Le Sahara, locomotive de paix et de développementLe Sahara, locomotive de paix et de développement

Nombreuses ont été les séquelles de la période coloniale sur cet espace qui a toujours fait partie intégrante du territoire national. La phase d’indépendance n’a pas pu mettre fin immédiatement à ces séquelles. Aujourd’hui, l’avenir est dans la stabilité et la paix, en tant que conditions incontournables à tout développement. En effet, le «Sahara Occidental», pendant plus de cinq décennies source d’un conflit artificiel, peut et devrait devenir une source de paix juste et constructive, d’union et d’intégration. 

1. Avant 1955 : le «Sahara Occidental», territoire au cœur de l’histoire du Maroc

Un bref retour à l’histoire coloniale en Afrique est nécessaire pour mieux comprendre les véritables origines du conflit sur le «Sahara Occidental». Le moment crucial de cette histoire coloniale en Afrique a certainement été la «Conférence de Berlin» ou «Conférence de l’Afrique de l’Ouest». Cette conférence devait permettre à plusieurs Etats coloniaux de se mettre d’accord sur le partage du continent africain avec la mise en place de règles régissant la «liberté commerciale» entre Etats coloniaux. L’objectif principal étant de s’entendre et d’éviter d’éventuels conflits dans l’exploitation commune ou pillage commun des ressources en Afrique, le tout bien emballé dans l’expression «mission civilisatrice de l’Occident».

La conférence ouverte à Berlin, du 15 novembre 1884 au 25 février 1885, à l’initiative du chancelier Otto von Bismark, a réuni l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire Ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège et les Etats-Unis d’Amérique (EUA). Une conférence antérieure, tenue à Bruxelles, en 1876, avait déjà amorcé le débat sur la partition du Congo, un pays (ex-Royaume du Kongo) qui va être dépecé et charcuté, et qui demeure jusqu’à aujourd’hui une cible pour les anciennes puissances coloniales du fait de sa position géostratégique, au centre du continent africain, et de son sous-sol extrêmement riche en minerais et en réserves souterraines d’eau.

En fait, déjà en 1830, la France avait occupé le Sénégal et l’Algérie, avant de mettre la main sur la Tunisie, en 1881, et de s’imposer sur le reste de l’Afrique du Nord, en partageant le Maroc avec l’Espagne. La Conférence de Berlin va procéder au partage systématique de l’Afrique et l’installation durable de la colonisation. A cette époque, avait d’ailleurs été créée l’«Association internationale africaine» par le roi Léopold II, avec des ambitions affichées comme étant humanitaires pour l’Afrique centrale. La Conférence de Berlin avait été décidée suite à une situation conflictuelle opposant les Etats coloniaux. Comme indiqué, les 13 Etats européens (y compris l’empire ottoman) et  même les EUA participent aux débats de ladite conférence. L’Afrique y est totalement absente. Le roi Léopold II, à l’issue de la conférence, reçoit, à titre personnel, 2,5 millions de km² (la plus grande «ferme» du monde). La France, en tant qu’Etat, se contente de 500 mille km² (Congo-Brazzaville), mais se voit accorder des «compensations», notamment une partie du Niger.

Après cette conférence, l’ensemble des Etats, réunis à cette occasion, vont continuer le partage, tout au moins jusqu’à la 1ère guerre mondiale. Après cette guerre, les territoires africains occupés par l’Allemagne vaincue, vont être repartagés entre les Etats-vainqueurs. Ainsi, malgré les règles fixées par la conférence de Berlin, les conflits inter-impérialistes vont persister et même se multiplier, menant à des guerres dévastatrices. Le partage de l’Afrique fut mené de la manière la plus brutale vis-à-vis des populations africaines. Les «frontières» ont été tracées artificiellement et arbitrairement selon les appétits coloniaux en présence.

Avant l’occupation coloniale, la notion de frontière, au sens occidental, n’existait pas en Afrique. Les frontières intra-africaines étaient surtout des espaces de transit, de rencontres et d’échange, des lieux de marquage des espaces, et non pas des obstacles à la circulation des personnes. La «civilisation occidentale» va imposer arbitrairement des limites artificielles qui n’ont rien à voir avec le mode de vie des populations autochtones. Cette démarche a été appliquée aussi au nord de l’Afrique où France et Espagne vont se partager des «zones d’influence», expression consacrée par la Conférence de Berlin. C’est le cas du Maroc où le Sud et le Nord vont être concédés à l’Espagne, alors que la partie centrale sera consentie à la France. Plus au Sud, «Bled Chenguiti» (Mauritanie) sera pris par la France qui occupait déjà le Sénégal.

Après l’indépendance partielle du Maroc, en 1955, et lors de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), en 1963, le Royaume du Maroc exprima des réserves sur le principe de l’intangibilité des frontières. Ce qui est tout à fait logique et normal, puisque, en 1955, le territoire du Maroc indépendant ne représentait qu’une partie de ce qui avait été auparavant occupé et partagé entre la France et l’Espagne. Que ce soit au Nord ou au Sud, l’armée de libération nationale (ALN) n’avait pas déposé les armes, après 1955.

Au Sud, la lutte armée était engagée par l’ALN pour la libération des territoires maintenus sous domination espagnole. L’Algérie était d’ailleurs exposée au même sort avec la tentative par la France de créer un Etat au Sud, dans la zone saharienne riche en gaz et en pétrole et où elle expérimenta ses armes nucléaires. Au nord aussi, il était question de continuer la lutte armée pour libérer les enclaves de Sebta et Mellila, tout en appuyant l’armée populaire de libération d’Algérie.  Aussi bien Boumedienne que Bouteflika, devenus présidents de l’Algérie, avaient été très familiers avec la région du Maroc oriental où étaient installés des camps d’entrainement militaire au profit du Front de Libération Nationale (FLN).

Ainsi, à l’instar d’autres régions en Afrique, le Maroc a été victime d’un dépeçage/charcutage colonial. Et l’indépendance de 1955 ne fut qu’une première étape dans le processus de libération et de récupération des territoires occupés et arbitrairement découpés et délimités.

2. 1958 : «Opération Ecouvillon»: une continuité de la lutte de libération nationale

L’«Opération Ecouvillon» est une opération militaire menée conjointement par la France et l’Espagne contre l’ALN marocaine au sud. Cette opération est à situer dans le cadre de la «guerre d’Ifni», menée par l’ALN marocaine pour libérer Sidi Ifni, Tarfaya et le Sahara Occidental (SO), de l’occupation espagnole. Les espagnols appelèrent cette opération la «guerra olvidada», c’est-à-dire la «guerre oubliée». En fait, cette guerre de libération nationale a été le prolongement des luttes armées antérieures ayant mené à l’indépendance partielle du Maroc, en 1955. Elle a été dirigée par Ben Hammou et Bensaïd Aït Idder. Ce dernier, après un long exil, deviendra par la suite l’un des symboles de l’opposition de la gauche au Maroc.

Les opérations militaires lancées par l’ALN du Sud ont été étendues dans tout le SO, y compris la région de Tindouf et dans le Sud de la Mauritanie, toujours occupée par la France. En fait, aussi bien la France que l’Espagne n’ont pas respecté les limites de l’intégrité territoriale du Maroc telles que définies dans le traité de Fès instituant le «Protectorat», et signé en 1912. Les chefs de tribus du SO vont appuyer la réunification politique du Maroc, aussi bien devant l’ONU que dans la lutte armée. Face à «l’Opération Ecouvillon», plus de 7 000 indépendantistes marocains participent à la prise des villes sous colonisation espagnole, sans pouvoir atteindre le littoral. Les espagnols disposaient de 10 300 soldats dont 2 000 à Sidi Ifni. 

En février 1958, France et Espagne joignent leurs forces militaires pour une opération commune contre l’ALN. Ce sera l’Opération Ecouvillon qui va s’appuyer sur des attaques aériennes massives, avec le déploiement de 130 avions. Au sol, 9 000 soldats espagnols et 5 000 soldats français dotés d’armes modernes. L’attaque se déroula par air et au sol. L’ALN déplora 150 morts. La géographie (terrain découvert, pas de montagnes ni forêts, ni tunnels…) ne sera pas favorable à l’ALN pour organiser des opérations de guérilla. Rien à voir avec les régions montagneuses du Nord du Maroc, dans le Rif, où le souvenir des journées glorieuses d’un Abdelkrim El Khattabi demeure vivant. 

Le 2 avril 1958, des accords sont signés entre le gouvernement espagnol et le Maroc, donnant lieu à une rétrocession de la région de Tarfaya. La région de Sidi Ifni ne sera abandonnée par l’Espagne qu’en 1969, conformément à la résolution 2072 de l’ONU, adoptée en 1965, qui appelle à la décolonisation d’Ifni et du Sahara Occidental (SO) avec leur intégration dans le territoire du Royaume du Maroc. Mais l’Espagne de Franco va garder le SO jusqu’en 1975. Ces éléments successifs constituent des preuves supplémentaires et tangibles quant à la justesse de la cause nationale que défend le Maroc. Le Sahara Occidental a été occupé dans le contexte colonial mondial du 19ème siècle. Le retour de ce territoire dans la mère patrie n’est donc que la continuité logique et naturelle d’un processus de décolonisation entamé bien avant.  

3. 1975-2025 : de la «Marche Verte», action populaire et pacifique pour recouvrer l’intégrité territoriale, à la résolution 2797 du Conseil de Sécurité de l’ONU soutenant le plan d’autonomie du Maroc 

Al’intérieur du Maroc, la question nationale du Sahara est bien ancrée dans la mémoire nationale et bien comprise comme une simple continuation d’un processus de libération nationale entamé avant l’indépendance et reconduit après 1955. Néanmoins, la «libération» n’a jamais été restreinte à une dimension exclusivement géographique. Entre les populations du Maroc au sud et dans les autres régions, ce sont des rapports humains ancestraux qui ont été entretenus et ont façonné une «identité dans la diversité». Et c’est cette profondeur humaine et historique qui constitue la première source de légitimité de la cause nationale au Maroc.  

Ainsi, en 1975, la Cour Internationale de Justice (CIJ) va rendre un avis consultatif sur deux questions soumises par l’Assemblée Générale de l’ONU, en vertu de la résolution 3292 concernant le territoire du SO occupé par l’Espagne. En effet, le Maroc avait demandé à l’ONU de statuer sur la marocanité de ce territoire. Après délibération, l’arrêt final de la Cour stipule que «Les éléments et renseignements portés à la connaissance de la Cour montrent l’existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental. Ils montrent également l’existence de droits, y compris certains droits relatifs à la terre, qui constituaient des liens juridiques entre l’ensemble mauritanien, au sens où la Cour l’entend, et le territoire du Sahara occidental».

Ainsi, pour la CIJ, dans son arrêt, d’une part le territoire du SO n’était pas une «terra nullius», c’est-à-dire un territoire n’appartenant à aucun autre Etat, et d’autre part, il existe bel et bien des liens juridiques d’allégeance entre ce territoire et le Royaume du Maroc. C’est donc une reconnaissance explicite du fondement historique des liens entre le SO et le Maroc. Malgré cet arrêt, le Front Polisario, appuyé par l’Algérie, va déclarer la création de la «République Arabe Sahraouie démocratique» (RASD). Ce sera un conflit artificiel qui va durer plusieurs décennies et qui va surtout affaiblir et priver l’ensemble d’une région de ressources qui auraient pu servir au développement et à l’amélioration des conditions de vie de toutes les populations. 

Cependant, la Marche Verte organisée par le Roi Hassan II, le 6 novembre 1975, va être hautement symbolique et servir surtout de message, au niveau international, en termes de continuité du processus de libération entamé auparavant et de légitimité d’une cause nationale bien enracinée dans la volonté et l’identité du peuple marocain.   

La fin de la «guerre froide» et l’effondrement du «bloc de l’est» vont contribuer à la dissipation du brouillard. C’est ce qui va permettre au Maroc, depuis la fin des années 1990, et surtout après le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine, de «remonter la pente de la diplomatie» comme alternative politique à la guerre. Le dualisme simpliste va céder la place à la compréhension d’une réalité historique et politique, et donc à une prise de conscience par de nombreux Etats que la solution au conflit du SO n’est pas dans la création d’un nouvel Etat. Nombreux sont les exemples de scission qui n’ont mené que vers plus d’instabilité et d’insécurité quasi-permanentes. L’exemple de la partition du Soudan illustre bien cette situation de «ni guerre ni paix», où la population est prise au piège dans une violence fratricide, devenue quasi-permanente, avec de lourdes pertes humaines (…).

Avec patience et raison, le Royaume du Maroc a su convaincre de nombreux Etats dont la plupart des membres permanents du Conseil de Sécurité (CS) au sein de l’ONU, en proposant une solution d’autonomie régionale avancée dans le cadre de l’intégrité territoriale et de la souveraineté marocaine. Proposition vite perçue comme sincère, réaliste, réalisable et constructive. Actuellement, plus des deux-tiers des Etats membres de l’ONU sont favorables à cette proposition. D’où le résultat du vote du 31 octobre 2025 par les membres du CS de l’ONU. Résultat qui n’est que le fruit d’un processus nourri de patience et de sagesse et entamé au cours des dernières décennies, où le Royaume est passé d’une gestion du statu quo à la création d’une nouvelle dynamique de changement. Le 31 octobre 2025, aucun Etat-membre du CS n’a voté contre la résolution 2797 soumise au vote. Deux membres permanents (Russie et Chine) et un membre non permanent (Pakistan) se sont abstenus. L’abstention n’est pas un véto. Ce qui constitue un pas en avant et une attitude objectivement favorable.

Cela a aussi permis le déblocage d’une situation d’impasse qui dure depuis 50 ans et en même temps un tournant radical dans l’affaire du SO. En fait, ce n’est pas seulement une victoire du Royaume du Maroc. C’est avant tout une victoire de la raison, de la justice et de la paix. En tissant patiemment des relations internationales fondées sur une neutralité positive et active, le Maroc a su développer des rapports de respect réciproque et convaincre de nombreux Etats quant à la justesse de sa cause. C’est là un tournant historique dont les conséquences devraient être profondes, tant sur le plan national que sur le plan international.

Au niveau national, le discours royal a ouvert la porte à une nouvelle réconciliation nationale. Nombreux sont les frères sahraouis qui ont déjà rejoint leur patrie, sans aucune condition ni contrainte, pour participer au développement de leur pays. Au niveau du Maghreb, l’absence de situation conflictuelle, génératrice d’instabilité et d’insécurité, devrait permettre aux Etats de se concentrer sur les vraies solutions à apporter aux vrais problèmes afférents notamment à la lutte contre la pauvreté et les inégalités, à la démocratisation, au développement de la coopération intermaghrébine, en somme à l’amélioration des conditions de vie et au développement des capacités des populations maghrébines. En effet, moins de ressources versées aux «marchands de la mort», c’est plus de ressources destinées à la construction d’écoles et de centres de santé, à la création d’emplois (…). La paix et la stabilité constituent une condition sine qua non à la prospérité des peuples de la région. 

Enfin, dans le contexte international actuel très défavorable, l’ONU, tout en gagnant en crédibilité et en légitimité, pourrait mobiliser son énergie et ses ressources, actuellement en baisse, pour faire face à d’autres conflits beaucoup plus graves et plus complexes, tels que ceux de la Palestine et du Soudan où sont menées des guerres à caractère génocidaire et d’autres défis à dimension planétaire, tels que le réchauffement climatique dont les graves conséquences sont déjà là. 

Dans quelques semaines, le CS devra à nouveau prendre position pour le règlement définitif de la question du Sahara marocain. Le Maroc a toujours privilégié la voie constructive du droit et de la justice pour défendre sa noble cause. La paix définitive au Sahara est bénéfique pour l’ensemble des peuples de la région, voire du continent Africain et du Sud de la Méditerranée. Cette solution juste et définitive pourrait aussi inspirer d’autres protagonistes dans d’autres conflits dans le monde, loin de tout chauvinisme. 

Auteur: Mohamed Amine
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