
Du 13 septembre au 1 novembre 2025, des œuvres de l’artiste autochtone Heather Shillinglaw sont exposés à la Galerie Art Mûr. L’exposition qui s’intitule Nats’edé (Les gens arrivent) raconte l’histoire orale de sa famille et revendique les savoirs ancestraux qui la connectent avec l’histoire de ses ancêtres et, par le fait même, avec l’Histoire du Canada : «… en cousant, j’imagine que les perles de rocaille sont la façon dont le territoire me relie au passé et je m’émerveille de préserver leur mémoire. L’art a une voix et vit, activant le passé, le présent et l’avenir pour préserver notre culture et notre terre » (Extrait de la page Facebook de DRAC – Art actuel Drummondville).

Heather Shillinglaw est une artiste multidisciplinaire en arts visuels et en pratiques mixtes dont l’œuvre s’inscrit dans une démarche de mémoire et de réconciliation de l’histoire collective des Premières Nations et du Canada. Membre de la nation de Cold Lake en Alberta, et survivante des externats fédéraux, elle est issue d’un héritage multiple – écossais, français, Anishinaabe, Nêhiyawêwin (cri) et Denesųłįné qui a façonné la genèse de son travail artistique, à travers les récits de ses ancêtres. Ce sont particulièrement ces femmes aux multiples rôles, polyglottes, traductrices, guérisseuses et médiatrices des savoirs traditionnels, qui guideront son approche artistique sur la nécessité de préserver et de transmettre des savoirs menacés.

À travers l’utilisation de matériaux mixtes (peaux de bison, tissus, rubans, fils, peinture, …), Shillinglaw fait appel à son histoire familiale pour interroger les récits collectifs liés à la colonisation, aux pensionnats autochtones et à la transformation des paysages culturels et écologiques. Ces matériaux sont assemblés à la manière d’archives personnelles, où le figuratif devient un geste de remémoration et de transmission. Son travail s’inscrit dans une volonté d’utiliser l’art comme outil de guérison de trauma intergénérationnel, d’une part, mais également de la préservation de la terre, richesse et patrimoine culturels, par le biais d’œuvres artistiques.
On retrouve tous ces éléments dans ses œuvres, c’est-à-dire la valorisation du territoire et de l’environnement, la mémoire de la langue et l’hommage à ses ancêtres. Plus concrètement, on peut y voir par exemple des points de fil qui dessinent des rivières disparues, des rivages effacés, d’autres rubans qui marquent les anciens sentiers des pensionnats, tels des témoignages au territoire. Puis, en insérant des poèmes et des mots en cri, anishinaabe et denesųłįné à travers la couture, Shillinglaw redonne souffle à des langues qui avaient été réduites au silence. Les histoires familiales et les traditions orales n’y manquent pas non plus, on peut voir dans son travail de multiples références très personnelles du lègue de sa mère, elle aussi survivante et très présente dans ses recherches, mais également de la force de la communauté. On découvre également des œuvres empreintes d’émotions faisant référence aux souffrances portées aux enfants dans les pensionnats, à ses orphelins dépossédés de leurs liens familiaux, aux vies injustement interrompues, mais aussi à l’honneur des rôles clés de la communauté, comme celui des grands-mères et des arrières grands-mères par exemple.
Dans cette exposition, Heather Shillinglaw engage un dialogue entre mémoire individuelle et mémoire collective, entre perte et résilience. Il y a un travail de vérité historique, et de guérison individuelle et collective qui invite le spectateur à se souvenir du territoire tel qu’il fut, sur lequel il transige lui-même, des langues qui y survivent malgré cette volonté de les effacer, et des ancêtres dont les voix résonnent encore dans le récit tendu, encore irréconcilié, entre passé et présent.
