Kaouther Adimi est née en 1986 à Alger. Elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines. En 2009, elle écrit son premier roman intitulé l’Envers des autres. En 2015, Des pierres dans ma poche. En 2017, elle a reçu le prix du style décerné par Le Renaudot des lycéens pour son roman Nos richesses. Entre 2019 et 2025, elle a publié Les petits de décembre, Au vent mauvais, La joie ennemie.
Ce roman La joie ennemie montre comment la manière de penser conditionne considérablement l’action. C’est-à-dire que le père de l’auteure, qui avait bénéficié d’une bourse, se voit dans l’obligation de rentrer en Algérie pendant la période du terrorisme et risquer tout pour honorer un devoir patriotique. Cette période très sensible était tue par Kaouther jusqu’au jour où on lui demande de passer des moments à l’institut du monde arabe lors de l’exposition sur l’artiste peintre Baya.
Le silence régnant a fait ressurgir tout ce qui était enfoui. On découvre l’angoisse qui a submergé la famille, les fausses informations sujettes à la biographie de Baya et aussi l’incertitude quant au choix pris lors du retour en Algérie. Un va et vient narratif est constaté entre la vie de l’auteur et le parcours de l’artiste peintre. Elle souligne à la page 195 : « L’écrivain est toujours un peu misérable, lorsqu’il force les confidences de ses proches, lorsqu’il insiste et espère une vérité qu’on ne veut peut-être pas lui donner. »
L’art révélateur des sentiments
Après s’être appuyée sur les supports fiables, comme l’explique Adimi dans son livre La joie ennemie à la page 167 : « Dans le catalogue de l’exposition , je relis l’analyse de l’historienne Anissa Bouayed, spécialiste de Baya[1] : « Aujourd’hui, nous pouvons regarder ce moment pour ce qu’il est, dans toutes ses dimensions, celui d’une extraordinaire chance d’accéder à la célébrité saisie par une jeune Algérienne, incontestablement douée, mais jamais nommée comme telle, et celui d’une volonté politique de faire comme si l’Algérie heureuse était une réalité pour toutes les communautés, alors que les plaies du 8 mai 1945 et de l’immense répression qui s’ensuit ne sont pas refermées. » elle rappelle qu’il y a eu des informations complètement erronées quant à l’artiste peintre Baya, allant jusqu’à les annoncer même à la radio telle une vérité incontestable. C’est en étant dans un cadre artistique que l’auteure a pu prendre conscience d’un vécu qui l’a ébranlée. Cette situation prouve que la mémoire vagabonde avec les lieux qu’elle parcourt. Être à l’institut du monde arabe et passer une nuit dans un musée permet aussi de plonger dans son propre passé et voir comment l’art pictural est un silence qui s’exprime avec dextérité.
Lamia Bereksi Meddahi
