Longtemps minimisé, le gaming est aujourd’hui devenu, partout dans le monde, une industrie à part entière. Au Maroc, cette discipline qui attire toutes les tranches d’âge affiche de véritables ambitions dans le décor high-texh du GITEX Africa, à Marrakech. Analyse.
Un véritable secteur d’avenir. Les jeux vidéo attiraient en 2023, un peu moins d’1,8 milliard de joueurs à travers le monde ». L’augmentation du nombre de gamers a permis aux jeux vidéo de gagner une dimension sociale et a par ailleurs permis l’émergence de nouveaux secteurs tels que le streaming gaming ou l’e-sport. Cette révolution des jeux est possible de nos jours aussi grâce à l’omniprésence des smartphones, des tablettes, des PC et consoles.
Aujourd’hui, devenir un pro-gamer et gagner sa vie avec cette passion, comme d’autres le font avec le football ou le tennis, séduit des milliers d’e-sportifs. Depuis quelques années, le Gaming gagne de plus en plus d’espace et se répand à un rythme très accéléré au Maroc, ce qui a engendré la création de la E-sport Academy et de inwi e-league. Pionnier sur le continent, la ville de Rabat a accueilli, il y a quelque temps, la première édition du Morocco Gaming Expo. Une initiative visant à promouvoir l’industrie nationale du gaming.
Dans les détails, l’occasion était de mettre en exergue les diverses composantes techniques, artistiques, créatives, éducatives et financières de ce secteur, dont le marché mondial est estimé à plus de 270 milliards USD et devrait atteindre plus de 610 milliards USD à l’horizon 2032. Et si ce secteur affiche une croissance exponentielle, le Maroc souhaite en tirer profit. Au GITEX Africa 2026, le Maroc a réaffirmé ses ambitions dans ce secteur.
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En marge du GITEX, une convention de partenariat a été signée par Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et David Li, Directeur Général de Huawei Maroc, en présence de plusieurs personnalités du secteur, dont Anis Liu, Vice-Président de Huawei Maroc. L’objectif : structurer un écosystème gaming compétitif, soutenir les talents marocains et renforcer les capacités locales dans les industries numériques. Le protocole d’accord prévoit un soutien concret aux initiatives internationales de Huawei, la mise à disposition d’outils de pointe pour les workshops du Morocco Gaming Expo 2026 à Rabat (20-24 mai), et l’accompagnement de cinq développeurs marocains sélectionnés par le ministère pour encourager l’innovation et l’excellence.
« Le Maroc semble confronté à un certain paradoxe. Le Maroc est un pays jeune, en tout cas comparativement aux pays occidentaux, avec des habitudes digitales en forte croissance, mais le taux d’intégration de l’industrie du gaming dans l’économie marocaine semble encore tres perfectible. A fortiori que la compétence de nos ingénieurs et de nos techniciens est éprouvée, ce qui ouvre le champ des possibles en termes de coding et de programmation. Lorsque l’on parle d’un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros pour l’industrie du gaming en France par exemple, à iso-PIB, ce chiffre d’affaires devrait etre de l’ordre des 3, voire 4 milliards de dirhams chez nous. Tout chiffre inférieur semblé révélateur d’un gain potentiel de productivité, à aller chercher au plus vite », prévient l’économiste Hicham Aaloui.
Par ailleurs, dans notre enquête terrain à la recherche d’acteurs, nous sommes tombés sur HADO MAROC, un acteur marocain qui, depuis le Stand « très connecté » de Maroc Telecom, fait des démonstrations sur ce jeu de combat en réalité augmenté. « Le secteur du gaming au Maroc est en plein développement. On observe une croissance très rapide, presque exponentielle, notamment grâce à la trajectoire impulsée par le ministère, qui encourage l’émergence de startups et incite les jeunes à s’intéresser à la culture du gaming et à la création de jeux vidéo. Cette dynamique se traduit aussi par la multiplication des événements, des championnats et des compétitions organisés au Maroc, que ce soit à l’échelle nationale, africaine ou internationale. On voit donc progressivement se structurer un véritable écosystème autour du gaming », nous confie Saad Ennaciri.
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Abordant la description de leur jeu, il explique : « À l’occasion de GITEX Africa, nous réalisons une expérimentation avec Maroc Telecom. L’objectif est de jouer des matchs à distance grâce à la technologie 5G. Nous sommes les représentants officiels de HADO au Maroc. HADO est considéré comme le futur du sport. C’est le premier sport au monde qui combine à la fois l’activité physique et la technologie. Contrairement au gaming classique, où le joueur reste statique devant un écran, HADO se joue en mouvement, sur un terrain réel. Les joueurs doivent lancer des boules d’énergie sur leurs adversaires, un peu comme dans le célèbre jeu Street Fighter, où le personnage principal lançait des Hadoukens. Le terme HADO vient justement de Hadoken. C’est un mot japonais qui renvoie à l’idée d’énergie ».
Dans ce sport, a-t-il relaté, les joueurs projettent des boules d’énergie virtuelles tout en intégrant leur propre personnalité et leur stratégie dans le jeu. La particularité est que tout se déroule dans le monde réel grâce à la réalité augmentée. Les joueurs ne sont pas plongés dans un univers virtuel fermé : ils évoluent physiquement sur le terrain tout en interagissant avec des éléments numériques. Concrètement, une équipe se trouve ici à Marrakech, sur le site du GITEX, tandis qu’une autre équipe est installée au siège de Maroc Telecom à Rabat. Les deux équipes s’affrontent en temps réel grâce à la box 5G.
Une véritable volonté politique
« Le ministère de la culture ces dernières a fait de ce secteur une priorité. On le voit au travers du projet game city à Rabat et son expansion très prochainement à Casablanca », nous confie Mehdi Alaoui CEO de la startup Nation. Selon notre interlocuteur, ce secteur est très prometteur à la lumière des chiffres. « Aujourd’hui il y a une véritable nécessité de se doter d’un écosystème de codeur de jeux si le Maroc veut atteindre ses ambitions dans ce secteur. Sans oublier bien entendu la dimension investissement car c’est un secteur budgétivore…La production d’un jeu peut dépasser les 100 millions de dollars », précise Mehdi Alaoui. « A l’image d’autres grands secteurs, le Maroc doit attirer de grands noms tels que Ubisoft ».
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Il faut d’ailleurs noter que depuis le ministère de la culture a fait de ce secteur une priorité. »Sur le plan national, le Gaming est une filière émergente et offre d’énormes opportunités d’emplois et d’investissement pour le Maroc. Dans ce cadre, le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a lancé en 2022 la stratégie du Gaming autour de 4 axes :
• La mise en place des infrastructures technologiques et d’accueil dont Rabat Gaming City.
• Le développement des initiatives liées à la formation dans le secteur du Gaming : Couverture de l’ensemble des besoins et renforcement de l’existant.
• La structuration des incubations et le soutien aux investisseurs locaux et internationaux par des dispositifs attractifs.
• La promotion nationale et internationale du secteur : communication, présence dans les salons à l’étranger, Salon du gaming à Rabat : « Morocco Gaming Expo », lit on sur le site du ministère.
Contacté par challenge, une de nos sources au ministère nous confie que l’enjeu de ce secteur réside aujourd’hui au niveau de la dimension technologique et surtout juridique. « Le secteur des jeux nécessite une véritable technologie. Il y’ a lieu aujourd’hui de penser un gaming qui se repose sur la culture marocaine », explique notre source. Et d’ajouter : »il faut également se pencher sur la dimension juridique. Le jeu est un outil social, et au sujet des jeux violents, il y’a nécessité d’avoir une véritable réglementation ».
Le plan Gaming
Le ministère dans son plan dédié à ce secteur ambitionne la création d’une ville dédiée à l’industrie des jeux électroniques qui regroupera des entreprises nationales et internationales, ainsi que des entreprises émergentes dans ce domaine. Dans les détails, le ministère envisage d’impulser une zone industrielle spécialement conçue pour stimuler le développement de l’industrie des jeux électroniques au Maroc.
L’objectif principal de ce projet novateur est d’attirer des investissements internationaux dans ce secteur en plein essor et de positionner le Maroc comme une plateforme leader dans l’industrie des jeux électroniques, aussi bien à l’échelle africaine qu’internationale créant ainsi un système économique capable de générer 5.000 nouvelles opportunités d’emploi aux jeunes marocains, dont 3300 offres d’emploi directes.
Auteur: Ismail Saraoui
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