Alors que le G7 s’est achevé en France sur une série d’annonces majeures, allant du soutien à l’Ukraine à un accord sur l’intelligence artificielle en passant par la signature d’un accord de paix entre Washington et Téhéran, dans le même temps, Vladimir Poutine accueillait le 35e sommet de l’Asean, illustrant la montée en puissance de l’Asie du Sud-Est dans les équilibres géopolitiques mondiaux. Entre démonstration d’influence occidentale et repositionnement stratégique de la Russie, ces deux rendez-vous diplomatiques révèlent les recompositions à l’œuvre dans un ordre international de plus en plus fragmenter. Analyse.
Les projecteurs du mois de juin 2026 étaient braqués sur la côte normande pour le G7 et sur les berges de la mer de Chine pour le sommet de l’ASEAN. Deux théâtres diplomatiques, deux grammaires du pouvoir, deux visions du monde. Le texte qui nous sert de matrice – sec, factuel, presque clinique – énumère les annonces du G7 : soutien à l’Ukraine, accord sur l’intelligence artificielle, paix historique entre Washington et Téhéran. En parallèle, Poutine paré des habits de l’hôte à l’ASEAN, envoie un signal clair : la Russie n’est pas isolée, elle change simplement de théâtre.
Ce que ce communiqué ne dit pas, c’est la place qu’occupe le Maroc dans cette reconfiguration. Non pas comme un spectateur, mais comme un acteur silencieux dont la stratégie multidimensionnelle pourrait faire de ce double sommet un levier. Car le Maroc, depuis deux décennies, a bâti sa doctrine diplomatique sur un principe : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier occidental. Il a parié sur l’Afrique, investi massivement dans les infrastructures, les banques, les télécommunications, tout en cultivant un lien privilégié avec les États-Unis et l’Union européenne.
Le G7 normand : triomphe occidental….
Le G7 qui s’est achevé en France a produit son lot de déclarations tonitruantes. Sur l’Ukraine, d’abord, un soutien réaffirmé, avec des livraisons d’armes à long terme et un mécanisme de reconstruction adossé aux actifs russes gelés. Sur l’IA, ensuite, un cadre commun pour éviter une course-poursuite dérégulée, alors même que la Chine et les États-Unis s’affrontent en sous-main sur les semi-conducteurs. Enfin, et c’est peut-être le plus spectaculaire, un accord de paix entre Washington et Téhéran, signé en marge du sommet, qui vient brouiller les lignes traditionnelles du Moyen-Orient.
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Dans les détails, l’accord sur l’IA, lui, est une aubaine. Une aubaine, car le Maroc, avec sa jeunesse formée à la Tech et ses technopoles émergentes, pourrait devenir un hub africain pour l’IA, à condition de ne pas être satellisé par les géants américains ou chinois. Par ailleurs, il faut surtout notifier que, pendant que les sept grands débattaient en Normandie, Vladimir Poutine présidait à Sotchi – le texte ne précise pas – le 35e sommet de l’ASEAN. Ce contraste est saisissant : d’un côté, l’Occident qui serre les rangs autour de l’Ukraine, de l’autre, la Russie qui cultive ses jardins asiatiques. L’ASEAN, dix pays représentant 600 millions d’habitants et une croissance économique soutenue, est devenue un acteur incontournable.
« Poutine, en accueillant ce sommet, ne fait pas seulement acte de courtoisie ; il affirme que la Russie n’est pas une puissance en déclin, mais une puissance eurasiatique qui regarde vers l’est », nous confie une de nos sources en relation internationale. Cette montée en puissance de l’Asie du Sud-Est, le Maroc l’observe avec une attention particulière. Car le Royaume, depuis plusieurs années, a fait de l’Asie un de ses axes prioritaires : il a renforcé ses liens avec la Chine, rejoint la Ceinture et la Route, signé des accords avec le Japon et la Corée du Sud, et même rétabli des relations avec l’Inde. Mais l’ASEAN, en tant que bloc, reste encore un territoire partiellement inexploré. Le sommet de Poutine est une piqûre de rappel : l’ASEAN est une plateforme politique et économique de premier plan.
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Mais le véritable enseignement est ailleurs. En voyant Poutine accueillir l’ASEAN, on réalise que la Russie, en dépit des sanctions, en dépit de l’isolement relatif, parvient à rester un acteur central dans un ordre mondial fragmenté. Elle ne cherche pas à concurrencer l’Occident sur son terrain ; elle crée son propre terrain.
La fragmentation comme opportunité
La fragmentation de l’ordre international, souvent perçue comme une menace, est pour le Maroc une opportunité. Parce que dans un monde bipolarisé ou unipolaire, les marges de manœuvre se réduisent. Le Maroc, par sa position géographique, est à la croisée des chemins. Il est africain, arabe, méditerranéen, atlantique. Cette pluralité lui permet de dialoguer avec tous. Il a des accords de libre-échange avec les États-Unis, un statut avancé avec l’Union européenne, des partenariats stratégiques avec la Chine et la Russie, et une influence croissante en Afrique de l’Ouest. Dans un monde fragmenté, où les grands blocs se font concurrence, le Maroc peut jouer la carte de l’intermédiaire, du facilitateur, du hub. La fragmentation, c’est aussi la fin de la diplomatie de salon. Les sommets se multiplient, les initiatives se chevauchent, les alliances sont fluctuantes. Dans ce brouillard, le Maroc a un atout : une diplomatie proactive.
L’ASEAN et la nouvelle géographie économique
Le sommet de l’ASEAN accueilli par Poutine n’est pas qu’une affaire politique ; c’est aussi une affirmation économique. L’ASEAN, avec son PIB cumulé de plus de 3 000 milliards de dollars, est une locomotive. Ses échanges avec l’Afrique restent modestes, mais ils progressent. Le Maroc, qui a signé un accord de libre-échange avec les États-Unis et qui négocie avec l’Union européenne, pourrait être une porte d’entrée pour les produits asiatiques en Afrique du Nord. Mais l’ASEAN, c’est aussi une concurrence : la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande produisent des biens à bas coût qui pourraient inonder les marchés africains.
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Le Maroc doit donc se positionner comme un partenaire de complémentarité, pas de substitution. Il peut offrir des phosphates, des engrais, des produits agroalimentaires de qualité, et en retour importer des composants électroniques ou des machines-outils. La clé est de créer des chaînes de valeur intégrée. Poutine, en accueillant l’ASEAN, montre que la Russie est prête à financer des infrastructures en Asie du Sud-Est, en échange de débouchés pour ses hydrocarbures. « Le Maroc, lui, pourrait proposer un corridor atlantique pour les marchandises asiatiques à destination de l’Amérique latine, via ses ports de Tanger Med et Dakhla. L’idée est séduisante, mais elle nécessite des investissements massifs », explique notre source.
Auteur: Ismail Saraoui
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