Tebboune bouge sur le Sahara marocainTebboune bouge sur le Sahara marocain

Attitude conciliante
Aujourd’hui Abdelmajid Tebboune crée la surprise, presque une rupture, en adoptant un ton de réconciliation et en montrant un soutien à une résolution onusienne qu’acte le Plan d’autonomie comme une unique solution à la crise saharienne, reconnaissant par là la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

C’est suffisamment rare et inédit pour ne pas le signaler. Depuis qu’il est au pouvoir, le président algérien Abdelmajid Tebboune n’a raté aucune occasion politique ou sortie médiatique pour montrer le soutien de son pays à la cause séparatiste du Polisario. Il en a même fait un grand et distinctif marqueur de sa manière de gouverner. Même quand il lui arrivait de ne pas évoquer le Sahara marocain, cela constituait pour beaucoup une importante information à décrypter, un silence à analyser… peut-être porteur d’un changement de posture à venir.
Aujourd’hui Abdelmajid Tebboune crée la surprise, presque une rupture, en adoptant un ton de réconciliation et en montrant un soutien à une résolution onusienne qu’acte le Plan d’autonomie comme une unique solution à la crise saharienne, reconnaissant par là la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
Et brusquement la galaxie Maghreb est saisie d’un choc d’interrogations. Que se passe-t-il au sommet du régime algérien pour que son président puisse adopter une attitude étrangement conciliante face à une crise que son pays a passé cinq décennies à jeter l’huile sur la braise ?
Deux explications logiques paraissent s’imposer. La première est que ce régime algérien a fini par prendre conscience qu’il ne peut continuer à lutter avec des moulins à vent contre une implacable dynamique internationale incarnée récemment par le vote de la résolution 2797 qui reconnaît le Plan d’autonomie comme unique solution à cette crise régionale.
La seconde est sans doute à attribuer à l’invisible pression américaine sur les choix politiques du régime algérien. Les visites officielles des responsables politiques et miliaires américains à Alger avaient toutes une seule ligne directrice : convaincre le régime algérien de s’adapter à la nouvelle donne internationale sur le Sahara marocain. Au début de ce processus, Alger avait tenté de faire croire qu’il n’était pas concerné par cette dynamique sur le Sahara étant convaincu que l’Algérie n’était pas partie prenante à ce conflit. Mais cette posture était intenable. Continuer à observer une position autistique sur le Sahara allait déclencher un processus de sanctions et d’isolement autour d’un régime de plus en plus honni par la communauté internationale.
Pour tenter de convaincre le régime algérien d’opérer les changements indispensables, l’administration américaine n’a pas hésité à faire brandir la menace de qualifier le Polisario comme une organisation terroriste. Cette menace n’est pas dans l’air et chaque jour le Congrès américain évolue vers cette qualification.
Pour Alger comme pour Washington ou Bruxelles, le Polisario avec le label «d’organisation terroriste» fera automatiquement du régime algérien un pays parrain du terrorisme et obligera l’ensemble des acteurs de la communauté internationale à revoir leurs relations avec Alger.
Sans doute pris en panique de devoir subir cet isolement, Alger a décidé de se soumettre à la volonté internationale. D’où ce changement de ton. D’où cette posture conciliatrice avec les résolutions des Nations Unies sur le Sahara.
Si le changement de position d’Alger se confirme, il doit se traduire sur au moins trois niveaux. Le premier est d’accepter et d’assumer publiquement son rôle de partie prenante et de participer activement et positivement aux tables rondes préconisées par les Nations Unies. Le second est de travailler sérieusement à désarmer les milices du Polisario et de trouver une solution sécuritaire à leur présence sur le territoire algérien. Le troisième est de commencer à démanteler les camps des réfugiés de Tindouf qui se sont transformés au fil de cinq décennies en prison à ciel ouvert.
Ces trois missions seront scrutées avec beaucoup d’attention par les Nations Unies et l’administration américaine. De la deligence algérienne à les exécuter avec toute la bonne foi nécessaire dépend le comportement de la communauté internationale à l’égard du régime algérien.
Il est vrai que le président Tebboune n’est pas allé jusqu’à proclamer la reconnaissance algérienne de la marocanité du Sahara, mais il vient d’entamer un processus qui logiquement devrait aboutir à cette finalité. Le tout est de savoir quel rythme et quelle vitesse cette mue va prendre. Une précipitation réaliste ou une lenteur opportune. Mais une chose est sûre. Le régime algérien est en train de bouger les lignes de sa perception sur le Sahara. Et cela en soi est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la région.

Auteur: Mustapha Tossa
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