Connaissez-vous le TECFÉE ? Derrière cet acronyme, qui signifie Test de certification en français écrit pour l’enseignement, on découvre un fameux examen qui fait trembler les étudiants au brevet d’enseignement au Québec. C’est un examen obligatoire pour toute personne inscrite dans un programme de formation universitaire (baccalauréat ou maitrise en enseignement) menant à l’obtention d’un brevet d’enseignement. Il permet de vérifier que les futurs enseignants maîtrisent la langue écrite et peuvent être de véritables modèles linguistiques pour leurs élèves. Cet examen et sa correction sont administrés par le Centre d’évaluation du rendement en français écrit (CÉFRANC). Le TECFÉE comporte deux volets : un questionnaire à choix multiples sur le code linguistique (60 questions) et une rédaction de 350 mots sur un texte audio. Il faut obtenir au moins 70 % dans chacun des deux volets pour réussir le test.

Un test jugé difficile et éloigné de la réalité du métier de l’enseignant

Depuis quelques années, le taux de réussite au TECFÉE est en chute libre, notamment au niveau de certaines universités, comme à l’UQAC et à l’UQAR où le taux de réussite à la première tentative est au-dessus des 30%. De nombreux futurs enseignants échouent à maintes reprises à ce test, qui est une condition sine qua none au brevet. En effet, le taux de réussite à la première passation est en baisse depuis la pandémie. Il est à noter aussi l’augmentation du nombre d’étudiants devant faire plusieurs passations avant de réussir les deux parties du test. Si la pandémie pouvait expliquer en partie cette contre-performance, les associations étudiantes et enseignants dressent des critiques au contenu du test, notamment sa partie linguistique jugée déconnectée de la pratique enseignante et axée sur des règles grammaticales et expressions obsolètes. « Cet examen n’est pas adapté à la réalité du métier de l’enseignant », nous a déclaré F. Deault, étudiante au baccalauréat en enseignement secondaire à l’UQAM.

La réforme de TECFÉE, quelles pistes de révision ?

Appelé par les associations étudiantes et établissements universitaires, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a demandé une réforme rapide dans un contexte de pénurie d’enseignants. Un groupe de 11 experts de différents départements des sciences de l’éducation des universités a été formé en juin 2023 pour adapter l’examen, sans pour autant réduire les exigences. Dans ses recommandations, ce comité propose de rapprocher cet examen des réelles compétences langagières attendues chez un enseignant, tant à l’oral qu’à l’écrit, en privilégiant des situations concrètes, comme la rédaction de courriels, la correction de travaux d’élèves, etc., plutôt qu’un test abstrait de grammaire. La nouvelle version du TECFÉE devrait officiellement entrer en vigueur à la rentrée 2026, mais certains étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement pourraient la tester dès l’automne 2025.

La réforme du TECFÉE vise à rendre l’examen plus concret et proche du métier de l’enseignant, tout en maintenant des standards nécessaires pour garantir la maîtrise du français chez les futurs enseignants. En effet, ces standards doivent demeurer élevés dans un contexte où le rôle de l’enseignant tend à glisser vers une posture d’animateur plutôt que de maitre (maitrise et médiateur de savoirs). L’enseignant ne saurait être un simple acteur sur une scène pédagogique dont l’objectif serait de divertir un « public » d’élèves-consommateurs. D’ailleurs, l’école tend à devenir une extension de tous les amusements qui distraient aujourd’hui l’élève dans une logique du marché (rentabilité, marketing scolaire, satisfaction immédiate, résultats, performance…) qui vise avant tout à séduire les élèves pour les garder captifs, car cela revient à faire de l’éducation une « marchandise », et de l’élève un « client à satisfaire ».

Sofiane Idir