Le feuilleton autour du principal gisement de bauxite camerounais Minim Martap continue. Ce vendredi 11 septembre, A2MP Investments a apporté de nouvelles précisions face à Canyon Resources, qui recommande toujours à ses actionnaires de refuser son offre de rachat. Retour sur les enjeux de ce bras de fer pour le contrôle de ce qui devrait devenir la première mine de bauxite industrielle du Cameroun.
Un projet majeur freiné par un désaccord entre actionnaires
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Il y a encore quelques mois, la presse camerounaise présentait Minim Martap comme l’un des projets miniers les plus prometteurs du pays, avec une première exportation de bauxite annoncée pour cette année. Fin juillet, la plateforme minière panafricaine A2MP (détentrice de 55,56 % de Canyon) a toutefois créé la surprise en proposant d’acquérir le reste du capital au prix de 0,05 AUD par action dans le cadre d’une offre publique d’achat hors marché.
Tout part d’un désaccord sur la valeur du projet. Selon un rapport d’expert commandé par Canyon, l’offre d’A2MP sous-évaluerait le projet, notamment en négligeant des réserves de bauxite qui resteraient exploitables au-delà des vingt premières années. A2MP conteste ce calcul : le permis minier expire en 2044, et l’estimation de la part de Canyon dans le projet a elle-même beaucoup variée en quelques mois, passant d’environ 80 à 27 millions de dollars australiens.
En février 2026, l’expert indépendant évaluait la valeur de la participation de Canyon Resources dans le projet entre 45 et 115 millions de dollars australiens, avec 80 millions comme estimation la plus probable. Cette valeur n’est plus que de 27 millions six mois plus tard. Pour A2MP, cette variation illustre les limites d’une valorisation qu’elle juge particulièrement sensible aux hypothèses retenues.
Autre désaccord entre les deux parties : Canyon estime désormais la valeur du projet à 538 millions de dollars, contre 521 millions auparavant, soit une hausse de 17 millions. Pour A2MP, cette progression ne reflète toutefois pas une amélioration réelle du projet. Elle s’expliquerait principalement par la modification de la période prise en compte dans le calcul. À méthode comparable, cette valeur aurait au contraire diminué d’environ 33 millions de dollars.
Dans une communication rendue publique le 11 septembre, A2MP déclare que son offre de 0,05 dollar australien par action est définitive et ne sera pas revalorisée en l’absence d’une contre-offre concurrente. Le groupe Panafricain confirme dans le même temps que son offre ne sera pas prolongée au-delà du 21 septembre à 19h. A2MP indique enfin détenir désormais, avec ses associés, un intérêt de 56,63 % du capital de Canyon. Le groupe, déjà premier actionnaire de Canyon, rappelle son intention de continuer à jouer un rôle constructif dans l’avenir de la société, quelle que soit l’issue de l’offre.
Ce bras de fer dépasse toutefois la seule question financière. Pour le Cameroun, Minim Martap représente l’entrée du pays dans la production de bauxite, avec à la clé des milliers d’emplois et des revenus miniers importants attendus depuis plusieurs années. Chaque mois de blocage retarde cette perspective. Un actionnaire doté à la fois des moyens financiers et de l’expérience industrielle n’aurait-il pas plus de chances de le faire enfin décoller ?
A2MP, l’expertise d’un poid lourd panafricain
Présente dans neuf pays africains, la plateforme panafricaine A2MP associe à la fois l’extraction et la transformation locale de minéraux critiques comme l’or, la bauxite, le manganèse et le minerai de fer. La plateforme revendique un portefeuille d’une dizaine d’actifs miniers et quatre pôles de traitement. Ce modèle unique sur le continent a reçu le soutien de FEDA, bras d’investissement d’Afreximbank, qui a engagé 300 millions de dollars pour accélérer son déploiement, saluant un modèle capable de retenir davantage de valeur sur le continent.
Sur le terrain, A2MP revendique sa capacité à faire avancer rapidement des projets d’ampleur. En Sierra Leone, FG Gold, dont A2MP détient près de la moitié du capital, développe le projet aurifère de Baomahun, l’un des plus importants du continent avec 5,81 millions d’onces de ressources. La première mine d’or commerciale à grande échelle du pays doit créer jusqu’à 900 emplois directs et indirects et peser 10 % au PIB national. Au Gabon, Nouvelle Gabon Mining, une autre société du portefeuille, exploite deux mines de manganèse d’une capacité de 2 millions de tonnes par an.
Face à un projet qui accumule les retards, la question posée aux actionnaires de Canyon dépasse le seul prix proposé : elle touche aussi à la capacité de chaque partie à faire sortir le projet Minim Martap de terre. Pour le Cameroun, qui a besoin de partenaires fiables pour concrétiser ses projets miniers stratégiques, une résolution rapide du différend reste la condition pour transformer ce gisement en emplois et en revenus.
À la différence d’un actionnaire purement financier, A2MP peut mobiliser à la fois des capitaux internationaux, une expertise panafricaine éprouvée et des relais institutionnels solides, comme le montre le soutien d’Afreximbank.
Reste à confirmer si l’entreprise réussira à gagner cet ambitieux pari et convaincre la majorité des actionnaires de sa capacité à redresser ce projet clé pour l’avenir du Cameroun.
Auteur: Alfred EBONGUE
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.