La déclaration du Canada reconnaissant l’État de Palestine : Une reconnaissance sans effet qui nie même le droit à l’autodétermination

Le dimanche, 21 septembre, le premier ministre Carney a publié une déclaration reconnaissant l’État de Palestine. Cette reconnaissance s’harmoniserait « pleinement avec les principes d’autodétermination et les droits fondamentaux de la personne inscrits dans la Charte des Nations Unies ». Mais dans les faits, elle les nie par les conditions qu’elle prescrit. De plus, elle restera sans effet car, même après deux ans de génocide, le Canada ne donne toujours aucune indication de vraiment vouloir remplir ses obligations internationales à l’égard du peuple palestinien.

Une autodétermination… déterminée par des puissances occidentales
La déclaration du Canada ne fait aucune mention du cadre de référence de l’ONU, la véritable « communauté internationale », concernant la Palestine. Aucune mention des résolutions historiques de l’ONU, ni de celle du 18 septembre 2024 donnant un délai maximum d’un an à Israël pour mettre fin à son occupation et sa colonisation illégales. Aucune mention des décisions de la Cour internationale de justice, qui reconnaissait dès janvier 2024 qu’il était plausible qu’un génocide soit en cours à Gaza, ni des mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahou, le Premier ministre d’Israël, et Yoav Gallant, l’ancien ministre de la Défense d’Israël.

La déclaration du Canada fait quelques constats incriminants envers Israël mais ne lui adresse aucune demande. Elle détermine que c’est l’Autorité palestinienne – considérée comme collaboratrice de l’occupation israélienne par bon nombre de Palestinien·nes – qui prendra les rênes de l’État palestinien, moyennant des « réformes essentielles » qu’elle s’est engagée à mener « directement auprès du Canada et de la communauté internationale ». Elle détermine finalement que l’État palestinien sera démilitarisé.
Toutes ces questions, c’est aux Palestiniens et Palestiniennes d’en décider. Or il semble que le seul choix qu’on leur laissera sera celui de choisir, parmi des partis et des candidats qui seront jugés acceptables par la « communauté internationale », quels seront les gestionnaires palestiniens de leur nouveau carcan néocolonial et néolibéral.

Une reconnaissance pour tenter de sauver la face
La déclaration d’indépendance de la Palestine a eu lieu le 15 novembre 1988. Un mois plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies en prenait acte et reconnaissait son droit d’exercer sa souveraineté sur son territoire occupé par Israël depuis 1967 (Gaza, Cisjordanie incluant Jérusalem-Est).
C’est donc 37 ans plus tard que le Canada en arrive à cette reconnaissance, mais surtout après deux ans d’un génocide toujours en cours, qu’il n’a jamais reconnu comme tel, et dont il demeure complice de diverses façons jusqu’à aujourd’hui.
Depuis quelques mois, le nouveau ton plus incisif du Canada et de certains autres pays occidentaux vis-à-vis Israël, tout comme leur reconnaissance symbolique actuelle de l’État de Palestine, ne visent qu’à tenter de faire oublier qu’ils ont laissé Israël commettre toutes ses horreurs et qu’ils en ont été complices.

Des sanctions à long-terme, sévères et concertées contre Israël sont nécessaires
Aucune déclaration ne lèvera le blocus israélien, n’arrêtera le génocide et la colonisation du peuple palestinien. Aucune déclaration ne mettra fin à l’occupation militaire israélienne. Seules des sanctions à long-terme, sévères et concertées contre Israël peuvent réalistement contribuer à atteindre ces objectifs.
Si le Canada ne veut pas demeurer complice des crimes d’Israël, c’est là le chemin à emprunter immédiatement en déployant tous les moyens d’action politique et économique à sa disposition, en tant qu’État.
Mais la teneur de sa déclaration reconnaissant l’État de Palestine montre que sa démarche est encore essentiellement guidée par les intérêts d’Israël et de sa propre alliance avec cet État voyou et non par le droit international et la défense des droits du peuple palestinien. Seule une mobilisation populaire beaucoup plus grande au Québec et au Canada pourront forcer un changement de politique.

Citation
« Les sanctions personnelles imposées par le Canada à quelques colons et à deux ministres israéliens sont insignifiantes. Ce ne sont pas quelques individus, mais bien l’État d’Israël qui est responsable de l’occupation militaire et de la colonisation illégales du territoire palestinien depuis 1967, et du génocide en cours depuis deux ans. C’est contre l’État d’Israël qu’un maximum de sanctions doit être appliqué immédiatement. » déclare Raymond Legault, porte-parole de la Coalition du Québec URGENCE Palestine.

Source : Coalition du Québec URGENCE Palestine
*À propos de la Coalition : La Coalition du Québec URGENCE Palestine s’est formée en février 2024 pour rendre visible l’indignation de la société civile québécoise devant le génocide perpétré par Israël à Gaza et pour soutenir la lutte palestinienne contre l’occupation, la colonisation et la dépossession. Elle rassemble 52 groupes syndicaux, communautaires et citoyens partout au Québec.

Déclaration du premier ministre Carney sur la reconnaissance de l’État de Palestine par le Canada
21 septembre 2025
Ottawa (Ontario)

« Depuis 1947, tous les gouvernements canadiens ont appuyé une solution à deux États en faveur d’une paix durable au Moyen-Orient. Cette politique avait pour vision la création d’un État de Palestine souverain, démocratique et viable, bâtissant son avenir côte à côte avec l’État d’Israël, en paix et en sécurité.
Pendant plusieurs décennies, le Canada a cru à cet objectif en s’attendant à ce qu’il y ait éventuellement un règlement négocié. Malheureusement, cette possibilité a peu à peu été compromise, jusqu’à devenir presque inenvisageable, notamment pour les raisons suivantes :
* la menace omniprésente que représente le terrorisme du Hamas pour Israël et son peuple, qui a culminé en un attentat terroriste haineux le 7 octobre 2023, ainsi que le rejet violent et de longue date par le Hamas du droit d’Israël d’exister et d’une solution à deux États.
* l’aménagement accéléré de colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et, pendant ce temps, la montée de la violence des colons envers les Palestiniens.
* certaines mesures telles que le Projet de colonie E1 et le vote tenu cette année par la Knesset demandant l’annexion de la Cisjordanie.
* la participation du gouvernement israélien à la catastrophe humanitaire à Gaza, notamment en empêchant l’accès à la nourriture et à d’autres articles humanitaires essentiels.
Le Hamas a terrorisé le peuple israélien et opprimé le peuple de Gaza, ce qui a engendré d’horribles souffrances. Le Hamas doit impérativement libérer tous les otages, se désarmer complètement et ne jouer aucun rôle dans la gouvernance future de la Palestine. Le Hamas a volé le peuple palestinien, l’a privé de sa vie et de sa liberté et ne peut en aucun cas lui dicter son avenir.
De façon méthodique, le gouvernement israélien actuel prend des mesures pour empêcher l’établissement d’un État palestinien. Il poursuit sans relâche l’expansion des colonies cisjordaniennes, ce qui est illégal au regard du droit international. Sa constante agression contre Gaza a fait des dizaines de milliers de morts civils, forcé le déplacement de plus d’un million de personnes et causé une famine dévastatrice qui aurait pu être évitée et constitue une violation du droit international. Désormais, le gouvernement israélien actuel soutient haut et fort “qu’il n’y aura pas d’État de Palestine”.
C’est dans ce contexte que le Canada reconnaît l’État de Palestine et offre de travailler en partenariat afin de porter la promesse d’un avenir pacifique pour l’État de Palestine et l’État d’Israël. Le Canada inscrit cette mesure dans le cadre d’un effort international concerté visant à préserver la possibilité d’une solution à deux États. Le Canada ne se berce pas d’illusions : il sait que cette reconnaissance n’est pas la panacée. Cependant, elle s’harmonise pleinement avec les principes d’autodétermination et les droits fondamentaux de la personne inscrits dans la Charte des Nations Unies et les politiques préconisées par le Canada depuis des générations.
La reconnaissance d’un État de Palestine dirigé par l’Autorité palestinienne donne des outils de plus à ceux qui souhaitent une coexistence pacifique et la fin du Hamas. Elle ne légitime pas le terrorisme ni ne le cautionne. De plus, elle ne compromet aucunement le soutien inébranlable du Canada à l’égard de l’État d’Israël, de son peuple et de sa sécurité – une sécurité qui ne pourra être garantie qu’à l’atteinte d’une solution globale à deux États.
L’Autorité palestinienne s’est engagée directement auprès du Canada et de la communauté internationale à mener des réformes essentielles, notamment de réformer en profondeur sa gouvernance, de tenir des élections générales en 2026 dans lesquelles le Hamas ne pourra jouer aucun rôle et de démilitariser l’État palestinien. Le Canada intensifiera les efforts qu’il déploie pour aider l’Autorité palestinienne à mettre en œuvre son programme de réformes, pour lequel des progrès ont d’ailleurs déjà été constatés. De concert avec ses partenaires internationaux, le Canada appuie l’élaboration d’un plan de paix crédible pour la Palestine et favorise sa gouvernance démocratique et une prise de mesures claires assurant sa sécurité ainsi que l’acheminement soutenu et à grande échelle d’une aide humanitaire partout à Gaza. »

www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/declarations/2025/09/21/declaration-du-premier-ministre-carney-la-reconnaissance-de-letat