Par Samir Lotfy
Essaouira – Humble, persévérante et tellement appréciée de tous ceux et celles qui la connaissent et la côtoient, le professeur universitaire, Mme Mina El Mghari incarne un militantisme au féminin pour la préservation du patrimoine matériel et immatériel du Royaume, avec un intérêt tout particulier pour celui de la ville d’Essaouira.
Née d’un père originaire d’Essaouira et d’une mère issue de la région de Haha, Mina El Mghari a grandi dans un milieu familial qui fait de l’attachement à tout ce qui est authentique et chargé d’histoire, et à la culture cosmopolite du pays, plus qu’un devoir moral, mais une priorité dans le comportement au quotidien.
Passant son enfance et son adolescence entre Essaouira et Agadir, deux villes qui ont marqué son imaginaire, et voyant la ville d’Agadir se reconstruire, Mina El Mghari maîtrise parfaitement l’histoire de ses monuments emblématiques. En outre, elle a tissé une relation toute particulière avec le patrimoine matériel et immatériel de Mogador/Essaouira. Une passion et un amour sans limites pour cette cité paisible, ville de ses grands parents qui lui tient à cœur et qu’elle chérit.
Spécialiste en histoire d’architecture et du patrimoine, cette « Souirie » d’origine enseigne et a enseigné dans différents établissements supérieurs. A la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines relevant de l’Université Mohammed V de Rabat d’abord, à laquelle elle est affiliée depuis 1987. Elle a également assuré des cours à l’Institut des Sciences de l’archéologie du Patrimoine, et à l’Ecole Nationale d’Architecture à Rabat. Elle a occupé également le poste de Secrétaire Général de la Commission Nationale Marocaine de l’UNESCO (2005-2010).
Mina El Mghari est membre depuis juin 2015 du Conseil de la Fondation des Trois Cultures, du Comité scientifique de « Bayt Dakira » à Essaouira, du Conseil exécutif de l’ICOMOS international de 2010 à 2013. Elle est aussi présidente du comité patrimoine à l’association Essaouira-Mogador et s’active également au sein de plusieurs comités et instances scientifiques aussi bien nationaux qu’internationaux.
Et ce n’est pas un hasard d’entendre Mina El Mghari lors d’une conférence, d’un colloque ou d’une table ronde, entrer dans les détails de l’histoire de ce patrimoine multiséculaire de Mogador et de le défendre jalousement, en mettant le doigt, avec objectivité et franchise, sur les dysfonctionnements qui existent car, cette universitaire est bel et bien, la spécialiste et experte avérée en architecture, histoire et patrimoine, celle qui connaît la Médina coin par coin, rue par rue et espace par espace.
Son amour et sa passion pour le patrimoine a, depuis son jeune âge, orienté toute sa vie et son cursus universitaire, puisqu’elle obtint en 1980 une licence en histoire de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat, suivie en 1983, d’un diplôme des Etudes Approfondies (DEA) en archéologie et histoire de l’art islamique à l’université de Paris IV-Sorbonne, puis en février 1987, d’un Doctorat de 3ème cycle en archéologie et histoire de l’art islamique.
Sa passion pour la science et la connaissance ne va pas se limiter ici, puisqu’en mars 2004, Mina El Mghari, décrochait haut la main, un Doctorat d’Etat sur le thème « la ville de Mogador/Essaouira : Histoire et archéologie monumentale » de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat, réalisant ainsi un rêve qu’elle épousait depuis son jeune âge.
L’engagement de Mme El Mghari pour le patrimoine matériel et immatériel du Maroc en général et de la ville de ses ancêtres, Essaouira, en particulier, a été couronné de succès comme en témoigne le nombre de prix et de distinctions qu’elle a pu recevoir; entre autres Fulbright Scholarship 1999-2000 et Prix du Livre du Maroc 2006.
Mina El Mghari a été choisie en 2007 par Challenge Hebdo parmi les 100 femmes qui font bouger le Maghreb. En 2012, elle décroche le Trophée « les femmes exceptionnelles » octroyé par l’Association Monitoring Networking. Dans la foulée de ces distinctions, elle a été honorée en 2017 par l’Emir de Sharjah (Emirats arabes unis) en tant que membre honorifique du Prix « Patrimoine immatériel de Sharjah ».
Côté recherche académique, Mina El Mghari est auteure de plusieurs ouvrages et publications scientifiques en arabe et en français, traitant de moult questions en rapport avec le patrimoine du Maroc et de la ville d’Essaouira en particulier « la présence juive à Mogador/Essaouira 1760-1873 » (2016), « Mogador/Essaouira :un site et des patrimoines » (2016), « Médina d’Essaouira » en 2009, »Chronique sur l’universalité d’Essaouira »(2008), « Mogador-Essaouira et archéologie monumentale » (2007), « Essaouira-monuments » en arabe (2002), et « De Mogador à Essaouira : aperçu historique » (2000).
Approchée par la MAP, Mina El Mghari s’est arrêtée sur le projet de réhabilitation de la Médina d’Essaouira, une initiative fort « louable » qui mérite d’être soutenue, étant donné que son objectif est de remettre en l’état des monuments historiques d’une grande valeur patrimoniale, relevant que ce projet illustre la Haute sollicitude dont SM le Roi Mohammed VI ne cesse d’entourer la préservation du patrimoine matériel et immatériel du Maroc en général, et celui d’Essaouira en particulier.
Elle a insisté aussi sur l’impératif de veiller, dans le cadre de ce projet, au respect strict des matériaux de construction d’origine, notamment la pierre taillée (Al Manjur), et aux tracés des arcs sur les bâtisses, sachant que leurs différentes formes démontrent de manière claire les différentes étapes historiques de la ville.
« Le projet de réhabilitation de la Médina d’Essaouira doit servir de modèle à suivre car nous avons l’obligation de préserver jalousement tout un patrimoine universel de l’humanité, qui nous a été transmis par nos aïeux », a-t-elle conclu.
Auteur: Meriem IGASS
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