Tunisie : la croissance à la recherche d’un nouveau moteurTunisie : la croissance à la recherche d’un nouveau moteur
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Le débat économique tunisien a accordé pendant des années à la politique monétaire une place presque centrale dans la recherche de la stabilité.

Face aux tensions inflationnistes, aux déséquilibres extérieurs et aux fragilités financières, la Banque Centrale de Tunisie est progressivement devenue l’un des principaux piliers de la gestion macroéconomique du pays.

Néanmoins et à mesure que s’accumulent les défis liés à la croissance, à l’investissement et à l’emploi, un fait crucial s’impose avec davantage de force. On évoque, à ce titre, que la stabilité monétaire, aussi indispensable soit-elle, ne suffit plus à elle seule à remettre solidement l’économie tunisienne sur une trajectoire de développement soutenu.

Une économie qui résiste aux recettes traditionnelles

La Tunisie traverse une période où les indicateurs monétaires et le contexte économique semblent évoluer sur des trajectoires différentes. Certes, l’inflation a amorcé un ralentissement après avoir dépassé 10% en 2023, mais cette amélioration reste insuffisante pour restaurer pleinement le pouvoir d’achat des ménages ou relancer l’investissement privé.

Parallèlement, la croissance demeure faible. Selon les estimations des institutions internationales, le rythme d’expansion de l’économie tunisienne est largement inférieur au niveau nécessaire pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. Le chômage des diplômés continue d’atteindre des niveaux particulièrement élevés, tandis que l’investissement peine à retrouver les proportions observées avant 2011.

Cette situation met en évidence une réalité souvent occultée qui est celle où la politique monétaire peut influencer les conditions financières, mais elle ne peut pas résoudre les blocages structurels qui limitent la capacité productive du pays.

Le véritable défi se situe hors des banques centrales

La transformation de l’économie tunisienne dépend aujourd’hui d’un ensemble de facteurs qui dépassent largement le champ d’action de la Banque Centrale de Tunisie.

La compétitivité des entreprises est considérée comme étant largement affectée par des coûts logistiques élevés. Les infrastructures nécessitent des investissements importants. Les procédures administratives continuent de peser sur l’initiative privée. Les gains de productivité restent modestes dans plusieurs secteurs stratégiques. À cela s’ajoutent les défis liés à la transition énergétique, à la digitalisation et à l’intégration dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales. Même le meilleur pilotage monétaire ne peut répondre seul à ces enjeux.

Cette réalité est d’ailleurs désormais reconnue dans de nombreuses économies avancées. Après avoir accordé un rôle quasi exclusif aux banques centrales pendant plusieurs décennies, les gouvernements redécouvrent l’importance des politiques industrielles, de l’investissement public et des stratégies nationales de compétitivité.

Le risque d’une croissance durablement insuffisante

Le principal danger pour la Tunisie n’est plus seulement l’inflation. Il réside également dans le risque d’une croissance trop faible pour répondre aux aspirations économiques et sociales du pays.

Les données illustrent cette préoccupation. L’investissement représente aujourd’hui une part du PIB nettement inférieure aux niveaux observés dans plusieurs économies émergentes performantes. En même temps, la dette publique demeure élevée, limitant les marges de manœuvre budgétaires. Quant au déficit commercial, il continue de refléter une dépendance importante à l’égard des importations énergétiques et des produits à faible valeur ajoutée.

Dans ces conditions, la stabilité monétaire apparaît davantage comme une condition nécessaire que comme une solution suffisante. La véritable bataille se joue désormais sur le terrain de la création de richesse, de l’innovation, de l’exportation et de la montée en gamme de l’appareil productif.

Le débat qui traverse actuellement les grandes économies mondiales trouve un écho particulier en Tunisie. Partout, les décideurs s’interrogent sur les limites d’un modèle qui a longtemps accordé une confiance presque absolue aux mécanismes monétaires.

Les crises successives ont montré que la maîtrise de l’inflation n’empêche ni les chocs financiers, ni les tensions sociales, ni les ralentissements prolongés de l’activité. Elles ont aussi démontré que les performances économiques dépendent autant de la qualité des institutions, de l’investissement dans le capital humain et de la capacité d’innovation que du niveau des taux d’intérêt.

Pour la Tunisie, cette évolution intellectuelle ouvre un chantier majeur. L’enjeu est de préserver les équilibres macroéconomiques, d’une part et de construire un modèle capable de générer durablement de la valeur, de l’emploi qualifié et des gains de productivité, d’autre part.

Le moment d’un nouveau contrat économique

La remise en question des certitudes monétaires mondiales offre finalement une leçon essentielle à la Tunisie. En effet, aucune banque centrale, aussi crédible soit-elle, ne peut remplacer une stratégie de développement.

La stabilité des prix est indispensable. La solidité du système financier reste une priorité. Mais les leviers décisifs de la prospérité se trouvent ailleurs notamment dans l’investissement, la modernisation de l’État, l’innovation, la qualité de l’éducation, l’attractivité du territoire et la confiance des acteurs économiques.

Alors que les banques centrales du monde entier découvrent les limites de leur pouvoir, la Tunisie est confrontée à une évidence de plus en plus difficile à ignorer : le défi n’est plus seulement monétaire. Il est avant tout productif, institutionnel et stratégique.

C’est précisément sur ce terrain que se jouera la prochaine phase de son développement économique.

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Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
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