
La faim continue de progresser dans le monde, et les conflits en sont la principale cause des crises alimentaires touchant la planète, chassant les populations de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, perturbant les marchés, augmentant les prix des denrées alimentaires et détruisant des acquis essentiels en matière de développement.
L’impact dévastateur est visible dans les zones sensibles de la faim, et les urgences climatiques telles que les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur contribuent également de manière significative à la crise alimentaire en détruisant des vies, des moyens de subsistance et des cultures, tout en dégradant les sols et endommageant les infrastructures et les actifs agricoles.
La faim existe sous différentes formes. Au départ, il est question d’insécurité alimentaire quand les populations sont contraintes de s’adapter à des repas en nombres insuffisants. À mesure que la nourriture se raréfie, l’organisme puise dans ses réserves. Le passage de la faim à la famine commence par une baisse du niveau d’énergie, puis le corps puise dans ses réserves de graisse, ensuite dans ses muscles. Finalement, les organes vitaux commencent à défaillir.
La famine est la forme d’insécurité alimentaire la plus grave. Elle est déclarée lorsque la malnutrition est généralisée et que des personnes ont commencé à mourir de faim faute d’accès à une nourriture nutritive suffisante. Les régimes alimentaires pauvres en vitamines, minéraux et autres nutriments affectent la santé et les perspectives de vie. Les enfants sont les plus touchés, avec des conséquences à long terme sur leur développement physique et mental.
Des besoins énergétiques qui varient tout au long de la vie pour l’enfant, l’adulte et la femme enceinte
Les besoins énergétiques varient tout au long de la vie. Pour un adulte, on commence à parler de dénutrition à partir du moment où la personne a perdu 5% de son poids en un mois, ou 10% en six mois. Chez l’enfant, c’est plus compliqué, parce qu’avant de maigrir, les enfants arrêtent d’abord de grandir ou grandissent moins vite qu’ils devraient. Pour une femme enceinte qui ne mange pas, soit le bébé risque d’être tout petit, soit la femme risque de perdre son enfant.
À partir de dix ans, les besoins énergétiques commencent à être différents entre garçons et filles en raison des variations de croissance et d’activité, et les apports sont ajustés en fonction du poids corporel, de l’activité physique et du taux de croissance.
Mais tout le monde n’est pas égal face au manque d’alimentation. Les adultes ont des réserves plus grandes que les enfants et les personnes âgées, et peuvent logiquement tenir plus longtemps. De même qu’un adulte en bonne santé aura de meilleures réserves qu’un être malade. En gros, quelqu’un de jeune et en bonne santé peut survivre plusieurs jours sans manger, à condition qu’on lui donne à boire.

Que se passe-t-il physiquement lorsque le corps est affamé ?
Sur le plan physiologique, les effets de la famine sur le corps humain se déroulent en trois phases qui se chevauchent.
Au cours de la première phase qui dure jusqu’à 48 heures après l’arrêt de l’alimentation, l’organisme puise dans les réserves de glycogène (un glucide complexe) stockées dans le foie afin de maintenir un taux de sucre dans le sang stable.
Ce processus, appelé glycogénolyse, est une solution à court terme. Lorsque le glycogène est épuisé, la deuxième phase commence. Le corps passe alors à la gluconéogenèse, qui correspond à une production de glucose à partir de sources non glucidiques tels que les acides aminés (provenant des muscles), le glycérol (provenant des graisses) et le lactate. Ce processus alimente les organes vitaux, mais entraîne une dégradation musculaire et une augmentation de la perte d’azote, en particulier au niveau des muscles squelettiques.
Le troisième jour, la cétogenèse devient le processus dominant. Le foie commence à convertir les acides gras en corps cétoniques. Ce sont des molécules dérivées des graisses qui servent de source d’énergie alternative lorsque le glucose vient à manquer. Ces cétones sont utilisées par le cerveau et d’autres organes pour produire de l’énergie. Ce changement permet de préserver les tissus musculaires, mais il est également le signe d’une crise métabolique plus profonde.
Les changements hormonaux, notamment la diminution de l’insuline, de l’hormone thyroïdienne (T3) et de l’activité du système nerveux, ralentissent le métabolisme afin d’économiser l’énergie. Au fil du temps, les graisses deviennent la principale source d’énergie. Mais une fois les réserves de graisses épuisées, le corps est contraint de dégrader ses propres protéines pour produire de l’énergie. Cela accélère la fonte musculaire, affaiblit le système immunitaire et augmente le risque d’infections mortelles.
Le décès, souvent dû à une pneumonie ou à d’autres complications, survient généralement après 60 à 70 jours sans nourriture chez un adulte qui était, au départ, en bonne santé.
Conséquences physiques et psychologiques chez les adultes et les enfants en situation de malnutrition aiguë
Lorsque l’organisme entre dans une phase de privation prolongée de nutriments, les signes visibles et invisibles de la famine s’intensifient.
Sur le plan physique, les individus perdent beaucoup de poids et souffrent d’une fonte musculaire, de fatigue, d’un ralentissement du rythme cardiaque, d’une sécheresse cutanée, d’une perte de cheveux et d’une altération des processus de cicatrisation. Les défenses immunitaires s’affaiblissent, ce qui augmente la vulnérabilité aux infections, en particulier à la pneumonie, une cause fréquente de décès en cas de famine.
Sur le plan psychologique, la famine provoque une profonde détresse. Les personnes touchées font état d’apathie, d’irritabilité, d’anxiété et d’une préoccupation constante pour la nourriture. Les capacités cognitives déclinent et la régulation des émotions se détériore, ce qui conduit parfois à la dépression ou au repli sur soi.
Chez les enfants, les effets à long terme comprennent un retard de croissance et des troubles du développement cérébral. Ces deux effets peuvent devenir irréversibles.
Pendant la famine, l’organisme s’adapte progressivement pour survivre. Au début, il utilise les réserves de glycogène pour produire de l’énergie. À mesure que la famine se prolonge, il commence à dégrader les graisses puis les tissus musculaires. Cette transition progressive explique à la fois la faiblesse physique et les changements psychologiques tels que l’irritabilité ou la dépression.
Après une période de famine, et une réintroduction soudaine d’aliments, en particulier de glucides, cela provoque une hausse brutale du taux d’insuline et un transfert rapide d’électrolytes tels que le phosphate, le potassium et le magnésium vers les cellules. Ce qui peut submerger l’organisme et entraîner un syndrome lié à la réalimentation. Ce syndrome peut entraîner des complications graves, telles qu’une insuffisance cardiaque, une détresse respiratoire, ou encore la mort en l’absence d’une prise en charge adéquate.
Les protocoles standards débutent par des laits thérapeutiques, spécialement conçus pour stabiliser les patients pendant la phase initiale du traitement de la malnutrition aiguë sévère, suivis d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, d’une pâte ou de biscuits à base de beurre d’arachide (spécialement formulés pour permettre à un enfant souffrant de malnutrition de passer de l’état de mort imminente à un rétablissement nutritionnel complet en seulement quatre à huit semaines), de sels de réhydratation orale et de poudres de micronutriments.
Mohand Lyazid Chibout (Iris)
