Pendant qu’on cherche jusqu’au sommet de la pyramide de commandement les responsables de l’échec de la mise en œuvre de la plateforme SAAQclic et que défilaient à la commission Gallant hauts fonctionnaires et membres du cabinet Legault, un artisan clé de ce fiasco monumental a refait surface: la sous-traitance.

Un employé de la SAAQ a expliqué cette semaine au commissaire Gallant que le fait que l’entreprise SAP ait embauché des programmeurs à l’extérieur du pays avait contribué à ralentir la conception de la plateforme. En effet, ces derniers ne connaissant pas au préalable l’existence de la société d’État, ils n’étaient pas au courant de sa mission ni de l’utilité du logiciel qu’ils devaient pourtant contribuer à concevoir.

Ce n’est pas la première fois que la sous-traitance donne des maux de tête à un gouvernement. On pense évidemment au fameux « bordel informatique » survenu dans la foulée de la mise sur pied du système de paie Phénix destiné aux fonctionnaires fédéraux. Celui-ci était l’œuvre d’IBM qui, avec sa filiale LGS et SAP, est aussi derrière SAAQclic. Aujourd’hui, la firme LGS refuse de collaborer avec la commission pour faire la lumière sur le contexte entourant l’obtention de ce contrat.

Depuis 20 ans, LGS et SAP ont obtenu des milliards de dollars en contrats publics. IBM et LGS ont aussi plusieurs mandats actifs de lobbyisme auprès du gouvernement du Québec, tout comme SAP qui cherche par un de ceux-ci « à sensibiliser les titulaires de charge publique aux avantages de ses solutions technologiques et services pour améliorer les services aux citoyens, optimiser les coûts et accroître l’efficacité des services publics, tout en partageant les meilleures pratiques en transformation numérique. »

On pouvait lire dans le rapport de la Vérificatrice générale consacré à SAAQclic et paru en février dernier qu’« [e]n matière contractuelle, considérant la grande complexité du projet, celui-ci a été réalisé via un contrat qui reposait sur un partenariat prévoyant un partage des risques avec l’Alliance (LGS, IBM et SAP) ». Il s’agit d’ailleurs de l’unique mention de ce consortium dans le document rédigé par Guylaine Leclerc et son équipe.
Espérons que le rapport que livrera la commission Gallant rappellera pour sa part l’importance pour les gouvernements, comme pour les municipalités d’ailleurs, de se défaire de leur parti pris en faveur du privé.

Explosion du coût des infrastructures municipales: le rôle du génie-conseil
Depuis la sortie de la mairesse de Longueuil au printemps dernier, qui dénonçait le coût exorbitant des infrastructures municipales, les témoignages à l’appui de ce constat abondent. Celui du coût de l’installation d’un feu de circulation à Longueuil, au prix de 1 million de dollars, s’est particulièrement démarqué. Comment expliquer ce phénomène? Une partie de la réponse se trouve du côté de la portion génie-conseil des travaux, qui consiste en la conception de plans et devis en amont des ouvrages, ainsi que la surveillance des chantiers de construction. À Montréal, l’administration a en 2024 accordé 75% des contrats publics de génie-conseil à seulement cinq firmes œuvrant dans ce domaine.

Cette concentration du marché est à l’origine d’une surenchère tarifaire, puisque les appels d’offres génèrent trop peu de compétition. Dans une étude parue l’an dernier, nous avons calculé que pour 41% des appels d’offres pour des services de génie-conseil lancés par la Ville de Montréal, il n’y avait eu qu’un seul soumissionnaire par contrat octroyé. Malgré la gravité de cette situation hautement défavorable aux contribuables de la métropole, la Ville s’en accommode néanmoins puisqu’elle ne cesse d’augmenter son recours à la sous-traitance pour ses travaux de génie-conseil. Depuis 2012, la valeur annuelle des contrats accordés aux firmes de génie-conseil à Montréal a été multipliée par huit.

Pour diminuer la dépendance des municipalités et des gouvernements envers les firmes de génie-conseil, il faut augmenter la capacité publique de réalisation des travaux d’ingénierie. Autrement, les donneurs d’ouvrage demeurent exposés à une surenchère tarifaire qui avantage une poignée de grandes entreprises au détriment des contribuables.

POLITIQUE INDUSTRIELLE
Derrière la débâcle du projet d’usine de composantes de batteries de la suédoise Northvolt au Québec, on retiendra certes le pari raté de l’État québécois, qui a misé à grand renfort de fonds publics sur une entreprise qui n’avait pas encore fait ses preuves et qui évolue dans un marché volatil. Mais le soutien du gouvernement de François Legault à ce complexe industriel est aussi le reflet du poids économique et culturel de l’industrie automobile. Celle-ci a réussi au cours du dernier siècle à imposer un mode de transport qui, même dans sa variante électrifiée, a des conséquences écologiques désastreuses. Les pouvoirs publics devront s’en affranchir pour développer des infrastructures de transport plus viables et amorcer une réelle transition écologique.