Huit ans après, le bout du tunnel s’annonce même si beaucoup reste encore à faire pour matérialiser cette annonce de campagne de 2011 du chef de l’Etat camerounais.

Lors de son discours de campagne à la présidentielle de 2011, Paul Biya avait annoncé la construction d’un réseau de tramway urbain de 18 km à Douala. Plus tard le Document de stratégie pour la Croissance et l’emploi (DSCE) a également prévu la construction d’un autre à Yaoundé. Les montants des projets n’avaient cependant pas été dévoilés.

Ces infrastructures sont censées favoriser le déplacement de 14 millions de personnes par jour, dans un contexte où l’offre de transport urbain est inadéquate et artisanale. En 2020, les 14 communautés urbaines de Yaoundé par exemple abriteront quelque 9 millions 500 mille habitants. L’objectif aujourd’hui est de trouver une alternative crédible et durable à l’offre actuelle de transport urbain, et de faire évoluer la répartition modale des déplacements en faveur des transports collectifs de masse. Le projet qui cible Yaoundé et Douala vise six objectifs : l’accélération du développement d’une mobilité urbaine soutenable et sobre en carbone pour les passagers et les marchandises grâce à une meilleure planification ; développer un réseau de transport multimodal efficace et performant de la compétitivité économique et la qualité de vie dans les villes en transformant la mobilité urbaine ; et l’amélioration des réseaux de transports pour réduire l’impact du changement climatique, la pauvreté et les inégalités sociales. Si le Cameroun réussit à réaliser ce projet, il sera le huitième pays africain à disposer de ce nouveau moyen de transport moderne, après l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Sénégal, l’Afrique du sud, l’Ethiopie et le Nigeria. D’après les données de l’AFD, le secteur du transport a produit 6,7 gigatonnes de CO2 en 2010, ce qui constitue environ 23% du total des émissions mondiales liées à la production et à la consommation d’énergie. Entre 2000 et 2050, les émissions du secteur du transport augmenteront de 140%, dont une large part (90%) viendra des pays en développement, projette l’AFD.

Retour des casses et des déguerpissements

Sauf que d’après des experts, l’idée d’une ligne urbaine à Yaoundé ou Douala pourrait causer d’autres problèmes sociaux, techniques et économiques. «Je pense que cela va être extrêmement difficile. Compte tenu du retard que nous avons pris», regrette Yimgaing Moyo, urbaniste. D’après lui, pour redonner de la place au train dans la ville, on sera obligé de revenir aux « casses », aux délocalisations, et surtout, aux problèmes d’indemnisations, qui font aujourd’hui l’objet de toutes les critiques, notamment de la part de la Commission nationale anti-corruption. L’autre grief que soulève les urbanistes c’est l’adaptabilité. D’après Yimgaing Moyo, les exemples des autres villes déjà engagées dans les projets de tramway montrent un état quasi désert des centres urbains. Ce qui, pour lui, est synonyme d’une isolation des populations. «Si je prends l’exemple de la ville de Marrakech, où ont été implémentées des solutions de transport, il n’y a plus de populations en milieu urbain», cite-t-il.

Les travaux de construction du Tramway à Douala devraient démarrer au cours du premier semestre 2019. Comme l’a annoncé l’intégrateur bego-turc Iristone/ILCI, concessionnaire de cette infrastructure. Les travaux sont prévus pour une durée de trois ans. Ils portent sur la construction d’une ligne pilote d’un linéaire de 18 km dans la capitale économique. Les deux concessionnaires envisagent la mise en service partielle en 2021. Le tramway disposera d’une centrale électrique autonome installée dans la zone industrielle de Bonabéri. Cette centrale électrique sera dotée d’une puissance au-delà des besoins d’exploitation du Tramway, affirme IRISTONE/ILCI. À ce jour, les études d’insertion de la ligne, la solution énergétique autonome et les plans de financement éligibles aux fonds internationaux ont été réalisés et approuvés par les parties. Pour rappel, c’est en juillet 2016 que le protocole d’entente est signé entre le Cameroun et le groupe belgo-turc IRISTONE et ILCI. Le protocole d’entente portait sur la réalisation des études, le financement et la construction de la ligne de 18 km dans la ville de Douala.