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À la veille du sommet Russie–Afrique des 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, Vladimir Poutine promet de nouveaux partenariats économiques et militaires.
Pourtant, le poids commercial russe reste limité face à l’Union européenne, à la Chine et aux États-Unis.
Entre promesses d’investissements, influence médiatique, opérations militaires au Sahel et recrutement d’Africains pour combattre en Ukraine, le rapprochement avec Moscou soulève une question : quels bénéfices réels pour les populations africaines ?
L’Afrique, un partenaire économique secondaire pour Moscou ?
Selon les informations communiquées par le Kremlin, 48 délégations africaines sont attendues à Moscou, dont 22 conduites par des chefs d’État. Au programme : commerce, énergie, céréales, investissements et coopération militaire.
Depuis l’invasion de l’Ukraine, Moscou cherche à développer ses relations commerciales et diplomatiques avec les pays non occidentaux. Mais les chiffres montrent l’écart entre les ambitions russes et son poids économique réel.
Commerce annuel de marchandises avec l’Afrique
| Partenaire | Échanges annuels | Année |
| Union européenne | Près de 355 Md€ | 2024 |
| Chine | 348 Md$ | 2025 |
| États-Unis | 83,35 Md$ | 2025 |
| Russie | 27,7 Md$ | 2025 |
Sources : Conseil de l’UE, douanes chinoises, Census Bureau américain et estimation russe. L’année 2024 est conservée pour l’UE, faute de confirmation d’une valeur 2025 strictement comparable. Devises et méthodes statistiques différentes : comparaison indicative.
Sur la base de ces montants, les échanges commerciaux russo-africains représentent environ le tiers de ceux des États-Unis et moins d’un douzième de ceux de la Chine.
La différence apparaît également dans les investissements. Selon la CNUCED, les investisseurs européens détiennent le plus important stock d’investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, suivis des États-Unis et de la Chine.
Les investissements directs étrangers en Afrique
Union européenne : plus de 250 milliards d’euros de stock d’IDE fin 2024, selon le Conseil de l’UE.
États-Unis : deuxième grand ensemble investisseur derrière les Européens, selon la CNUCED.
Chine : environ 42 milliards de dollars de stock d’IDE, selon le rapport 2025 de la CNUCED.
Russie : une implantation économique beaucoup plus ciblée, principalement dans l’énergie, les mines et certains projets industriels.
Sources : Conseil de l’UE et CNUCED. Les montants sont des stocks d’investissements et non des flux annuels. Les montants américain et russe ne sont pas affichés faute de série consolidée suffisamment comparable.
La Russie reste particulièrement présente dans les céréales, les engrais, les hydrocarbures, l’armement, les mines et le nucléaire civil. Son influence politique et militaire dans certains pays africains dépasse ainsi largement son poids commercial à l’échelle du continent.
Mais un investissement ne se résume pas à un montant annoncé. Pour les populations africaines, les indicateurs essentiels restent les projets réalisés, les emplois créés, les recettes fiscales, le transfert de compétences et la valeur ajoutée conservée localement.
Les promesses de 2023 ont-elles été tenues ?
Lors du sommet de Saint-Pétersbourg en juillet 2023, Vladimir Poutine avait annoncé plusieurs initiatives destinées à renforcer la coopération russo-africaine.
Certaines ont été réalisées. La Russie affirme avoir achevé en février 2024 la livraison de 200 000 tonnes de céréales offertes à six pays africains, notamment le Mali, le Burkina Faso et la Somalie.
En revanche, l’objectif de porter le commerce russo-africain à 40 milliards de dollars, formulé en 2019, n’a toujours pas été atteint. Les échanges étaient estimés à 27,7 milliards de dollars en 2025.
Moscou met également en avant l’annulation de 23 milliards de dollars de dettes africaines. Ce montant concerne notamment d’anciennes créances héritées de l’époque soviétique et ne correspond pas à de nouveaux investissements.
Des projets industriels et énergétiques existent, notamment dans le nucléaire égyptien. cela ne suffit pas à démontrer une transformation générale de la présence économique russe sur le continent.
Le financement des institutions africaines révèle également des différences entre partenaires. Selon le budget officiel de l’Union africaine, les partenaires internationaux devaient contribuer à hauteur de 370,08 millions de dollars en 2024, soit environ 61 % d’un budget total de 605,76 millions de dollars.
La Russie se distingue par son absence du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), dont les membres non africains comprennent notamment les États-Unis, la Chine et plusieurs pays européens. Cette institution participe au financement de projets de développement, d’infrastructures et de programmes économiques sur le continent.
Ce constat illustre une différence dans les modalités de coopération : tandis que plusieurs grandes puissances participent aux mécanismes financiers multilatéraux africains, Moscou privilégie notamment les partenariats bilatéraux dans les domaines énergétique, commercial et sécuritaire. Il ne permet toutefois pas de conclure à une absence totale de financements russes destinés aux institutions africaines.
La bataille de l’information : l’Afrique soutient-elle vraiment Poutine ?
Le rapprochement avec l’Afrique s’accompagne d’une stratégie de communication.
Moscou se présente comme un défenseur de la souveraineté africaine face aux anciennes puissances coloniales. Ce discours s’appuie sur des critiques réelles des politiques occidentales, mais il présente une contradiction : la Russie défend publiquement la souveraineté des États africains tout en poursuivant une guerre d’invasion contre l’Ukraine.
Une enquête publiée en juin 2025 par VIGINUM, service français chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, a documenté les activités du réseau African Initiative, associé à des opérations d’influence russes en Afrique.
Mais cette stratégie médiatique se traduit-elle par une adhésion populaire ?
Selon une enquête Afrobarometer réalisée en 2024-2025 dans 38 pays africains, 36 % des répondants jugent positivement l’influence russe, contre 62 % pour la Chine, 52 % pour les États-Unis et 50 % pour l’Union européenne.
Perception positive de l’influence des puissances en Afrique
Chine — 62 %
États-Unis — 52 %
Union européenne — 50 %
Russie — 36 %
Source : Afrobarometer, 38 pays africains, enquêtes 2024-2025. Proportions moyennes des répondants jugeant l’influence économique et politique positive.
Autre résultat : parmi les personnes ayant entendu parler de la guerre en Ukraine, 72 % souhaitent que leur pays reste neutre.
Les situations nationales restent cependant très contrastées : au Mali, 88 % des répondants ont une opinion positive de l’influence russe.
Ces résultats contredisent l’idée d’une Afrique uniformément favorable à (ou contre) Moscou. Ils montrent aussi que les relations diplomatiques entre gouvernements ne reflètent pas nécessairement les opinions des populations.
Wagner, Africa Corps et les ressources naturelles : le coût des alliances sécuritaires
Au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en République centrafricaine, la coopération avec Moscou comporte une dimension militaire importante.
Après la disparition d’Evgueni Prigojine (ex chef du groupe de mercenaires Wagner) en 2023, la Russie a réorganisé une partie des activités de Wagner autour de l’Africa Corps, lié au ministère russe de la Défense.
Le 22 octobre 2026, Human Rights Watch a accusé les forces maliennes et leurs alliés russes de nouvelles exactions contre des civils, notamment de tortures. L’organisation a également documenté une frappe militaire ayant tué huit civils dans la région de Mopti en septembre.
Des enquêtes ont également mis en évidence des liens entre les réseaux associés à Wagner et l’exploitation de ressources naturelles, notamment en République centrafricaine et au Soudan.
Ces activités soulèvent une question centrale : les partenariats militaires améliorent-ils réellement la sécurité des populations, ou favorisent-ils également des intérêts politiques et économiques particuliers ?
La comparaison avec les mécanismes multilatéraux apporte un éclairage supplémentaire. Pour la période 2024-2025, les barèmes obligatoires de financement des opérations de maintien de la paix des Nations unies attribuent environ 26,9 % des contributions aux États-Unis, 18,7 % à la Chine et 2,3 % à la Russie. Les États européens contribuent également, individuellement, à ce budget mondial.
Ces pourcentages correspondent à des obligations de financement et non nécessairement aux sommes effectivement versées. Ils concernent aussi l’ensemble des opérations de paix des Nations unies, et pas uniquement celles conduites en Afrique.
Des milliers d’Africains recrutés pour combattre en Ukraine ?
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Auteur: Jihen
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