Portée par la généralisation de la protection sociale, la modernisation des infrastructures hospitalières, la digitalisation du système de santé et l’essor de l’intelligence artificielle, la MedTech s’impose comme l’un des nouveaux relais de croissance de l’économie marocaine. Pour Amine Taoudi Benchekroun, fondateur de MEDICLIC, le Royaume dispose désormais de tous les fondamentaux pour devenir un hub régional des technologies médicales. À condition, toutefois, de structurer rapidement un écosystème encore fragmenté, où l’interopérabilité, le financement, l’innovation locale et les partenariats public-privé seront les clés d’une véritable souveraineté sanitaire.
La santé numérique est en train de changer de dimension au Maroc. Longtemps considérée comme un simple levier d’amélioration des soins, la MedTech s’impose désormais comme un secteur stratégique, à la croisée des politiques publiques, de l’innovation technologique et de l’industrialisation.
Pour Amine Taoudi Benchekroun, fondateur de MEDICLIC, cette accélération n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte de la convergence de plusieurs réformes structurantes qui redessinent en profondeur l’organisation du système de santé marocain. « Le Maroc vit aujourd’hui un moment très favorable pour la MedTech », affirme-t-il. Selon lui, les grandes réformes engagées créent simultanément une demande nouvelle en solutions numériques, en dispositifs médicaux intelligents, en télésanté, en intelligence artificielle et en outils de gestion des données médicales.
Cette évolution change progressivement la nature même du marché. Les établissements de santé n’ont plus seulement besoin d’équipements ; ils recherchent désormais des solutions capables d’améliorer le parcours du patient, d’optimiser les diagnostics, de fluidifier les échanges d’informations et de renforcer la prévention.
Pour les industriels, cette mutation représente un marché en pleine construction. « Le potentiel est important, mais il dépendra de la capacité à structurer l’écosystème », souligne l’expert.
Au-delà des besoins nationaux, il y voit également un relais de croissance pour toute une nouvelle industrie marocaine. «Pour les industriels et les investisseurs, c’est une opportunité majeure : développer des solutions locales, créer de l’emploi qualifié et proposer des technologies adaptées au Maroc, avec un fort potentiel d’export vers d’autres pays. »
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Passer d’un marché consommateur à un marché producteur
Si le Maroc importe encore une large partie de ses équipements médicaux, la montée en puissance des technologies numériques ouvre une nouvelle perspective : concevoir, développer et produire localement des solutions innovantes. Pour Amine Taoudi Benchekroun, le Royaume possède désormais plusieurs avantages compétitifs qui peuvent accélérer cette évolution. « Le Maroc dispose clairement des bases pour devenir un hub africain de la MedTech », estime-t-il.
La proximité avec l’Europe, l’ouverture vers les marchés africains, la qualité des compétences médicales, l’émergence d’une expertise numérique et la volonté des pouvoirs publics constituent, selon lui, un socle particulièrement favorable.
Cette combinaison pourrait permettre au Royaume de reproduire, dans la santé numérique, une trajectoire comparable à celle engagée dans les secteurs automobile ou aéronautique : attirer les investissements, développer une base industrielle locale, puis rayonner sur les marchés régionaux.
Mais il rappelle que plusieurs maillons restent encore à consolider. « Les défis restent importants : financement, réglementation, industrialisation, validation clinique et accès aux marchés hospitaliers. Le potentiel est là, mais il doit être mieux organisé. »
Autrement dit, la compétitivité future de la filière dépendra autant de la qualité des innovations que de la capacité du pays à créer un environnement favorable à leur développement.
Pour le fondateur de MEDICLIC, le véritable enjeu n’est plus uniquement de multiplier les solutions numériques, mais de les rendre capables de communiquer entre elles. « Pour créer une vraie industrie nationale, la pièce maîtresse reste l’interopérabilité entre les différentes solutions. »
Cette capacité à faire dialoguer les différents systèmes conditionnera aussi bien l’efficacité des établissements de santé que l’émergence de nouveaux services numériques.
Selon lui, cette démarche devra s’accompagner d’un soutien plus important aux startups marocaines, d’une facilitation des expérimentations dans les hôpitaux, d’un encouragement à la production locale et d’un renforcement de la protection des données de santé.
Ces éléments constituent les fondations d’un véritable écosystème industriel plutôt qu’une simple addition d’initiatives isolées.
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L’intelligence artificielle comme accélérateur de la médecine préventive
L’autre rupture majeure identifiée par Amine Taoudi Benchekroun concerne l’intelligence artificielle. Pour lui, les prochaines années verront surtout émerger des outils capables d’accompagner le patient tout au long de son parcours de soins.
« L’impact le plus fort viendra de l’IA médicale appliquée au parcours du patient : compréhension des symptômes, analyse des documents médicaux, suivi des traitements, coaching, nutrition intelligente, suivi des maladies chroniques et dispositifs connectés. »
L’objectif n’est plus uniquement d’améliorer la prise en charge médicale, mais aussi de renforcer la prévention, de limiter l’errance diagnostique et de mieux préparer les consultations grâce à une exploitation intelligente des données. Dans cette dynamique, MEDICLIC revendique un positionnement pionnier. « MEDICLIC est la première plateforme souveraine à proposer ces services », indique son fondateur.
Faire de la MedTech un pilier de souveraineté sanitaire
Pour Amine Taoudi Benchekroun, le développement de la MedTech constitue désormais un enjeu de souveraineté autant qu’un levier de croissance.
À l’horizon 2030, il appelle à accélérer les partenariats public-privé, à soutenir davantage les startups nationales, à créer des zones dédiées à l’innovation en santé, à faciliter l’accès aux données anonymisées et à favoriser l’adoption des technologies développées au Maroc par les établissements de santé. « La confiance des professionnels et des patients sera essentielle », rappelle-t-il.
Plus largement, il estime que la réussite de cette stratégie reposera sur une vision coordonnée associant pouvoirs publics, établissements de santé, industriels, chercheurs et entrepreneurs. « Le Maroc dispose aujourd’hui d’une vraie fenêtre d’opportunité pour devenir un hub africain de la MedTech », conclut-il.
Reste désormais à transformer cette dynamique en véritable filière industrielle. Interopérabilité, financement, réglementation, validation clinique, cybersécurité, industrialisation et coopération public-privé devront progresser de concert pour faire émerger un écosystème capable non seulement de répondre aux besoins nationaux, mais aussi de positionner le Maroc comme un exportateur de technologies médicales sur le continent africain. Car derrière la transformation du système de santé se dessine peut-être l’une des prochaines grandes industries de l’économie marocaine.

3 questions à Amine Taoudi Benchekroun, fondateur de MEDICLIC
Challenge : Le marché marocain des technologies médicales connaît une forte dynamique. Quels sont aujourd’hui les principaux moteurs de cette croissance et quelles opportunités offre-t-elle aux industriels et aux investisseurs ?
Amine Taoudi Benchekroun : En tant que professionnel de santé et entrepreneur du domaine, je pense que le Maroc vit aujourd’hui un moment très favorable pour la MedTech. Portés par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, des projets tels que la généralisation de la protection sociale, la dématérialisation de la feuille de soins, la modernisation des hôpitaux, la digitalisation du parcours patient, le plan «Maroc Digital 2030» et l’essor de l’intelligence artificielle «AI Made in Morocco» créent une vraie dynamique. Ces éléments créent une demande pour des solutions MedTech dans le suivi médical, la télésanté, l’IA, les dispositifs connectés et la gestion des données de santé. Le potentiel est important, mais il dépendra de la capacité à structurer l’écosystème.
Pour les industriels et les investisseurs, c’est une opportunité majeure : développer des solutions locales, créer de l’emploi qualifié et proposer des technologies adaptées au Maroc, avec un fort potentiel d’export vers d’autres pays.
Challenge : Le Maroc dispose-t-il des atouts nécessaires pour devenir un hub africain de la MedTech ? Quels sont, selon vous, ses principaux avantages compétitifs et les défis qu’il lui reste à relever ?
A.T.B. : Oui, le Maroc dispose clairement des bases pour devenir un hub africain de la MedTech. Le pays bénéficie d’une position stratégique entre l’Europe et l’Afrique, d’un système de santé en transformation, de compétences médicales et technologiques de pointe, ainsi que d’une ambition nationale forte. Mais les défis restent importants : financement, réglementation, industrialisation, validation clinique et accès aux marchés hospitaliers. Le potentiel est là, mais il doit être mieux organisé. Je suis persuadé qu’avec une collaboration public-privé solide, le Maroc peut devenir une plateforme régionale de référence.
Challenge : Quelles actions prioritaires devraient être engagées par les pouvoirs publics et les acteurs privés pour faire de la MedTech un véritable levier de souveraineté sanitaire, d’industrialisation et d’exportation à l’horizon 2030 ?
A.T.B. : À l’horizon 2030, le Maroc peut faire de la MedTech un pilier de souveraineté sanitaire et d’exportation africaine. Pour cela, il faut prôner l’interopérabilité, accélérer les partenariats public-privé, soutenir efficacement les startups locales, créer des zones d’innovation en santé, faciliter l’accès aux données anonymisées et encourager l’adoption des solutions marocaines par les établissements de santé. La confiance des professionnels et des patients sera essentielle.
Auteur: Wafaa Mellouk
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