement annuel est effectué au début de Mouharram, et non plus durant le pèlerinage.

Le remplacement de la kiswa ne constitue pas un rite demandé aux musulmans à l’occasion du Nouvel An hégirien.

Il relève de l’entretien et de l’honneur accordés à la Kaaba par les autorités chargées des Lieux saints.

Le premier Mouharram est devenu le repère administratif et symbolique de cette opération annuelle. Cela ne transforme pas le Nouvel An musulman en fête religieuse comparable à l’Aïd el-Fitr ou à l’Aïd el-Adha.

Le renouvellement de la kiswa ne commémore pas non plus directement l’Hégire du Prophète de La Mecque vers Médine.

À chaque premier Mouharram, l’étoffe change. L’édifice, lui, demeure au centre d’un même lien spirituel partagé par les musulmans du monde entier.

Une étoffe neuve pour le premier Mouharram

À La Mecque, l’entrée dans l’an 1448 de l’Hégire s’est accompagnée d’un geste séculaire : le remplacement de la kiswa qui habille la Kaaba, au cœur de la Grande Mosquée.

La Cour suprême d’Arabie saoudite et le mufti de la République tunisienne ont confirmé que le mardi 16 juin 2026 correspondait au premier jour de Mouharram 1448.

La pose de la nouvelle étoffe a mobilisé environ 150 artisans et techniciens saoudiens spécialisés. Tisseurs, brodeurs, calligraphes et agents chargés de l’installation ont participé à une opération conduite selon une organisation précise, afin que la Kaaba demeure couverte pendant toute la durée du remplacement.

Pourquoi la date a changé depuis 2022

Pendant des décennies, le remplacement de la kiswa avait lieu le 9 Dhou al-Hijja, jour d’Arafat.

L’opération se déroulait alors que les pèlerins quittaient La Mecque pour se rendre sur les plaines d’Arafat, ce qui réduisait temporairement l’affluence autour de la Kaaba et facilitait le travail des équipes techniques.

Depuis 2022, à la suite d’une décision des autorités saoudiennes, la nouvelle kiswa est installée au début de Mouharram, dans la nuit marquant l’entrée dans la nouvelle année hégirienne.

Ce changement de calendrier ne modifie pas le statut religieux de l’opération. Il associe désormais le renouvellement annuel de l’étoffe au commencement de l’année musulmane, plutôt qu’au déroulement du Hajj.

Une fabrication qui demande plusieurs mois

La kiswa est produite à La Mecque, au Complexe du roi Abdelaziz pour la confection de la couverture de la Sainte Kaaba.

La fabrication ne consiste pas à tisser une immense étoffe en une seule pièce. Elle passe par sept grandes étapes spécialisées :

  • la teinture de la soie naturelle ;
  • le tissage mécanique ;
  • les contrôles en laboratoire ;
  • l’impression des motifs et des inscriptions ;
  • la broderie manuelle ;
  • l’assemblage des différents panneaux ;
  • le contrôle final avant la pose.

La tradition d’une manufacture saoudienne spécialisée remonte à 1927, sous le règne du roi Abdelaziz. Le complexe actuel associe des gestes artisanaux anciens à des machines modernes de tissage, de contrôle et de préparation des tissus.

Environ 850 kilos de soie noire

Selon les données régulièrement publiées par les autorités et les médias saoudiens, la fabrication mobilise environ 850 kilos de soie naturelle brute, ensuite teinte en noir.

Les inscriptions et les motifs décoratifs sont brodés à l’aide de fils plaqués d’or et d’argent.

Les quantités exactes de métaux précieux varient selon les sources et les années, notamment parce que certains chiffres portent sur le métal utilisé, tandis que d’autres comptabilisent le poids total des fils métalliques.

Il est donc plus exact de parler de fils plaqués d’or et d’argent que de plusieurs dizaines de kilos d’or massif.

La kiswa achevée peut dépasser une tonne lorsqu’on additionne la soie, les broderies, les doublures et l’ensemble des pièces assemblées.

Une étoffe haute de 14 mètres

La kiswa mesure environ 14 mètres de hauteur.

Dans son tiers supérieur se trouve le hizam, la grande ceinture brodée qui fait le tour de la Kaaba. Elle mesure environ 47 mètres de longueur et 95 centimètres de largeur.

Cette ceinture monumentale est constituée de 16 panneaux ornés de motifs islamiques et de calligraphies.

L’ensemble comprend notamment :

  • de grands panneaux de soie assemblés pour couvrir les quatre façades ;
  • le hizam, ou ceinture supérieure ;
  • la sitara, le rideau placé devant la porte de la Kaaba ;
  • des médaillons et panneaux calligraphiés ;
  • des éléments brodés entourant certaines parties de l’édifice.

Chaque pièce est préparée séparément avant d’être assemblée et ajustée aux dimensions précises de la Kaaba.

Que disent les inscriptions dorées ?

Les broderies de la kiswa ne sont pas uniquement décoratives.

Le hizam, le rideau de la porte et les médaillons portent des versets coraniques, des formules de glorification de Dieu et différentes inscriptions calligraphiques.

Les lettres sont réalisées en relief, à partir de fils métalliques plaqués d’or et d’argent, posés sur des supports textiles préparés spécialement.

Les inscriptions dorées de la kiswa ne sont pas uniquement décoratives. Elles comprennent des versets liés à la Kaaba, au pèlerinage, à la sécurité du sanctuaire, à la miséricorde divine et à l’unicité de Dieu.

On y retrouve notamment : « إِنَّ أَوَّلَ بَيْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِي بِبَكَّةَ مُبَارَكًا » — « La première Maison établie pour les hommes est celle de Bakka, bénie » — ainsi que l’appel au pèlerinage : « وَأَذِّن فِي النَّاسِ بِالْحَجِّ » — « Appelle les hommes au pèlerinage ». La sourate Al-Ikhlâs apparaît également dans des médaillons brodés sous la grande ceinture.

Par leur contenu, ces inscriptions rappellent que la kiswa ne constitue pas une simple décoration : elle enveloppe la Kaaba de paroles évoquant son caractère sacré, l’unicité de Dieu, la miséricorde et le rassemblement des croyants.

Cette calligraphie contribue à rendre la kiswa immédiatement reconnaissable. Elle transforme une couverture protectrice en une œuvre textile où se rencontrent foi, art et savoir-faire.

Comment la nouvelle kiswa est-elle installée ?

L’installation se déroule généralement de nuit, sous la supervision d’équipes spécialisées.

Les nouveaux panneaux sont hissés sur les différentes façades de la Kaaba, puis fixés progressivement. L’ancienne étoffe est soulevée et détachée au fur et à mesure que la nouvelle est mise en place, afin que l’édifice reste couvert pendant toute l’opération.

Les techniciens ajustent ensuite les angles, les coutures, la ceinture brodée, les médaillons et le rideau de la porte.

Chaque panneau doit être parfaitement aligné avec les autres. L’opération nécessite donc une coordination minutieuse entre les équipes situées au sol et celles travaillant en hauteur.

Une protection particulière durant le Hajj

Même si la kiswa n’est plus remplacée pendant le pèlerinage, elle fait toujours l’objet d’une opération spéciale avant le Hajj.

Sa partie inférieure est relevée de plusieurs mètres et protégée par une bande de tissu blanc.

Cette mesure vise à préserver la soie noire des frottements, des contacts répétés et des éventuelles dégradations provoquées par la très forte affluence des pèlerins autour de la Kaaba.

Après la fin de la saison du Hajj, la partie inférieure est remise dans sa position habituelle.

Que devient l’ancienne kiswa ?

L’ancienne kiswa n’est pas traitée comme une étoffe ordinaire.

Après son retrait, elle est remise aux autorités saoudiennes, inventoriée et prise en charge selon une procédure spécifique.

Certaines parties peuvent être conservées dans des musées ou offertes à des institutions religieuses, à des organisations internationales, à des dirigeants ou à des personnalités.

Un rideau ayant recouvert la porte de la Kaaba a notamment été offert par l’Arabie saoudite aux Nations unies au début des années 1980. Cette pièce en soie noire, brodée de fils dorés et argentés, figure toujours dans la collection de l’organisation à New York.

Tous les fragments ne sont cependant pas distribués. Leur conservation et leur éventuelle attribution relèvent des autorités saoudiennes.

La kiswa n’a pas toujours été noire

L’apparence actuelle de la Kaaba semble immuable, mais son étoffe n’a pas toujours eu la même couleur.

Les sources historiques mentionnent des couvertures blanches, vertes, rouges ou rayées selon les époques, les dynasties et les matériaux disponibles.

Le noir s’est progressivement imposé sous les Abbassides avant de devenir la couleur durablement associée à la kiswa.

L’histoire de cette étoffe montre ainsi que la tradition ne réside pas nécessairement dans l’immobilité de sa forme, mais dans la continuité du soin accordé à l’édifice.

Ce que la kiswa représente pour les pèlerins tunisiens

Pour les Tunisiens ayant accompli le Hajj ou la Omra, la kiswa est souvent l’un des premiers éléments aperçus en entrant dans la Grande Mosquée.

Sa couleur noire, ses broderies dorées et le rideau de la porte sont indissociables de l’image de la Kaaba transmise dans les foyers, les mosquées, les livres religieux et les souvenirs de pèlerinage.

Son renouvellement annuel rappelle toutefois que cette apparence familière résulte d’un travail permanent.

Derrière l’image connue du monde entier se trouvent des mois de tissage, de teinture, de calligraphie, de broderie, d’assemblage et d’entretien.

Pour les futurs pèlerins tunisiens, comprendre la kiswa permet également de distinguer la Kaaba de son enveloppe textile. La kiswa honore, recouvre et protège symboliquement l’édifice, tandis que la place religieuse centrale revient à la Kaaba elle-même, direction de la prière et lieu autour duquel s’effectue le tawaf.

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Auteur: balkis T
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