La réduction des commissions sur les paiements par carte marque un tournant pour l’écosystème monétique marocain. Au-delà de l’allègement des coûts pour les commerçants, cette réforme pourrait accélérer la digitalisation des paiements et redessiner les modèles économiques des banques, des fintechs et des acquéreurs. Pour Mohamed Rziguen, Directeur Général Adjoint de NAPS, cette mesure constitue un véritable catalyseur, mais son succès dépendra de la capacité des acteurs à construire un écosystème numérique complet, fondé sur l’innovation, l’expérience utilisateur et la confiance.
Longtemps considéré comme l’un des principaux freins au développement du paiement électronique au Maroc, le niveau des commissions appliquées aux transactions par carte est appelé à diminuer. Une évolution très attendue par les commerçants, notamment les plus petits, qui pourrait accélérer l’adoption des paiements dématérialisés dans un pays où le cash reste largement dominant.
Pour autant, cette réforme ne constitue pas une solution miracle. Elle ouvre plutôt un nouveau cycle de transformation pour l’ensemble de la chaîne de valeur des paiements, estime Mohamed Rziguen, Directeur Général Adjoint de NAPS. Selon lui, la baisse des commissions représente avant tout « une avancée importante et un signal positif pour l’ensemble de l’écosystème des paiements électroniques ».
Il considère que cette mesure contribuera à rendre l’acceptation des paiements par carte plus attractive, en particulier auprès des petits commerçants, tout en favorisant une diffusion plus large des solutions de paiement digital.
Le coût n’est plus le seul frein
Pour Mohamed Rziguen, réduire les commissions est une condition nécessaire, mais certainement pas suffisante. La véritable accélération des paiements électroniques dépend d’un ensemble de facteurs qui dépassent largement la dimension tarifaire. « La digitalisation des paiements ne dépend pas uniquement du niveau des commissions. Elle repose également sur la sensibilisation des commerçants et des consommateurs, la simplicité des solutions proposées, la confiance dans les moyens de paiement, ainsi que le développement de services à valeur ajoutée autour du paiement digital », explique-t-il.
À ses yeux, cette réforme doit être envisagée comme un catalyseur d’une transformation plus profonde. Si elle s’accompagne d’efforts en matière d’innovation, d’éducation financière et de digitalisation des commerces, le Maroc dispose aujourd’hui d’une opportunité unique pour accélérer durablement sa transition vers une économie moins dépendante des espèces. Contrairement à certaines analyses qui anticipent une redistribution des cartes entre banques, acquéreurs et fintechs, Mohamed Rziguen adopte une lecture plus globale de cette évolution. Selon lui, l’objectif n’est pas de déplacer la valeur d’un acteur à un autre, mais d’élargir le marché en augmentant significativement le nombre de transactions électroniques.
« Le véritable enjeu est d’élargir le marché en accélérant l’adoption des paiements électroniques, notamment auprès des petits commerçants et des nouveaux secteurs d’activité », souligne-t-il. Dans cette nouvelle configuration, chaque catégorie d’acteurs conservera un rôle spécifique. Les banques continueront d’assurer leur fonction structurante, les acquéreurs renforceront leur proximité avec les commerçants, tandis que les fintechs apporteront leur capacité d’innovation et leur agilité technologique.
Pour le DGA de NAPS, l’avenir du paiement digital repose davantage sur la complémentarité que sur la concurrence. En conjuguant leurs expertises, banques, fintechs et opérateurs spécialisés pourront développer des solutions plus accessibles, mieux intégrées et davantage adaptées aux besoins des entreprises comme des particuliers.
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Le défi dépasse largement le simple terminal de paiement
La baisse des commissions devrait naturellement encourager davantage de commerçants à s’équiper en terminaux de paiement électronique (TPE). Mais là encore, Mohamed Rziguen invite à dépasser une approche purement matérielle. « L’équipement en TPE ne constitue qu’une première étape. L’objectif n’est plus seulement d’équiper les commerçants, mais de les accompagner dans leur transformation digitale », insiste-t-il.
Selon lui, le marché évolue désormais vers une diversité de solutions capables de répondre aux besoins spécifiques de chaque activité : SoftPOS sur smartphone, paiement par QR Code, paiement par lien, paiement fractionné ou encore intégration directe aux logiciels de caisse. Cette diversification constitue un changement de paradigme. Le paiement électronique n’est plus un simple moyen d’encaisser une transaction ; il devient un outil de gestion, de fidélisation et d’amélioration de l’expérience client.
Les banques face à un nouveau modèle économique
Cette évolution oblige également les établissements bancaires à revoir leur positionnement. Pour Mohamed Rziguen, la création de valeur ne reposera plus principalement sur les commissions perçues lors des transactions, mais sur la richesse des services proposés autour du paiement. « L’avenir ne repose plus uniquement sur la commission de paiement, mais sur la capacité à proposer une expérience complète autour du parcours client, de la donnée et des services financiers associés », affirme-t-il.
Les banques devront ainsi accélérer le développement de plateformes digitales, de solutions omnicanales, de services de monétique intégrée et d’offres adaptées aux besoins spécifiques des entreprises. Cette évolution devrait également favoriser l’émergence de nouveaux partenariats entre établissements bancaires, fintechs et opérateurs technologiques, dans une logique de coopération plutôt que de confrontation.
Pour que cette réforme produise pleinement ses effets, plusieurs chantiers restent toutefois à mener. Mohamed Rziguen plaide notamment pour un renforcement des campagnes nationales de sensibilisation, une accélération de la digitalisation des administrations et des services publics, une généralisation des paiements électroniques dans les transports, la santé, l’éducation ou encore les collectivités territoriales.
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Il insiste également sur la nécessité d’accompagner les commerçants avec des outils de gestion et de reporting performants, tout en poursuivant les investissements en cybersécurité afin de renforcer la confiance des utilisateurs. Au fond, estime-t-il, le véritable enjeu dépasse désormais le paiement lui-même. « Il s’agit de construire un véritable écosystème numérique où le paiement devient un levier de modernisation de l’économie, d’inclusion financière et de compétitivité des entreprises marocaines », conclut le Directeur Général Adjoint de NAPS.
Dans cette perspective, la baisse des commissions apparaît moins comme une finalité que comme le point de départ d’une nouvelle phase de développement. Une phase où l’innovation, la qualité de l’expérience utilisateur, l’exploitation intelligente de la donnée et les services à valeur ajoutée pourraient devenir les véritables moteurs de la transformation des paiements au Maroc.

3 questions à Mohamed Rziguen,Directeur Général Adjoint de NAPS
Challenge : La baisse des commissions sur les paiements par carte est présentée comme un levier pour accélérer la digitalisation des paiements. Peut-elle réellement changer les habitudes des commerçants et des consommateurs, ou d’autres freins restent-ils plus déterminants ?
Mohamed Rziguen : La baisse des commissions constitue une avancée importante et un signal positif pour l’ensemble de l’écosystème des paiements électroniques. Elle contribuera à rendre l’acceptation des paiements par carte plus attractive, notamment pour les petits commerçants, et favorisera une adoption plus large des solutions de paiement digital.
Toutefois, la digitalisation des paiements ne dépend pas uniquement du niveau des commissions. Elle repose également sur plusieurs facteurs clés : la sensibilisation des commerçants et des consommateurs, la simplicité des solutions proposées, la confiance dans les moyens de paiement, ainsi que le développement de services à valeur ajoutée autour du paiement digital.
Je considère donc cette réforme comme un véritable catalyseur. En l’accompagnant d’initiatives en matière d’innovation, d’éducation financière et de transformation digitale des commerces, le Maroc dispose aujourd’hui d’une excellente opportunité pour accélérer durablement la transition vers une économie moins dépendante du cash.
Challenge :La réduction des commissions est-elle susceptible d’accélérer l’équipement des petits commerçants en terminaux de paiement électronique et de favoriser le recul du cash dans l’économie marocaine ?
M.R. : Oui, cette mesure peut avoir un effet positif, notamment auprès des petits commerçants qui hésitaient encore à accepter les paiements électroniques pour des raisons économiques.
Mais l’équipement en TPE ne constitue qu’une première étape.
Pour accélérer véritablement le recul du cash, il faudra proposer des solutions adaptées à chaque profil de commerçant : TPE classiques, SoftPOS sur smartphone, QR Code, paiement par lien, paiement fractionné ou encore paiement intégré aux logiciels de caisse.
L’objectif n’est plus seulement d’équiper les commerçants, mais de les accompagner dans leur transformation digitale.
Challenge :Au-delà de la baisse des commissions, quelles autres réformes ou initiatives vous paraissent indispensables pour faire du paiement électronique un mode de règlement largement adopté au Maroc ?
M.R. : La baisse des commissions constitue un signal positif, mais plusieurs leviers complémentaires devront être activés :
• Renforcer les campagnes nationales de sensibilisation auprès des commerçants et des consommateurs ;
• Accélérer la digitalisation des administrations publiques et des services de proximité ;
• Encourager les paiements électroniques dans les transports, les établissements de santé, l’éducation et les collectivités locales ;
• Accompagner les commerçants avec des outils de gestion, de reporting et de rapprochement automatique ;
• Poursuivre les efforts de cybersécurité et de protection contre la fraude afin de renforcer la confiance.
L’enjeu dépasse aujourd’hui le simple paiement. Il s’agit de construire un véritable écosystème numérique où le paiement devient un levier de modernisation de l’économie, d’inclusion financière et de compétitivité des entreprises marocaines.
Le Maroc dispose aujourd’hui de tous les atouts pour réussir sa transition vers une économie davantage digitalisée. La baisse des commissions constitue une étape importante, mais le véritable défi consiste désormais à créer un écosystème complet où les solutions de paiement s’intègrent naturellement dans les parcours des citoyens, des commerçants et des entreprises. La prochaine phase de développement reposera sur l’innovation, l’expérience utilisateur, la confiance et la création de nouveaux services à valeur ajoutée autour du paiement digital.
Auteur: Wafaa Mellouk
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