Voir ou ne pas voir le mensonge
Paul Eckman est bien connu dans le domaine du langage corporel et il est d’ailleurs derrière la série Américaine très intéressante « Lie to me » qui a duré 3 saisons. Expert dans l’analyse des micro-expressions ainsi que les gestes que l’on fait lorsque nous sommes confortables ou mal à l’aise, lorsque nous mentons ou ou disons la vérité.

Ce dernier rappelle qu’il y a des moments où nous préférons ne pas voir les mensonges. Et c’est d’ailleurs pour cela que nous sommes moins attentifs à ce que l’on devrait observer, aux signes qui devraient être évidents. Par ailleurs, il mentionne aussi que ces micro-expressions passent durant une fraction de seconde dans le visage d’une personne et elles sont donc extrêmement difficiles à déceler consciemment.

Surestimer ses capacités de détection de mensonges
Souvent, les gens croient qu’ils sont d’excellents détecteurs de mensonges et qu’ils voient les expressions faciales. Nous pouvons voir celles qui perdurent dans le visage, mais celles d’à peine quelques secondes demandent des dizaines d’heures d’entraînement afin de les déceler. Donc, si vous croyez qu’en regardant rapidement quelques vidéos sur YouTube vous deviendrez un expert en langage corporel, je vous informe que ça prend bien plus que cela.

Qu’êtes-vous prêt à voir?
Paul Ekman est chercheur, docteur en psychologie en plus d’être expert en langage corporel. Il a donné une entrevue très intéressante que je partage ici avec vous.

Paul Eckman :

Il ne fait aucun doute, d’après les sondages d’opinion publique, que les gens se soucient beaucoup de l’honnêteté de la personne à qui ils ont affaire, qu’il s’agisse de leur médecin ou de leur chef politique. Et pourtant, c’est plus complexe que cela. Souvent, nous ne voulons pas connaître la vérité.

Vous voulez savoir que votre conjoint vous trompe? Voulez-vous découvrir que la personne vous avez recommandé pour un emploi dans votre entreprise est un fraudeur? Voulez-vous découvrir que vos enfants consomment de l’héroïne?

Ce sont bien sûr toutes les choses que vous voulez savoir, mais… en même temps… que vous ne voulez certainement pas savoir. Il est donc très complexe de savoir si oui ou non voulons vraiment attraper un menteur. Nous pensons que oui. Et si nous découvrions que nos deux candidats à la présidentielle mentent? Alors qu’est-ce qu’on fait? Je ne dis pas qu’ils le font. Je ne commente jamais au sujet d’une personne ou d’un candidat en poste. Seulement après qu’ils soient partis… c’est plus juste!

Pourquoi mentir?
Clinton a dit « Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec cette femme », et après il a donné son nom. « Cette femme » met une distance entre elle et lui. Maintenant, il y a plusieurs raisons pour lesquelles les gens mentent et certaines sont honorables. J’étudie les mensonges dont la société se soucie. Ce qu’elle veut découvrir, généralement ceux qu’elle désapprouve.

La raison la plus commune qui explique pourquoi les gens mentent est d’éviter une punition parce qu’ils ont enfreint une règle. Habituellement, certaines règles sont enfreintes accidentellement. Vous marchez le long d’un couloir trop rapidement et vous faites tomber un pot qui était sur le comptoir qui vaut 2 000$. Vous ne l’avez pas fait exprès. Avez-vous renversé ce pot? Vous ne direz pas « Oui, je l’ai fait ». Vous allez dire « Non, je ne sais pas qui a fait tomber ce pot où il n’était pas tombé quand je suis passé à côté ». Vous ne voulez pas être puni.

Mais il y a plein de fois où nous prenons la décision d’enfreindre une règle, de tricher et de mentir à propos de quelque chose. Vous n’allez pas avouer que vous avez triché. Vous ne voulez pas vous faire prendre. La décision de mentir est prise en même temps que la décision de tricher.

Camoufler une émotion
Lorsque nous enseignons aux gens, dans les ateliers, comment découvrir des menteurs, cela nous prend 32 heures. Repérer une micro-expression est la chose la plus utile. C’est une expression qui dure environ un 25e de seconde. Nous avons testé plus de 15 000 personnes à différents moments de leur vie et plus de 99% d’entre elles ne les voient pas. Et pourtant, avec un entraînement d’une heure sur Internet, elles peuvent apprendre à les voir. Cependant, cela indique seulement que la personne camoufle une émotion. C’est un mensonge, ils ne vous disent pas ce qu’ils sentent réellement. Mais cela peut ne pas vous dire qu’ils sont l’auteur d’un crime. C’est un exemple terrible, mais je dois l’utiliser. « Ma femme est retrouvée morte ». Je serai le premier suspect parce que, avec regret, la personne qui a le plus de chance de tuer sa femme est le mari. « Mais j’aime ma femme, je ne l’ai pas tuée ». La police perd son temps et m’insulte. Le temps passe et ils ne recherchent pas la bonne personne. Je pouvais être furieux envers eux et cacher ma colère. Et si vous repérez ma colère cachée, cela ne veut pas nécessairement dire que j’ai tué ma femme. Cela signifie seulement que je cache ma colère.

Le non-verbal parle
Maintenant, si un mensonge concerne comment nous nous sentons réellement et vous repérez les micro-expressions, alors vous avez réussi. Deuxièmement, réalisez que vous allez reconnaître seulement la gestuelle de votre groupe culturel. C’est un langage corporel spécifique, mais vous le connaissez déjà. Si je vous demande combien de gestes sont utilisés en Amérique aujourd’hui, vous direz environ 12, mais il y en a actuellement 80. Et si je vous montrais chacun d’entre eux, vous sauriez leur signification. Maintenant, celui qui est le plus payant et l’un des plus communs que nous utilisons, c’est le mouvement de tête de oui et de non. Mais cela se voit d’une façon subtile. Un jour, j’ai travaillé sur le cas d’un fraudeur qui avait volé plus de 100 millions de dollars. C’était une grosse affaire avant l’arrivée de Bernie Madoff. Ce dernier a accusé plusieurs employés de banque d’être complices dans ce dossier, ce qui signifiait que les banques étaient vulnérables sur le fait qu’ils devraient payer pour cette fraude. Et lorsque nous lui avons demandé si une personne l’avait faussement accusé, si elle l’avait aidé à voler l’argent, il a répondu oui, elle l’a fait absolument, tout en faisant un léger non de la tête. La gestuelle a parlé! Son visage aussi!

La différence entre le corps et les mots
Comme vous avez pu le découvrir, souvent nous avons des gestes et des mouvements du corps qui sont faits de façon totalement inconsciente. Paul Eckman a totalement raison lorsqu’il dit qu’il y a des moments ou nous ferons oui ou non de la tête sans nous en rendre compte. Lorsque nous ne voulons pas vraiment dire quelque chose, le corps et les mots ne vont pas dans le même sens. Il y a donc des moments où, en effet, nous allons hocher de la tête alors que ce que nous verbalisons est un non. D’autres fois, c’est le contraire. Notre tête dit non, mais ce que nous disons verbalement c’est oui. Il y a donc une dissonance entre le verbal et le corps.

Comment agir lorsque nous croyons ne pas tout savoir?

Il est donc important de poser des questions ouvertes qui amèneront l’autre personne à se confier. Pas des questions qui ont pour but de mettre en boîte, de coincer l’autre. Parce qu’il peut y avoir des raisons qui expliquent que l’individu ne souhaite pas dire la vérité. Peut-être ne vous a-t-elle pas trompé, mais elle a remarqué quelque chose et l’autre événement l’a perturbée et elle tente de chasser le souvenir qui la dérange afin d’être en communication avec vous.

Donc, il y a une multitude de moments où nous allons remarquer des différences entre le langage corporel et les mots, mais très souvent, nous faisons l’erreur de prendre tout de suite pour acquis qu’il s’agit d’un mensonge. Nous allons donc accuser l’autre plutôt que d’essayer de le comprendre et à ce moment, c’est nous-mêmes qui entrons en conflit avec quelqu’un qui, de base, ne nous trompait pas.

Mais lorsque nous accusons et que nous mettons l’autre au pied du mur, il est possible que ce dernier embarque dans le jeu de la tromperie que nous avons nous-mêmes initié en ayant mal interprété le non verbal.

Créer un terreau fertile à l’authenticité
Observer des items du langage corporel veut simplement dire que vous avez remarqué quelque chose et qu’il est important de creuser. Pour ce faire, il faut être bienveillant, dans le but d’avoir un échange avec la personne. C’est donc donnant/donnant, gagnant/gagnant. Je crée ainsi un climat de confiance, une relation, un lien, afin d’avoir un terreau fertile à l’authenticité, dans la mesure évidemment où moi-même je le suis. Être authentique veut également dire que les intentions sont claires, qu’elles ne sont pas cachées. Et ça, c’est tout un exercice.

Annabelle Boyer
CRHA, mastercoach en neurosciences, praticienne en hypnose, experte en langage corporel

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