Porté par une transformation progressive de son paysage commercial et par une montée en maturité de ses opérateurs, le Maroc attire de plus en plus l’attention des enseignes internationales. Entre dynamique structurelle, opportunités liées à la Coupe du Monde 2030 et défis de structuration encore à relever, le modèle de la franchise apparaît comme un accélérateur clé du développement économique. Explications de Mohamed El Fane, Président de la Fédération marocaine de la franchise.
Challenge : Le Maroc est-il en train de devenir un hub régional pour les franchises internationales ?
Mohamed El Fane : Le Maroc est aujourd’hui clairement en train de s’imposer comme un hub régional pour les franchises, et cela s’inscrit dans une trajectoire de long terme.
Depuis plus de trente ans, le pays a structuré son développement commercial autour de formats modernes : malls, retail parks, high streets organisées. Cette transformation a permis l’émergence d’un écosystème propice à la franchise.
Aujourd’hui, les opérateurs marocains disposent d’un véritable track record, avec une maîtrise des standards internationaux, de l’exploitation multisites et de la gestion de marques. Cette maturité explique pourquoi de plus en plus d’entrepreneurs choisissent naturellement le modèle de la franchise pour développer et structurer leurs concepts.
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On observe également une évolution importante : le commerce traditionnel commence à se transformer en réseaux structurés, avec une logique de standardisation, de marque et d’expérience client.
À l’échelle régionale, le Maroc bénéficie en plus d’atouts clés : stabilité, position géographique stratégique, accords de libre-échange et proximité avec l’Europe et l’Afrique.
Challenge : En quoi la Coupe du Monde 2030 constitue-t-elle un levier d’attractivité ?
M.E.F : La Coupe du Monde 2030 est un véritable catalyseur pour l’attractivité du Maroc.
D’abord, l’organisation d’un événement de cette envergure impose des standards internationaux élevés en matière de qualité de service, d’expérience client et d’infrastructures. Or, la franchise est par nature un modèle fondé sur la standardisation et la reproductibilité, ce qui en fait un levier naturel pour répondre à ces exigences.
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Ensuite, cet événement va accélérer massivement les investissements dans les infrastructures : stades, aéroports, gares, zones commerciales, hôtellerie et loisirs. Cela va générer une offre foncière et commerciale structurée, propice au développement des enseignes.
Concrètement, la Coupe du Monde va créer une forte dynamique dans plusieurs secteurs clés : le sport, la restauration, le prêt-à-porter, le bien-être, les services et la mobilité. Ces secteurs vont connaître une accélération naturelle, et c’est précisément là que les franchises auront un rôle central à jouer.
C’est donc une opportunité majeure pour les enseignes internationales de s’implanter et pour les acteurs locaux de se structurer.
Enfin, le consommateur marocain évolue rapidement vers des attentes en matière de qualité, de confiance et d’expérience, des éléments que la franchise apporte naturellement.
Challenge : Quelles sont aujourd’hui les principales attentes des franchises internationales ?
M.E.F : Les franchises internationales, mais aussi les fonds d’investissement qui les accompagnent, recherchent avant tout un environnement lisible, sécurisé et performant.
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Leurs attentes s’articulent autour de plusieurs axes : la mise en place d’un guichet unique regroupant les principaux acteurs, notamment les CRI, les Chambres de commerce et la Fédération, afin de simplifier et d’accélérer les démarches d’implantation ; un accès au financement plus fluide, adapté au modèle de la franchise ; un cadre juridique clair et sécurisant, aligné avec les standards internationaux ; des mécanismes d’arbitrage et de médiation crédibles ; une fiscalité stable, lisible et simplifiée ; une facilitation des procédures d’importation ; des conditions immobilières plus adaptées au marché ; enfin, une main-d’œuvre qualifiée, notamment en middle management.
Un point clé pour les fonds internationaux est également la capacité de scalabilité du marché. Ils recherchent des environnements où il est possible de déployer rapidement plusieurs unités, avec de la visibilité et de la fluidité opérationnelle.
Le Maroc dispose de nombreux atouts, mais doit encore optimiser ces éléments pour devenir une destination encore plus compétitive à l’échelle internationale.
Challenge : Quels sont les défis à relever pour structurer durablement l’écosystème de la franchise au Maroc ?
M.E.F : Le principal enjeu aujourd’hui est la structuration.
La franchise doit être considérée comme un véritable levier de développement économique et de création d’emplois.
Pour cela, plusieurs actions sont nécessaires : mettre en place un programme national dédié à la franchise ; développer des mécanismes de financement spécifiques ; renforcer la formation, notamment du middle management ; simplifier et rendre plus incitative la fiscalité ; créer un fonds d’investissement dédié à la franchise ; instaurer un cadre légal structuré, incluant notamment le DIP.
Un point critique aujourd’hui concerne les autorisations administratives, en particulier pour les franchises opérant dans le commerce.
Malgré les efforts de digitalisation, les délais d’obtention des autorisations, qu’il s’agisse d’autorisations de travaux, d’aménagement ou d’exploitation, restent beaucoup trop longs, allant de trois à douze mois.
Ces délais sont incompatibles avec les exigences de rapidité du modèle de la franchise et constituent un frein majeur pour les investisseurs.
Il est impératif de revoir ces processus en profondeur. Sur des secteurs comme le prêt-à-porter ou certains formats de retail, les délais devraient être ramenés à deux à trois semaines maximum, avec des procédures simplifiées et standardisées.
Auteur: Wafaa Mellouk
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