
Les chiffres du bilan-faim 2025 publié par les Banques alimentaires du Québec (BAQ) sont alarmants. Chaque mois, le réseau des Banques alimentaires du Québec répond désormais à plus de 3 millions de demandes d’aide alimentaire, un seuil jamais atteint, soit une hausse de 6.6 % comparée à l’an passé et de 37 % depuis 2022. La situation est particulièrement préoccupante dans les grandes régions métropolitaines : par exemple, en mars 2025, le réseau montréalais a enregistré près de 3,1 millions de services d’aide alimentaire pour le seul mois. Cela représente une hausse de 6,6 % par rapport à 2024 et de 37 % depuis 2022.
Il appert de ce rapport qu’une pression exceptionnelle et grandissante continue de s’exercer sur le réseau des BAQ, année après année, mettant à mal les capacités de celui-ci à répondre aux besoins de la population en détresse alimentaire. En effet, 69% des organismes ont déclaré un manque de denrées en 2024. La moitié d’entre eux ont fait des achats pour faire face à cette situation.
L’insécurité alimentaire au Québec change de visage
Les données les plus récentes de l’Enquête canadienne sur le revenu (2023) montrent qu’au Québec, près d’une personne sur cinq, soit environ 1,7 million de personnes, vivait une forme d’insécurité alimentaire. L’insécurité alimentaire poursuit sa progression pour une quatrième année consécutive. Son taux est passé de 10,9 % en 2019 à 19,8 % en 2023, une hausse fulgurante de plus de 80 % en seulement quatre ans.
Par ailleurs, l’insécurité alimentaire ne concerne pas seulement les plus marginalisés de la société, elle touche aujourd’hui même des ménages avec un revenu d’emploi. Le nombre de ménages aidés qui ont un emploi a bondi de 87 % depuis 2022. Environ une personne sur cinq faisant recours à l’aide alimentaire à Montréal a un emploi. De reste, de plus en plus de jeunes se tournent vers l’aide alimentaire, ce qui révèle une dégradation préoccupante de leurs conditions de vie. Le taux d’insécurité alimentaire chez les jeunes est passé de 19,5 % en 2022 à 27,5 % en 2023, soit une hausse de 41 % en un an (Statistique Canada).
Est-il normal d’avoir faim au Québec en 2025 ?
Depuis plusieurs années, de plus en plus de Québécois peinent à exercer leurs droits essentiels : se loger et se nourrir convenablement. Selon l’Observatoire québécois des inégalités, la crise du logement a un impact direct sur la capacité des ménages à se procurer une nourriture adéquate, tant en quantité qu’en qualité. Les hausses des loyers accentuent le stress financier et laissent moins de budget disponible pour l’alimentation. L’inflation du coût du logement demeure à un niveau particulièrement élevé, avec une hausse de 7,6 % sur 12 mois enregistrée en mars 2024. Un sondage de l’Observatoire des tout-petits mené en 2022 révèle que trois familles locataires sur cinq devraient se priver d’activités, de vêtements, voire de nourriture pour pouvoir payer leur loyer.
En plus, le budget alimentaire des ménages québécois demeure sous pression en 2025. Selon le rapport annuel sur les prix des aliments au Canada (15e édition), les coûts alimentaires devraient grimper de 3 à 5 % en 2025. Pour une famille moyenne de quatre personnes, cela représente une dépense de 16 833,67 $, soit jusqu’à 801,56 $ de plus que l’an dernier.
En effet, la crise du logement, l’inflation et la stagnation des salaires réels ont fragilisé de nombreux ménages. Même en travaillant, beaucoup de Québécois n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins essentiels, ce qui révèle une crise sociale profonde. L’aide alimentaire fournie par le réseau des Banques alimentaires du Québec, bien qu’indispensable, ne représente qu’une mesure palliative. La réduction durable de l’insécurité alimentaire passe avant tout par la lutte contre la pauvreté.
Sofiane Idir
