Article réservé aux abonnés
Marginal en volume, décisif en valeur, résistant aux chocs, le fret aérien est le maillon que les exportateurs tunisiens sous-estiment encore.
Pendant des décennies, l’aviation tunisienne a été pensée pour une seule cargaison : le touriste. Les terminaux, les procédures et les modèles économiques se sont construits autour du passager, et le fret est resté une activité d’appoint, sans stratégie dédiée. Résultat : sous les sièges, une capacité logistique que l’économie n’a jamais vraiment appris à valoriser.
Ce paradoxe a un coût pour les entreprises. Le fret aérien ne pèse qu’une part marginale des volumes échangés, mais il transporte une part significative de la valeur des flux commerciaux : produits pharmaceutiques, composants électroniques, pièces de rechange, biens intermédiaires sans lesquels une usine s’arrête, denrées périssables à forte valeur. En l’occurence, ce que les chefs d’entreprise ne peuvent se permettre de livrer en retard.
Cette lecture s’appuie sur le Policy Brief « Révéler la puissance du fret aérien : un levier stratégique de résilience, de compétitivité et d’intégration africaine » et qui est publié dernièrement par l’ASECTU, l’Association des économistes tunisiens, avec le soutien du projet Savoirs éco financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, il précise que ses options relèvent d’une analyse académique et non de prescriptions officielles.
Une courbe en V face à trois crises
Le brief a étudié les séries de 1990 à 2021, une période qui englobe la Guerre du Golfe, la crise des subprimes et la pandémie de COVID-19. Il a croisé le volume de fret, mesuré en tonnes kilomètres payantes, avec le PIB réel et le taux de chômage.
Le verdict est net. Après chaque choc, le fret subit une contraction, mais elle reste transitoire. Les fonctions de réponse impulsionnelle dessinent une trajectoire en V, avec un retour rapide vers la tendance de long terme. Les simulations après la pandémie projettent même une croissance de 9 % à court terme. Le transport de passagers, lui, reprend plus lentement, tributaire de la confiance des ménages, des restrictions sanitaires et de la conjoncture touristique.
Pourquoi la soute tient bon
L’explication est économique, pas mystérieuse. Le fret aérien transporte des biens à faible élasticité au prix et à forte criticité. En temps de crise, les entreprises ne négocient pas sur le tarif d’un composant manquant : elles sécurisent leurs approvisionnements. La demande pour ces produits reste donc stable, parfois même contracyclique.
L’étude met en évidence une relation dans les deux sens. Plus de fret soutient la croissance du PIB à moyen terme, via les exportations à forte valeur, la baisse des coûts de transaction logistique et la fiabilité du juste à temps. En retour, l’expansion économique stimule les importations de biens d’équipement et de composants, donc le fret. S’y ajoute l’emploi : logistique avancée, manutention spécialisée, maintenance, digitalisation, des postes qualifiés et non délocalisables.
Le prix du retard
![]()
Vous avez envie de lire la suite
Abonnez-vous et débloquez tous les articles
Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

LIRE AUSSI
Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.
