Marché du conseil : l’ère de la recommandation est révolue, place aux cabinets qui délivrent des résultatsMarché du conseil : l’ère de la recommandation est révolue, place aux cabinets qui délivrent des résultats

Face à l’internationalisation des entreprises, à l’inflation réglementaire et à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, le marché du conseil entre dans une nouvelle phase. Les dirigeants n’attendent plus seulement une expertise technique, mais un accompagnement opérationnel, de la décision jusqu’à son exécution. Pour Me Wassim Benzarti, avocat au barreau de Paris et Managing Partner de Westfield Morocco, cette évolution redéfinit en profondeur le modèle économique des cabinets, appelés à conjuguer proximité, technologies de pointe et ouverture internationale. Détails.

Le marché du conseil connaît une profonde mutation. Longtemps perçu comme un fournisseur d’expertise ponctuelle, le cabinet de conseil devient progressivement un partenaire stratégique chargé d’accompagner les entreprises dans un environnement économique de plus en plus complexe. Cette transformation est particulièrement visible dans le conseil juridique, où les dirigeants attendent désormais bien davantage qu’un simple avis de droit.

Pour Me Wassim Benzarti, avocat au barreau de Paris et Managing Partner de Westfield Morocco, la mission première d’un cabinet reste naturellement d’éclairer la décision des dirigeants, mais la valeur ajoutée se mesure aujourd’hui à l’aune des résultats obtenus. «Les cabinets de conseil juridique vendent des recommandations aux dirigeants d’entreprise et les accompagnent pour prendre la bonne décision. Bien entendu, avec pour objectif d’atteindre un résultat», résume-t-il.

Le défi n’est plus le manque d’information, mais son excès

Contrairement aux décennies précédentes, les entreprises n’évoluent plus dans un contexte de rareté de l’information. Elles sont, au contraire, confrontées à une multiplication des données, des outils numériques et des exigences réglementaires. Pour les dirigeants, cette abondance constitue souvent un nouveau défi. «Les besoins des entreprises ont changé dans le sens où elles ont beaucoup plus d’outils à leur disposition, ce qui peut créer une situation de trop-plein d’informations. Le cabinet de conseil juridique est là pour aider les dirigeants à faire un tri au milieu de cet environnement», explique Me Benzarti.

À cette surabondance informationnelle s’ajoute une inflation continue des obligations réglementaires, qu’il s’agisse de conformité, de gouvernance, de protection des données ou encore de lutte contre le blanchiment et la corruption. «Il y a également une augmentation des normes réglementaires et de conformité qui complexifie cet environnement ultra-réglementé et très riche en outils et en informations», poursuit-il.

Dans ce contexte, le rôle du cabinet évolue : il ne s’agit plus seulement d’apporter une réponse juridique, mais d’aider le dirigeant à arbitrer rapidement entre plusieurs options, en intégrant les dimensions juridiques, opérationnelles et stratégiques.

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Du conseil à l’exécution : un changement de paradigme

Cette évolution transforme également la manière dont les cabinets interviennent auprès de leurs clients. Le temps où une mission s’achevait avec la remise d’un rapport ou d’une consultation tend à disparaître. Les entreprises recherchent désormais un accompagnement continu, jusqu’à la mise en œuvre des recommandations.

« Les cabinets doivent accompagner les dirigeants de la recommandation jusqu’à l’exécution et même post-exécution. C’est ce que nous essayons de faire au sein de Westfield », souligne Me Benzarti.

Cette logique de suivi répond à une attente croissante des entreprises: sécuriser l’exécution des projets, mesurer leur efficacité et ajuster les décisions lorsque cela s’avère nécessaire. Le conseil devient ainsi un véritable accompagnement de transformation plutôt qu’une simple prestation intellectuelle.

L’ouverture croissante des entreprises marocaines sur les marchés étrangers constitue un autre facteur de mutation du secteur. Pour accompagner des opérations transfrontalières, les cabinets nationaux doivent désormais disposer d’un réseau international capable de répondre aux problématiques de leurs clients partout où ils se développent.

« Les cabinets exclusivement marocains doivent nécessairement tisser des relations avec des réseaux internationaux pour pouvoir accompagner les entreprises marocaines qui s’internationalisent ou les entreprises étrangères qui s’intéressent au marché marocain », estime Me Benzarti.

Cette stratégie d’ouverture est devenue un axe de développement majeur pour Westfield Morocco, aujourd’hui membre de deux réseaux internationaux de premier plan.

« Westfield est membre de deux réseaux internationaux basés à Chicago (ALFA International) et à Washington (SCG Legal), et prépare une alliance régionale avec deux grands cabinets européens », précise-t-il.

Cette internationalisation permet aux cabinets marocains de rester compétitifs sur des opérations impliquant plusieurs juridictions, tout en offrant à leurs clients un interlocuteur unique.

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L’intelligence artificielle bouleverse déjà le marché

Comme dans de nombreux métiers du savoir, l’intelligence artificielle s’impose désormais comme un facteur majeur de transformation. Pour Me Benzarti, cette révolution est inévitable, mais son impact sera différencié selon la nature des missions. «L’IA va transformer le marché du conseil et du conseil juridique, plus particulièrement », affirme-t-il.

Certaines prestations standardisées ou à faible valeur ajoutée pourront progressivement être réalisées par des solutions d’intelligence artificielle. « Certaines entreprises de petite taille ou de taille moyenne se baseront exclusivement sur l’IA pour des tâches simples, répétitives ou dont l’enjeu est limité », observe-t-il.

En revanche, les opérations stratégiques ou complexes continueront de nécessiter l’intervention de professionnels expérimentés. « Les opérations d’une certaine taille ou complexité nécessiteront toujours l’accompagnement d’un cabinet pour des raisons de responsabilité et de confidentialité », insiste-t-il.

Conscient de cette évolution, Westfield a choisi d’intégrer l’intelligence artificielle dans son offre plutôt que de la subir. Le cabinet a ainsi développé Omniscient, un assistant juridique basé sur l’IA, destiné principalement aux petites et moyennes entreprises et accessible gratuitement.

L’objectif est de permettre aux PME de traiter rapidement des problématiques courantes, tout en réservant l’expertise humaine aux dossiers les plus sensibles.

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Pour Me Benzarti, les cinq prochaines années devraient profondément remodeler le paysage du conseil juridique. Les grands cabinets continueront naturellement à accompagner les opérations complexes, mais de nouveaux acteurs, plus agiles et fortement outillés technologiquement, devraient gagner en visibilité. «Le marché du conseil va voir émerger des cabinets de plus petite taille, mais capables d’utiliser des outils extrêmement performants», anticipe-t-il.

En parallèle, les cabinets spécialisés auprès des petites et moyennes entreprises devront composer avec une concurrence grandissante des legaltechs et des solutions d’intelligence artificielle.

« Le segment des cabinets de conseil juridique pour les petites et moyennes entreprises va souffrir de la concurrence des legaltechs juridiques ou de l’IA, plus généralement », conclut-il.

Cette évolution ne signe pas la disparition du conseil, mais son repositionnement. À mesure que les outils technologiques automatiseront les tâches répétitives, la valeur des cabinets reposera de plus en plus sur leur capacité à comprendre les enjeux stratégiques de leurs clients, à piloter l’exécution des projets et à sécuriser les décisions dans un environnement réglementaire toujours plus complexe. Le métier entre ainsi dans une nouvelle ère où l’expertise juridique ne suffira plus, à elle seule, à faire la différence.

Auteur: Wafaa Mellouk
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