Le professeur Madjid Benchikh, professeur à l’université Cergy-Pontoise, a animé hier une conférence à l’invitation du Café littéraire de Béjaïa sous le thème «Significations du mouvement populaire», à la maison de la Culture Taos Amrouche.

L’ancien doyen de la faculté de droit de l’université de Ben Aknoun a tenté de définir le mouvement populaire, ses caractéristiques et de donner une lecture des principales revendications soulevées lors des manifestations.

Le conférencier préfère parler de «soulèvement populaire» car «il y a un progrès» et «la volonté du peuple de ne plus être soumis et de recouvrir sa dignité dans le mot soulèvement». Pour lui, ce soulèvement porte en soi une vision, il trace une ligne qui met en cause celui qui a empêché qu’on puisse exercer la dignité, «cette cible est le système en place».

Le peuple montre ainsi «une maturation politique, une connaissance des leviers du système et une perspective et il reste aux intellectuels, le mouvement associatif, les partis politiques ou ce qu’on a comme partis, les syndicalistes de pouvoir traduire le slogan : ”Système dégage !” en programme politique, en mesure et en vision», ajoute-t-il. Ce slogan est tout un programme basé sur la bonne connaissance du système.

De ce point de vue le peuple aspire à la séparation des pouvoirs, à la liberté, aux élections libres avec un pluralisme où les partis ne sont pas préfabriqués mais ont un ancrage dans la société. Et c’est aux partis de se hisser au niveau de la conscience du peuple au lieu de chercher à l’orienter.

Réfutant de parler de crise chez le peuple, Madjid Benchikh dira plutôt que ce mouvement est une «éclosion de force déterminée à en finir avec la hogra» car les éléments de la crise ne sont pas du côté du peuple, mais la crise c’est le système lui-même qui n’a pas réussi, grâce à la mobilisation, à installer un remplaçant «consensuel».

Grâce à la mobilisation, la maturation politique se fait très rapidement. Le peuple a toujours su que depuis 1962 il n’a jamais voté pour son candidat, que l’intrusion du monde des affaires, dont les intérêts sont contradictoires à ceux de la nation, a fini par transformer le système par rapport à son origine.

L’auteur de Algérie : un système politique militarisé constate également que les services secrets algériens (ex-DRS), qu’il qualifie de «l’œil et de l’aiguillon» du système, sont affaiblis. Ils ne peuvent donc ni orienter ni réagir rapidement en se basant sur le renseignement. «Système dégage» se base sur la connaissance du système qui est une «organisation sociale, politique et économique». Le mouvement vise ainsi «un ensemble qui constitue les institutions et la politique». Pour le premier président d’Amnesty International, «il y a de l’espoir à condition que la mobilisation ne faiblit pas pour pouvoir battre un système dans lequel les forces de l’argent, les militaires se sont essaimé au milieu du peuple et dans les administrations».

Mais pour ce faire, «il faut beaucoup de temps pour préparer des élections libres», atteste-t-il avant d’expliquer «qu’on ne peut pas organiser des élections libres si le contrôle politique de la société et l’administration demeurent».

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Auteur: Hicham Chouadria
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