Midterms américains : si Trump perd le Congrès, ce qui changerait et ce qui ne changerait pasMidterms américains : si Trump perd le Congrès, ce qui changerait et ce qui ne changerait pas

Les Américains renouvellent leur Congrès le 3 novembre 2026. Donald Trump n’est pas candidat et le résultat, à lui seul, ne mettrait pas fin à son mandat présidentiel, qui court jusqu’en janvier 2029. L’enjeu est ailleurs : selon que les républicains conservent ou perdent une chambre, voire les deux, la Maison-Blanche pourrait faire face à davantage d’enquêtes, de blocages budgétaires et de contraintes politiques.

Sur l’Iran, l’Ukraine, la Russie et l’Europe, les derniers mois montrent toutefois que le Congrès dispose de leviers puissants sans pour autant reprendre au président la conduite de la diplomatie et le commandement des forces armées.

L’essentiel

  • Le 3 novembre, les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat sont en jeu.
  • Une perte du Congrès par les républicains ne ferait pas automatiquement perdre la présidence à Donald Trump.
  • Le nouveau Congrès n’entrera en fonction que le 3 janvier 2027.
  • Une Chambre d’opposition pourrait multiplier enquêtes, auditions et bras de fer budgétaires ; un Sénat d’opposition pèserait surtout sur les confirmations de juges et de hauts responsables.
  • Sur l’Iran, la Chambre a déjà voté à deux reprises en 2026 pour demander la fin des hostilités, sans mettre fin à la guerre.
  • Sur l’Ukraine, la Russie et l’OTAN, une partie des contraintes pesant sur la Maison-Blanche est déjà inscrite dans la loi.

De quoi parle-t-on exactement ?

Les « midterms » sont les élections organisées au milieu du mandat présidentiel. On n’y élit pas le président : les électeurs renouvellent les 435 sièges de la Chambre des représentants et, cette année, 35 des 100 sièges du Sénat, dont 33 sièges de classe II et deux élections partielles.

Au 1er octobre, la Chambre compte 218 républicains, 214 démocrates, un indépendant et deux sièges vacants, selon le greffe de la Chambre. Au Sénat, les républicains disposent de 53 sièges, les démocrates de 45 et deux indépendants siègent avec les démocrates.

Les deux chambres n’ont pas les mêmes pouvoirs. Les deux doivent adopter les lois et les textes de financement. La Chambre dispose en outre d’un rôle central dans les enquêtes parlementaires et peut voter une mise en accusation du président. Le Sénat confirme les juges fédéraux, les membres du gouvernement et de nombreux hauts responsables nommés par la Maison-Blanche.

Un scrutin compliqué par le redécoupage
Neuf États utiliseront en 2026 de nouvelles cartes pour les élections à la Chambre, après une vague inhabituelle de redécoupages en cours de décennie. Ces changements concernent notamment le Texas, la Californie, la Floride et la Caroline du Nord et peuvent modifier l’équilibre dans plusieurs circonscriptions.

Première chose à savoir : Trump ne quitte pas la Maison-Blanche

Une défaite électorale des républicains au Congrès ne mettrait pas fin au mandat présidentiel. Donald Trump resterait président jusqu’en janvier 2029, sauf procédure constitutionnelle distincte.

Une majorité hostile à la Chambre pourrait voter une nouvelle procédure d’impeachment à la majorité simple. Mais une destitution effective exige ensuite une condamnation au Sénat à la majorité des deux tiers des sénateurs présents — soit 67 voix si les 100 sénateurs participent au vote.

Donald Trump a déjà été mis en accusation deux fois, en 2019 puis en 2021, sans être condamné par le Sénat.

La composition du Congrès ne change pas avant le 3 janvier

Le Congrès élu le 3 novembre ne prendra ses fonctions que le 3 janvier 2027. Jusqu’à cette date, les élus actuels conservent leurs sièges et leurs pouvoirs.

Le résultat aura néanmoins un effet politique immédiat sur les rapports de force à Washington. Il pourrait notamment influencer les négociations budgétaires, les stratégies des deux partis et les calculs de la Maison-Blanche avant l’installation du nouveau Congrès.

Cette période est particulièrement sensible sur l’Iran : Donald Trump a déclaré début octobre qu’il pourrait reprendre les bombardements après les élections de mi-mandat si les discussions avec Téhéran n’aboutissaient pas.

Iran : le Congrès a déjà testé ses pouvoirs de guerre

La guerre avec l’Iran offre déjà un test grandeur nature des pouvoirs et des limites du Congrès face au président. La War Powers Resolution prévoit notamment un mécanisme permettant au Congrès de demander le retrait des forces américaines engagées dans des hostilités non autorisées.

À la Chambre, trois tentatives ont d’abord échoué : 212 voix contre 219 le 5 mars, 213 contre 214 le 16 avril, puis une égalité de 212 contre 212 le 14 mai.

Le 3 juin, la Chambre a finalement adopté une résolution demandant le retrait des forces américaines des hostilités avec l’Iran par 215 voix contre 208, avec quatre républicains dans le camp du « oui ». Une nouvelle résolution a été adoptée le 23 juillet par 214 voix contre 208.

Une limite juridique importante
Ces votes étaient des « concurrent resolutions » prises sur le fondement de l’article 5(c) de la War Powers Resolution. Elles ne sont pas présentées au président et ne peuvent donc pas faire l’objet d’un veto présidentiel. Mais leur capacité à contraindre juridiquement l’exécutif est contestée depuis l’arrêt INS v. Chadha de la Cour suprême en 1983. Pour adopter une mesure ayant pleinement force de loi, le Congrès peut recourir à une résolution conjointe : celle-ci est alors soumise au président, qui peut y opposer son veto, sauf si les deux chambres réunissent une majorité des deux tiers pour le surmonter.

L’expérience de 2026 montre donc qu’une Chambre hostile peut exercer une pression politique forte sur la conduite de la guerre sans nécessairement pouvoir, seule, imposer la fin des opérations. Le levier le plus concret du Congrès reste souvent celui du financement : il peut limiter, conditionner ou refuser certains crédits militaires dans les lois budgétaires.

Ce qui changerait selon la chambre qui bascule

ScénarioConséquence principale
La Chambre passe à l’oppositionDavantage d’enquêtes, d’auditions, d’assignations et de confrontations sur le budget et les nouvelles lois.
Le Sénat passe à l’oppositionLa Maison-Blanche peut rencontrer des difficultés pour confirmer juges, ministres, ambassadeurs et hauts responsables.
Les deux chambres passent à l’oppositionLe programme législatif présidentiel devient beaucoup plus difficile à faire adopter et les négociations budgétaires prennent une importance centrale.

Même avec une majorité au Sénat, faire adopter une loi reste difficile. Dans la plupart des cas, il faut 60 voix pour mettre fin à l’obstruction parlementaire par la procédure de cloture. La confirmation des juges et des hauts responsables se fait en revanche à la majorité simple, ce qui donne au contrôle du Sénat un poids particulier sur les nominations.

Ce qui resterait au président

Un Congrès d’opposition ne transformerait pas pour autant le président en figure symbolique. Donald Trump conserverait le commandement des forces armées, la conduite de la diplomatie, le pouvoir de négocier avec les gouvernements étrangers et une grande partie de l’autorité réglementaire de l’exécutif.

Il continuerait également à mettre en œuvre les sanctions déjà autorisées par les lois existantes et à utiliser les pouvoirs que le Congrès a précédemment délégués à l’exécutif, sous le contrôle des tribunaux et dans les limites fixées par les textes budgétaires.

Ukraine et Russie : le Congrès a déjà imposé son empreinte

Le dossier russe montre que le Congrès peut inscrire durablement une orientation dans la loi. Le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026 a été adopté par 86 voix contre 11 au Sénat, puis par 262 contre 159 à la Chambre. Donald Trump l’a promulgué le 18 septembre.

Le texte renforce les sanctions visant notamment les secteurs énergétique et militaire russes ainsi que la flotte de navires utilisée pour contourner les restrictions. Il autorise également le président à imposer des droits de douane élevés à certains grands partenaires commerciaux de la Russie et prolonge le dispositif américain de sanctions contre l’Iran.

Une mesure inscrite dans la loi est plus difficile à supprimer unilatéralement qu’une sanction décidée uniquement par décret. Le texte laisse toutefois au président d’importantes marges de mise en œuvre et de dérogation.

L’aide à l’Ukraine illustre l’autre grand levier du Congrès : l’argent. Le Pentagone avait indiqué qu’il envisageait d’étaler jusqu’à l’exercice 2029 l’utilisation de 400 millions de dollars d’aide militaire votés par le Congrès. Au 25 septembre, 307 millions de dollars avaient déjà fait l’objet d’engagements juridiquement contraignants et l’administration annonçait vouloir engager les 93 millions restants avant l’échéance du 30 septembre afin d’éviter leur expiration. Les livraisons peuvent, elles, continuer à s’échelonner dans le temps.

Europe : l’OTAN bénéficie déjà d’un verrou juridique

Pour l’Europe, la question la plus sensible reste l’engagement américain au sein de l’OTAN. La législation fédérale interdit déjà au président de retirer seul les États-Unis du traité de l’Atlantique Nord : il faut soit l’accord des deux tiers des sénateurs présents, soit une loi du Congrès.

Ce verrou existe indépendamment du résultat des élections de novembre.

Dans le même temps, la répartition du soutien à l’Ukraine a évolué. Lors du sommet de l’OTAN à Ankara en juillet, les alliés ont indiqué que les pays européens et le Canada financent désormais la majeure partie de l’assistance de sécurité à Kyiv. Ils se sont engagés à consacrer 70 milliards d’euros aux équipements, à l’aide et aux formations militaires en 2026, avec un niveau au moins équivalent annoncé pour 2027.

Pourquoi le résultat compte aussi pour l’Iran et Ormuz

Une nouvelle majorité au Congrès pourrait multiplier les auditions sur la guerre, contester certains crédits, proposer des limitations aux opérations militaires et accentuer la pression pour une autorisation parlementaire plus claire.

Mais elle ne reprendrait pas automatiquement au président le commandement des forces ni la conduite des négociations avec Téhéran. Le résultat des midterms modifierait donc surtout les contraintes politiques, budgétaires et institutionnelles entourant les décisions de la Maison-Blanche.

Pourquoi cela se regarde aussi depuis Tunis

Pour la Tunisie, l’enjeu n’est pas seulement institutionnel. La stratégie américaine vis-à-vis de l’Iran peut affecter la sécurité du détroit d’Ormuz, les marchés de l’énergie, les coûts du transport maritime et, indirectement, les prix payés par les pays importateurs.

La question à suivre après le 3 novembre sera donc moins de savoir qui préside telle commission à Washington que de voir si le nouveau rapport de force au Congrès modifie les décisions américaines sur l’Iran, l’aide à l’Ukraine, les sanctions contre la Russie et les relations avec les alliés européens.

Et si les républicains conservent les deux chambres ?

Dans ce cas, Donald Trump conserverait un environnement parlementaire plus favorable jusqu’en janvier 2029. Cela faciliterait l’adoption de nouvelles lois, la confirmation des nominations et la maîtrise des commissions parlementaires.

Mais même un Congrès républicain ne signifie pas un soutien automatique à toutes les décisions présidentielles. Les votes de 2026 sur l’Iran ont déjà montré que des élus républicains peuvent rejoindre l’opposition sur les pouvoirs de guerre. Quel que soit le résultat du 3 novembre, le président américain continuera donc à gouverner dans un système où la Maison-Blanche et le Congrès disposent chacun de pouvoirs capables de se freiner mutuellement.

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Auteur: balkis T
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