En 2013, le dessinateur espagnol Josep Homs a signé aux côtés du scénariste Sylvain Runberg l’adaptation en BD du roman policier Millénium de l’écrivain suédois Stieg Larsson. Depuis 2017, il publie en compagnie de Zidrou la série SHI, dont les évènements se déroulent à l’époque victorienne.

En 2025, il vient publier aux éditions Dargaud la bande dessinée Le Diable et Coral[1]. En tant qu’auteur complet, cet album s’inscrit dans la continuité de ses travaux, qui sont ancrées dans le réel. Dans cette œuvre, il a choisi de diviser l’histoire en six chapitres qui sont précédés par des citations de personnalités célèbres afin de nous permettre de saisir la profondeur du récit.

Ce one shot mystico-fantastique se déroule à Prague durant l’entre-deux-guerres. La Tchécoslovaquie est annexée par l’Allemagne nazie, suite aux accords de Munich de 30 septembre 1938, qui vont redéfinir la carte géopolitique de l’Europe avant de précipiter le continent vers la Seconde Guerre mondiale l’année suivante.

Pourtant ce qui inquiète le plus, c’est bien la situation politique au pays et à Prague en particulier, depuis que la Wehrmacht a envahi le pays. La peur qu’inspirent les soldats allemands auprès de la population en général et les Juifs en particulier va faire renaitre les croyances populaires telles que la légende du « golem » qui viendrait défendre la communauté.

Homs nous permet dans cette BD sombre et oppressante de découvrir un contexte historique, où s’entremêle la fiction avec le réel à travers le récit de Coral qui vit à cette époque avec des lendemains incertains.

Âgée de 19 ans, Coral vit en bohémienne au milieu d’une troupe de cirque et joue le rôle de sorcière aux cotés des forains. Dans une des roulotes qui lui sert de foyer, elle s’occupe de son père, le rabbin Loew, qui est devenu sénile depuis quelques années déjà. Tiraillée par des secrets enfouis et des non-dits, elle est convaincue que son père était malveillant avant que son esprit ne sombre dans le néant.

Ce qui caractérise aussi Coral, c’est aussi sa faculté de voir et de communiquer avec le diable qu’elle surnomme « Soufre ».

« C’est une fille ingénieuse et charismatique, mais c’est aussi une manipulatrice et une arnaqueuse. Dans ce domaine, elle n’a jamais eu aucun rival…» (Page 5). C’est dans ces termes que le Diable décrit Coral, car leurs destins sont enchevêtrés malgré eux. Lui veut l’entrainer dans sa chute, alors qu’elle fait tout pour ne pas tomber dans son piège : « Selon tes propres mots, [dit-elle en s’adressant au diable] il faut que j’accomplisse un acte malveillant pour que tu puisses me retenir à jamais en enfer ». (Page 11)

Réussira-t-elle à se défaire de l’emprise du diable ? Quel sera son rôle dans ce contexte historique d’incertitude qui règne dans toute l’Europe ?

Dans Le Diable et Coral, Homs réussit à faire voyager les lecteurs dans un univers graphique qui permet d’apprécier la pleine mesure de la création artistique[2].

Réda Benkoula

[1] Le Diable et Coral | Homs (Scénario, Dessin, Couleurs) | Dargaud | 2025 | 112 pages

[2] Alors que l’utilisation de l’IA générative de contenu est de plus en plus populaire, de nombreux artistes tiennent à souligner l’originalité de leurs œuvres pour se démarquer dans cet « entre-deux », où la création artistique humaine est de plus en plus remplacée par les créations à l’aide de l’intelligence artificielle. Dans cette Bd, on peut y lire le message suivant à la page 112 du livre : « L’auteur de cette bande dessinée précise qu’il n’a pas fait appel à des Intelligences Artificielles Génératives dans la création de cette œuvre ».