Homicide
Nous sommes mardi 28 avril. En fin d’après-midi, la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida rend son verdict. Ce jeune homme, poursuivi pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, est condamné à dix ans de réclusion criminelle.
Tout a commencé, il y a quelques mois, par une banale rencontre sur le bitume de la région de Sidi Moussa, à El Jadida. C’était le soir lorsque deux amis circulaient tranquillement à moto lorsqu’un camion Honda a surgi en sens inverse, lancé à vive allure, indifférent à l’espace qu’il volait aux autres usagers. Le choc a été inévitable : les deux jeunes hommes sont tombés lourdement sur la chaussée. La douleur physique s’est muée aussitôt en colère. Des insultes ont fusé des deux côtés. Mais le conducteur, accompagné d’une jeune femme, n’a manifestement eu aucune intention de présenter des excuses. Il a remis son véhicule en marche et s’est éloigné en direction du boulevard Gibran Khalil Gibran comme si de rien n’était. C’en était trop pour les deux jeunes. Ils ont enfourché leur moto et l’ont suivi. La dispute a repris de plus belle. La provocation aussi. En effet, le conducteur a tenté de percuter les deux jeunes gens avec l’arrière de son véhicule. Ils ont évité le choc de justesse. C’est alors que l’un des deux jeunes s’est approché de la portière et a tenté d’en extraire le conducteur. La réponse a été immédiate. Une lame de couteau braquée dans sa direction. Face au métal froid, il a saisi ce que ses mains ont trouvé, une pierre, et l’a lancée. Le conducteur est touché en pleine tête. Aucun signe alarmant ne s’est manifesté sur le moment. Le blessé est reparti avec sa compagne vers le quartier Al Boustane, comme si l’incident allait se dissoudre dans la nuit. Mais le corps, lui, n’a pas menti. Quelques heures plus tard, l’état du conducteur s’est dégradé brutalement. Le coma s’est installé, et la mort a suivi. L’autopsie a été sans appel : fracture du crâne, hémorragie cérébrale. La pierre lancée dans un moment de panique a ôté la vie à un homme. L’enquête s’est ouverte dans la foulée. Deux jeunes hommes ont d’abord été arrêtés, puis innocentés. Les investigations ont continué jusqu’à mener au véritable auteur des faits. Tout au long de la procédure, le jeune homme a maintenu sa version avec une constance remarquable. Il n’a pas cherché à effacer les faits, mais à les replacer dans leur contexte : la chute, la peur, le couteau et la pierre lancée dans l’urgence d’un réflexe de survie.
Sa défense a plaidé avec conviction. Casier vierge, situation sociale difficile, absence d’intention d’homicide, circonstances proches de la légitime défense. Tous les arguments ont été déployés pour pencher la balance vers la clémence. Mais la jeune femme qui accompagnait le défunt ce soir-là a donné à la Cour sa version des faits. Après avoir prêté serment, elle a décrit la scène avec une clarté qui n’a laissé guère de place au doute. Ce témoignage, conjugué aux conclusions médico-légales, a construit une conviction qui a permis à la Cour de prendre sa décision, lors des délibérations, faisant état que le mis en cause est coupable.
Auteur: Abderrafii ALOUMLIKI
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