Invité par le collectif d’artistes montréalais Cosmovision Records, l’artiste nomade, El Gato Negro, fait escale à Montréal pour partager sa musique, et bien plus encore, avec le public de la 39e édition du Festival international Nuits d’Afrique. On était excité à l’idée de découvrir cet artiste toulousain qui intrigue par autant de choses, son parcours, sa musique, son verbe et son approche. Il fallait être patient, car au programme de la soirée, un prélude de deux heures, animé par deux grands DJ de la scène montréalaise, Don Mescal et Nat Barrera nous gratifiant d’un mélange éclectique intense, notamment l’électro swing.

À minuit pétante, El Gato Negro fait son apparition et s’empare illico de l’espace intimiste et immersif du Ministère, et quelle entrée, quel succès ! La connexion est vite établie avec son public, prêt à embarquer pour un voyage musicalement prometteur et exotique ! Effectivement, l’univers musical d’El Gato Negro est un voyage des plus surprenants, le fruit d’un métissage culturel entre les influences africaines et latines, de Santiago à Dakar en passant par Buenos Aires et Bogota. Sa trame musicale est exubérante où s’enchevêtrent subtilement plusieurs genres : jazz, hip-hop, reggae, avec des teintes d’afro-trap, de salsa, de cumbia, le tout agrémenté d’éléments électroniques. Sa palette de pop subtropicale embarque le public dans une expérience musicale immersive, évoquant les sensations de voyage (immersion, liberté, excitation, découverte…). Sa présence scénique est captivante, voire envoutante grâce au timbre chaud de sa voix véhiculant une riche gamme d’émotions, à son chic éclatant de jouer plusieurs instruments (percussion, gaita colombienne, synthé…) et à sa danse presque chorégraphique dont les mouvements nous rappellent la grâce d’un félin. Généreux et proche de son public, El Gato Negro a interprété plusieurs titres de sa discographie riche de 4 albums (Guitarra y Sombrero, Cumbia libre, Ouvre la porte et Tigre qui pleure). Comme un voyageur qui ouvre sa valise pour offrir aux personnes aimées un précieux souvenir de son voyage, chaque morceau raconte un voyage, une rencontre, un lien, une histoire… Le morceau, Le tigre, enflamme Le Ministère et excite le public en réveillant le fauve qui sommeille en lui, comme disaient les paroles de ce titre. Un appel à libérer ce qui est refoulé ou réprimé, avec l’énergie d’un félin, comme un chat qui devient un tigre, mais un tigre blessé et mélancolique (Tigre qui pleure). Le morceau, Différent, célèbre la diversité et la liberté d’être soi-même, dans un monde souvent marqué par la norme et la conformité. Différents, on est différents, mais ensemble disait, avec amour, à son public, affichant sa passion pour l’humain et rappelant le concept du « vivre ensemble ».

Le passage d’El Gato Negro au Festival international Nuits d’Afrique est un fort moment de partage avec un artiste hors-pair, captivant, engagé et riche de ses belles rencontres de voyage qu’il restitue avec amour et générosité. D’ici à l’ailleurs, en l’espace d’un temps fulgurant, sa fusion d’orfèvre distille l’essence des musiques du monde dans une altérité qui repousse leurs limites pour les enrichir mutuellement. Ce rapport nomade à la musique reflète son propre parcours d’explorateur musical tissant une trame universelle entre les différentes musiques et cultures du monde.

Sofiane Idir