Mohamed Aziza, Derrière le miroirMohamed Aziza, Derrière le miroir

Par Tahar Bekri – L’art de l’autobiographie est difficile, certes, mais Mohamed Aziza, réussit l’exploit de faire de ses Mémoires, à la lecture accessible et aérée, une narration intime, riche en événements personnels, collectifs, nationaux et internationaux Pour cela, il trace des parcours, dès son enfance, relate de nombreuses rencontres qui l’ont marqué, rappelle des souvenirs importants dans sa formation ou ses projets, évoque d’utiles moments d’échanges, rapporte des propos fondateurs. Tout ce qui a permis à cet itinéraire, si bien rempli et heureux, de s’épanoui.

Sindbad marin et terrien à la fois, voyageant d’une capitale à l’autre, d’une ville à l’autre ou s’y installant pour son travail, il déborde d’amour de la culture et de passion pour le dialogue. Insatiable intellectuel, toujours à l’affût de l’équilibre entre le Sud et le Nord, entre l’Orient et l’Occident, la relation Sud-Sud. Méditerranée, Afrique, Amérique, Europe, tout s’entremêle pour combler des lacunes, interroger les failles, marcher sur l’oubli. Universitaire, poète, narrateur, homme de radio, diplomate, haut fonctionnaire à l’UNESCO, organisateur d’événements culturels internationaux, les multiples cordes ne suffisent pas pour faire naviguer le bateau-culture vers tous ces ports aux apports divers, poésie, théâtre, image, littérature, art du spectacle, où  la culture arabo-musulmane doit prendre toute sa place, où se croisent les apports et les connaissances, les rappels comme pour dénoncer les faillles et les omissions volontaires ou involontaires. Tout en voulant les rapprochemens dans le besoin de vaincre l’ignorance.

Le monde est un brassage et Mohamed Aziza le saisit fortement, il s’emploie à casser les barrières, dans une ouverture réelle, historique, où la modernité est agissante pour un monde meilleur. Il faudrait un lexique pour réunir tous les noms cités, tous les lieux, tous les souvenirs féconds et intacts. Rares sont les contrariétés, les aveux difficiles. C’est un homme heureux, pacifique, à la passion d’une mobilité volontaire, loin du travail intellectuel solitaire. A-t-il tu certains aspects négatifs ou de mauvaises rencontres ? Le plus important est qu’on apprend beaucoup dans cet ouvrage écrit, non pas derrière le miroi, mais face à face avec la vie en mouvement permanent, d’un projet à l’autre, d’une idée à l’autre, avec le désir gourmand de mêler les centres d’intérêt !
Autobiographie et témoignage, apportent ici au lecteur de nombreuses informations fort utiles surtout pour la culture tunisienne, qui a tendance parfois, à briser les miroirs ou avoir une mémoire sélective. Aussi, cet ouvrage, est-il bienvenu, pour restituer certaines vérités, faire valoir des faits et si elle est faite surtout à l’étranger, elle n’a jamais rompu avec les origines. Mohamed Aziza / Chems Nadir a eu raison de s’atteler à cet art difficile, de se  raconter, de se souvenir. Son ouvrage apporte des éclairages et des réponses à des questions exigeantes. Mérite toute l’attention.

Mohamed Aziza, Derrière le miroir, Préface de Ahmed Ounaïes, Postface de Abdelaziz Kacem, Ed. La Maison du livre, Tunis, 2026. 232 p.

Tahar Bekri

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