Avec Aïd el-Fitr (la fête marquant la fin du ramadan), Aïd el-Adha est l’une des deux fêtes rituelles en islam. Littéralement, l’appellation signifie « la fête du sacrifice ». Dans le monde musulman, elle est également dénommée différemment d’une région à une autre : « Aïd el-Kebir » au Maghreb, « Tabaski » en Afrique de l’Ouest, etc.

La fête coïncide toujours avec la fin du pèlerinage à la Mecque, qui constitue le cinquième pilier de l’islam. Mais elle célèbre surtout un épisode capital de la vie des prophètes Abraham et de son fils Ismaël. Comme les juifs et les chrétiens, les musulmans considèrent Abraham comme le patriarche des prophètes bibliques. Quant à son fils aîné, Ismaël, la tradition musulmane en fait l’ancêtre direct du prophète de l’islam, Mohamed.

Le récit coranique de l’épisode en question est à la fois simple et fabuleux : Dieu éprouve un père (Abraham) en lui commandant d’immoler son fils unique (Ismaël). En bons serviteurs croyants, le père et son fils se soumettent à l’ordre divin. Heureusement, au moment où l’acte fatidique allait être posé, Dieu rançonne le fils par une immolation généreuse, un bélier qui sera sacrifié à la place du jeune.

L’aspect spirituel

Les musulmans célèbrent en fait les valeurs que manifeste le précédent court récit. C’est-à-dire la foi inébranlable de deux croyants exemplaires en un Dieu foncièrement bon et miséricordieux. Certes, un Dieu qui éprouve Ses serviteurs. Mais un Dieu qui ne les abandonne pas pour autant à leur sort. Au cœur de l’épreuve, Sa Générosité et Son Amour s’expriment admirablement dans la protection qu’Il leur procure et les bienfaits dont Il les comble.

Faire confiance à Dieu. Toujours. C’est là la grande leçon de Aïd el-Adha.

L’aspect cultuel et culturel 

Dans la mesure du possible, les parents musulmans préparent généralement cette fête en faisant l’acquisition d’un mouton qui soit digne de l’offrande destinée à Dieu. De plus, ils cuisinent ou achètent des gâteaux traditionnels qu’ils servent avec du café et des rafraîchissements tout au long des trois journées que dure la fête. Ils magasinent aussi de nouveaux habits à tous les membres de la famille, mais prioritairement aux enfants. Il est aussi de coutume de leur mettre du henné la veille des célébrations. 

Le jour même du Aïd, la fête commence par une prière particulière exécutée dans les mosquées et précédée par un prêche rituel. En général, les imams profitent de ce prêche pour rappeler l’importance de cette célébration tout en encourageant les fidèles à mettre de l’avant la valeur cardinale du pardon dans leur vie.

Puis, dès la fin de la prière, les hommes se dirigent vers les lieux où l’immolation des bêtes est organisée, c’est-à-dire, ici au Québec et pour la majorité des familles, dans les fermes et, pour une minorité d’entre eux, au sein même de leurs résidences familiales. Bien évidemment, dans les deux cas, l’opération se déroule dans le respect de la législation en vigueur.

Le sacrifice de la bête doit lui aussi se faire selon un rituel très précis. À savoir qu’elle doit être dirigée vers La Mecque et égorger de manière à lui éviter toute souffrance indue. Enfin, la personne qui pose cet acte est invitée à le faire au nom de Dieu en répétant une formule prescrite par les sources scripturaires de la religion. 

L’aspect social

Aïd el-Adha est une occasion formidable pour renforcer les liens de parenté et les relations amicales. Après la prière et le temps consacré à l’immolation, les familles se regroupent autour de cafés accompagnés des gâteaux préparés. Puis, aux heures du repas, les amateurs de bonne chaire se régalent de différents mets cuisinés avec la viande des bêtes immolées. Néanmoins, seul le tiers de cette viande est destiné à la consommation familiale. Car, du point de vue religieux et pour que le sacrifice soit agréé par Dieu, il est obligatoire d’offrir un autre tiers aux amis de la famille et de réserver le dernier tiers aux pauvres.

C’est donc là aussi une des grandes visées de cette fête : honorer les liens familiaux et le devoir de la solidarité sociale.

L’aspect économique

Selon MarkEthnik, une boite de marketing spécialisée dans les marchés des communautés ethniques et notamment musulmanes, environ 40% des ménages sacrifient une bête à l’occasion du Aïd. Ainsi, en 2014, les spécialistes de cette boite estimaient ce marché à au moins 2.5 millions de dollars, ce qui représente une excellente opportunité d’affaires pour les agriculteurs-éleveurs du Québec. Malheureusement, pour des raisons politiques et sociales que l’on ne peut expliquer ici, ce potentiel ne profite pas complètement à l’économie québécoise. Car une proportion de plus en plus importante de Québécois Musulmans préfèrent envoyer l’argent hors du pays et faire ce rituel par procuration.

Pour conclure, sachez qu’il existe plusieurs formules pour souhaiter « la bonne fête » à vos connaissances musulmanes, dont la très formelle « Aïdkoum Moubarek » ou la plus répandue dans les milieux algériens « Saha Eidkoum ».

Et il dit [Abraham]: «Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera. Seigneur, fais-moi don d’une [progéniture] d’entre les vertueux». Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: «O mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses». (Ismaël) dit: «O mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Dieu, du nombre des endurants». Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre divin) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes «Abraham! Tu as confirmé la vision. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants». C’était là certes, l’épreuve manifeste. Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse. Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité: «Paix sur Abraham». Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants; car il était de Nos serviteurs croyants. (Chapitre 37, versets 99-111 ). 

Aziz Djaout

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