Dans son roman « Alla’eb beljounoud » (Jouer aux soldats), publié aux éditions Takween en 2024, l’auteur Tariq Asraoui décrit le cadre des histoires palestiniennes, cherchant à définir le symbolisme des jeux d’enfants à Jénine. Il évoque Ziad, Tamim et la maison familiale, qui procure encore à ses habitants un sentiment de sécurité et de réconfort – un sentiment précieux pour une communauté palestinienne profondément attachée à ses racines, à sa terre et à ses traditions.

D’après le titre de ce livre Jouer aux soldats, nous comprenons la volonté de l’auteur de mettre en question une certaine façon de raisonner dans le domaine de la Résistance. Les histoires quotidiennes, en Palestine, sont les sources d’inspiration du cheminement de la pensée de notre auteur Tariq Asraoui.

L’auteur a bâti son roman sur un recueil de récits de garçons de quatorze ans, décrivant leurs relations avec leurs familles et leurs voisins. Il dépeint leurs espiègleries, leurs rires, leurs tristesses et leurs projets enfantins. Ils redécouvrent le monde par le jeu, ce qui confère à leur histoire une dimension poétique et un profond attachement à la terre qu’ils aiment et défendent, même à travers le jeu.

Le recueil apparaît sous forme de nouvelles segmentés, il s’agit de celles des enfants Zyad et Tamim qui n’arrêtent pas de mener des plans enfantins à Jénine. Par cette écriture ‘’émeutière’’ en pleine réalité stagnante, nous suivons le recueil avec ce plaisir de découvrir dans chaque nouvelle une révélation de la réalité vécue en Palestine. Mais pourquoi écrire sur le vécu des palestiniens dans un temps qui semble oublier ce pays où les misères dépassent ceux des légendes ? N’est-ce pas une tentative de stimulus pour nous dire que les termes de résistance, par l’écriture, persistent encore malgré l’absence ou la négligence de leurs adeptes ?

L’auteur Tariq Asraoui nous rappelle qu’il est toujours temps de penser les choses autrement, grâce à la poésie et à la pensée esthétique qui en découle. Ce livre anime donc le débat sur le droit de mémoire malgré les tentatives de marginalisation de la cause palestinienne. Cependant, quelle que soit la situation sinistre qui enveloppe le vécu des palestiniens aujourd’hui et dans laquelle tant d’innocents périssent, l’auteur nous montre que l’esprit enfantin de ses personnages est capable de recréer une lueur d’espoir.

Si les mots de l’auteur sont les reflets de ce monde dans lequel il vit, si ses idées sont la nécessité urgente pour nous familiariser avec le vécu de ces enfants, Zyad et Tamim, qui, dans l’impossible changement de leur situation, essayent de rendre le monde ludique. Ils façonnent des jeux, mènent des intrigues contre leurs propres copains, ce qui crée chez le lecteur une vision philosophique et une utopie sociale. Cette utopie est rendue possible à travers le dynamisme des mots et la mise en valeur de l’engagement de l’auteur.

Il s’agit dans ce roman de lancer des pistes de résistance, en ouvrant le champ aux jeux enfantins. Comme l’a dit un jour Ghassan Kanafani : « La littérature de résistance n’est pas simplement un reflet de la réalité, mais une tentative de la changer. ». C’est avant tout l’inventaire d’une multitude de détails sur les réalités des familles palestiniennes. De ces récits homogènes, naissent une certaine poésie, un élan vers le sublime et une poétique d’événement qui dépasse la forme de la nouvelle visant à résister aux tentatives de marginalisation.

On lit dans la quatrième nouvelle de ce recueil : « Ce jour-là, Ziad et Tamim, sur le chemin du retour de l’école, décidèrent de déposer un sac contenant une radio cassée sur le parcours de la patrouille et de tendre un fil jusqu’au bord de la rue. L’expérience leur avait montré que cela sèmerait la confusion et la panique chez les soldats, les poussant à boucler la ruelle et à faire intervenir un robot télécommandé pour récupérer et démanteler le sac, qu’ils considéraient comme un objet suspect. « Et c’est comme ça qu’on s’amuse avec eux », dit Ziad. Dans le quartier, les garçons pratiquent de nombreux jeux de groupe, comme le football, le jeu de balle et le caillou, mais leur jeu préféré est de jouer aux soldats d’occupation. ».

Ghassan Kanafani a déjà posé les fondements de la résistance par les mots, Naji al-Ali a également ouvert la voie à une résistance par les traits et les couleurs, faisant de la caricature une arme puissante contre l’occupation, l’oppression et l’inaction. Aujourd’hui, Tariq Asroui poursuit cette démarche, créant des modèles de résistance contemporains et accessibles à tous à travers ses textes et ses récits d’enfants, empreints de symbolisme, en utilisant l’image de l’enfant résistant par le jeu.

Le roman a été très bien accueilli, et sa traduction en anglais a été couronnée par l’obtention du prix PEN Presents x International Booker en 2024. 

L’auteur

Tariq Ahmad Fayez Asraoui (né le 22 mai 1978 à Jénine) est un écrivain et critique palestinien. Né à Jénine, il a obtenu une licence en droit à l’université Al-Isra d’Amman en 2001 et une maîtrise en droit privé à l’université arabe d’Amman en 2004. Auteur de l’essai « Razaz khafif » (Petite bruine) (2016), du recueil « Hikayat ashouhadaa alfilastineen » (Histoires des martyrs palestiniens)  (2016), il est actuellement procureur adjoint auprès de l’Autorité palestinienne. Il a contribué au livre « Bi khat ahmar » (Par un stylo rouge), il a écrit de nombreuses paroles de chansons pour des artistes palestiniens et est l’un des fondateurs du projet culturel Tabaq en Palestine.